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S’il ne faut pas attendre à Cancun d’accord international de réduction des émissions de gaz à effet de serre, des questions majeures sont néanmoins au cœur des négociations qui se déroulent du 29 novembre au 10 décembre. L’échéance du Protocole de Kyoto (fin 2012) tout d’abord. En effet, aucun dispositif post-2012 n’a été acté pour poursuivre cette période d’engagement et assurer une continuité des instruments multilatéraux sur la scène internationale. Le Japon, le Canada et la Russie sont contre, ce qui laisse peu de chances pour une seconde période d'engagement. Par ailleurs, l’échec de la loi Obama sur le climat vient renforcer les incertitudes sur les engagements des grands émetteurs de CO2, l’Union européenne ayant conditionné ses engagements (passer de -20 à -30%) à ceux des Etats-Unis, tout comme la Chine, qui conserve aujourd'hui la position « dure » qu’elle avait imposée à Copenhague. Autre point majeur : celui des engagements financiers pris par les pays industrialisés pour accompagner les pays en développement dans l’adaptation aux changements climatiques. Enfin, la lutte contre la déforestation, à travers les programme Redd* (Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation) et Redd+ est un élément central des négociations et constitue jusqu’ici la principale avancée du Sommet de Copenhague. La question du financement : la bataille des chiffres S’agissant des financements destinés à permettre aux pays du Sud de s’adapter aux changements climatiques et de réduire leurs émissions, les pays riches se sont engagés à débloquer 100 milliards de dollars par an jusqu’en 2020 ; dont une part de financements dits « précoces » ou « fast start » de 30 milliards de dollars entre 2010 et 2012. La France a promis de contribuer à hauteur de 1,24 milliard d’euros pour les trois ans, soit 420 millions d’euros par an. Mais pour les ONG, cette promesse n’est pas tenue. Dans son rapport intitulé « Quai des Brumes », Oxfam explique que ces financements ne sont pas additionnels ni nouveaux mais qu’il s’agit de sommes « recyclées » de l’aide au développement : « Le rapport montre que non seulement la France gonfle artificiellement son aide sur le climat au détriment des populations auxquelles elle est destinée, mais également qu’elle traine des pieds sur la transparence de ses financements » estime Oxfam, qui s’est appuyée sur le projet de loi de finance 2011. Par ailleurs, la part de financement destiné à l’adaptation des pays en développement affectés par les conséquences des changements climatiques ne représenterait que 20% de ces financements précoces, souligne l’ONG, alors qu’ils ne constituent pas « une aide, mais bien une obligation de soutien pour prévenir les dommages dans les pays pauvres, dus à l'excès d'émissions dans les pays riches ». Multiplication des annonces, chiffres contradictoires, polémique sur la partie « dons » et « prêts » des financements feront donc partie des questions à résoudre lors du sommet de Cancun, la France étant loin d’être un cas isolé parmi les pays riches.
L'accord de Copenhague
Cet accord est un document de trois pages, dont le contenu est non contraignant. Il mentionne que le changement climatique est l’un des plus grands enjeux actuels, qu'il faut limiter le réchauffement à + 2 °C en 2050 par rapport à l’ère pré-industrielle. Les pays industrialisés se sont engagés à apporter des financements (100 milliards de dollars par an jusqu’en 2020) et des aides technologiques aux pays en développement, pour leur permettre de réduire leurs émissions, de s’adapter aux conéquences du changement climatique et lutter contre la déforestation. Il souligne la nécessité de réduire les émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts via le programme REDD+.
Redd : consensus théorique, difficultés pratiques
Autre sujet très attendu, le programme Redd +, destiné à financer la lutte contre la déforestation et la conservation des forêts dans les pays du Sud. Acté dans l'accord de Copenhague, il s’agit de récompenser financièrement les pays pauvres qui luttent contre la déforestation ou tentent de conserver leurs forêts. Car la destruction de ces puits de carbone est responsable de 20% des émissions de CO2 au plan mondial… L'Indonésie et le Brésil, particulièrement frappés par ce phénomène, lui doivent respectivement les troisième et quatrième places dans la liste des plus gros émetteurs mondiaux de CO2. Les forêts représentent en effet le deuxième puits de carbone de la planète, estimé à 400 Milliards de Giga Tonnes de C02. Or, 13 millions d’hectares sont perdus chaque année. « Les poumons de la planète se situent dans les pays qui n’ont que peu de moyens pour les préserver : les pays tropicaux, commente à ce sujet FNE. L’appui des pays développés n’est donc pas qu’un devoir moral. C’est une nécessité si l’on veut donner une chance à l’humanité de pouvoir continuer à jouir d’un environnement favorable ». Si Redd+ a légitimement suscité beaucoup d’espoir à Copenhague, ce mécanisme butte néanmoins sur des difficultés majeures. Comme l’expliquait Jérôme Frignet de Greepeace lors d’une conférence à l’AFD, « Redd fait courir le risque de transformer des territoires entiers en véritables puis de carbone dans le seul but de récupérer des financements, sans intégrer les communautés qui en vivent. On ne peut pas réduire ces forêts à un simple actif carbone sans prendre en compte la réalité sociale de ces sites et les populations qui vivent des forêts ». Mickaël Berrebi, de Planète Urgence, qui travaille en Indonésie sur ces sujets, souligne également que si « Redd est censé intégrer la participation des communautés autochtones, il existe des pays où elles n’ont aucun titre de propriété ni reconnaissance légitime. Comment collaborer avec elles si elles n’ont aucun droit ? Certains pays, comme l’Indonésie, n’ont pas de législation sur le droit des peuples », poursuit –il. Autre écueil, la question des « fuites carbone », c’est à dire le déplacement de la déforestation dans d’autres zones. Et les effets d’aubaine, qui consistent à surévaluer les pertes dues à la non exploitation industrielle des forêts pour toucher un montant maximum de subventions en échange…« Le risque que ces financements ne bénéficient en réalité qu’aux entreprises de l’industrie forestière est effectivement très fort », indique à ce sujet Jérôme Frignet. Au moment où s’ouvre la COP16, peu de projets Redd ont de fait été éligibles depuis un an, explique Nicolas Grondard, expert à l’ONF International. « Beaucoup d’annonces [environ 500 projets Redd] ont été faites, mais en réalité 133 ont été documentés et reposent sur des informations précises. Au final 39 d’entre eux sont en cours de validation ». *Redd vise la réduction des émissions résultant de la déforestation et de la dégradation forestière dans les pays en développement et « REDD+ » comprend en sus la conservation, la gestion durable des forêts et le renforcement de la capacité de séquestration et de stockage du CO2.
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