Responsabilité d'entreprise : Retard relatif de l'Australie

Entreprises \Politique développement durable \RSE

Publié le 01-09-2004

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En Australie comme ailleurs, la RSE est au centre des discussions du management des entreprises. Le développement de cet outil de gestion ne semble toutefois pas encore être complètement intégré dans la stratégie des groupes australiens. Ce léger retard semble être en passe d'être rattrapé ...

L'Australie a beau être dans une position géographique isolée, ses entreprises sont confrontés aux mêmes défis que toutes les multinationales. La société civile est particulièrement organisée et s'intéresse de plus en plus aux possibilités de réguler les pratiques des entreprises. Dans ce contexte, il est assez étonnant de constater que les entreprises australiennes ont pris du retard dans le développement de leurs stratégies sociale et environnementale (RSE).

D'après une étude publiée, en juin 2004, par le ministère de l'environnement australien, seules 116 des 509 principales entreprises cotées produisent un rapport RSE, soit 23 %. Il y a deux ou trois ans les places boursières européennes étaient au même niveau. C'est d'ailleurs à l'initiative des filiales australiennes de grands groupes américains ou européens qu'a été lancé le mouvement de publication des politiques RSE . Toutefois les entreprises australiennes font des efforts de transparence sur leurs impacts sociaux, environnementaux et éthiques (SEE). Le nombre de rapports publiés a doublé entre 2002 et 2003. Cette tendance est, de plus, accompagnée par une prise en compte des recommandations de la GRI par plus d'un tiers des entreprises ayant publié un rapport.

Surreprésentation des industries extractives

Le secteur des industries extractives est un pilier traditionnel de l'Australian Stock Exchange (ASX). C'est l'importance des problèmes sociaux, environnementaux et éthiques du secteur qui a poussé ces entreprises à adopter une stratégie pro-active de publication de rapports SEE. Avec le secteur manufacturier, elles représentent 53% du total de rapports publiés. Mesurer ses impacts est toutefois loin d'être suffisant et les entreprises extractives ont encore souvent de très mauvaises notes environnementales et, dans une moindre mesure ,sociales. Les notations du Corporate Monitor, une publication d'Ethical Investor, attribuent ainsi un 1 (la plus mauvaise note)a 11 des 30 entreprises d'extraction figurant sur l'indice ASX200 qu'elle a étudié. La moyenne du secteur étant à 2,1 sur 5. Ses bonnes performances SEE globales n'ont pas empêché le groupe BHP Billiton, l'un des principaux acteurs du secteur et l'un des pionniers de la RSE dans l'industrie, d'être mis en cause par certains actionnaires. Le fond suédois GES investment services a ainsi vendu ses actions de BHP pour cause de non respect des normes sociales internationales dans son usine de Pilbara.

La surreprésentation des industries extractives a un effet négatif sur le développement de la RSE en Australie. De nombreux investisseurs considèrent que les préoccupations environnementales concernent le gouvernement et non les entreprises. Ils reprochent donc à certains groupes leurs investissements environnementaux.

Retard dans le critère environnemental

La dernière étude annuelle sur la performance environnementale des 50 principales capitalisations boursières australiennes menée par l'Australian Conservation Foundation a sonné l'alarme dans le milieu de la RSE australienne. Selon cette organisation, seules 4 entreprises obtiennent des notes au dessus de la moyenne (plus de 15 sur 30) alors que 29 obtiennent une note inférieure à 10. Il semblerait donc qu'il existe de sérieux disfonctionnements dans les politiques et les performances environnementales de nombreux groupes.

La fondation note également avec inquiétude une certaine lassitude des entreprises envers les préoccupations environnementales. Elle cite notamment l'inaction de l'assureur QBE depuis qu'il a signé, il y a plus de 5 ans, la déclaration des Nations-Unies pour un engagement environnemental. L'attitude adoptée par la Commonwealth Bank est plus préoccupante. L'entreprise cite, dans son rapport, ses efforts pour utiliser du papier recyclé ou pour diminuer ses émissions de GES alors que, dans le même temps, elle finance le plus gros pollueur australien, la centrale électrique d'Hazelwood, et l'exploitation de la forêt primaire de Tasmanie. Cette approche très orientée sur la communication sans être emblématique de la RSE australienne illustre bien le retard accumulé par les entreprises, et témoigne des risques qu'elles courrent d'être accusées de décalage entre leurs discours et leurs pratiques.   

L'engagement volontaire, l'outil gouvernemental  

Jusqu'à présent, le gouvernement australien a adopté dans ce domaine une politique  du "laisser faire". Aucune loi significative n'a été promulgué depuis la loi environnementale de 1998, et il ne semble pas qu'un projet de ce type soit en, cours d'élaboration. Le gouvernement libéral actuel semble disposé à suivre la voie britannique et à donner le temps de faire leurs preuves aux différentes initiatives volontaires. Cette politique pourrait toutefois être radicalement modifiée par la victoire des travaillistes aux prochaines élections. "La tendance à l'autorégulation des entreprises constitue un feu vert à l'avarice Corporate," a déclaré le sénateur travailliste Stephen Conroy.

Pierre-Marie Coupry
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