Investissement socialement responsable \Agences de notation

A quoi servent les indices éthiques ?

En sélectionnant les entreprises disposant des meilleures évaluations extra financières, les indices sont des indicateurs de visibilité pour l'ISR et de la RSE.

Il existe cinq grands indices boursiers éthiques qui font référence sur le marché européen. Chacun d’eux est partenaire d’un spécialiste de l’évaluation sociale et environnementale des entreprises. Le DJSI est établi à partir des notations de la société de gestion suisse SAM, le FTSE4Good à partir de celles de l’agence anglaise Eiris, l’ASPI à partir de celles de Vigeo et l’ESI est fondé sur celles de l’agence belge Ethibel.
Pour les grandes entreprises, plus particulièrement celles qui appartiennent au CAC 40, le fait d’appartenir à plusieurs d’entre eux est un atout d’autant plus  important qu’il confère une visibilité à leur stratégie de développement durable. Véolia Environnement, par exemple, figure dans les 5 indices depuis quelques semaines et affiche, sur la page d’accueil de son site, son appartenance à l’Aspi. « C’est important en terme d’affichage de notre stratégie, même si ces indices ont des méthodologies et une maturité différente» expliquent de concert Berengère Lagraulet et Denis Lépée, tous deux membres du département développement durable de l’entreprise. « Le développement durable constitue un axe de management et de pratiques professionnelles et ce type de visibilité est un levier de légitimation en interne ». Les personnes, en charge de ce dossier au sein de grands groupes,  dialoguent beaucoup avec les agences d’évaluation à propos de méthodologie, mais aussi sur la nature de leurs activités. Bérengère Lagraulet explique « SAM nous classe dans les « water utilities » et nous compare à des entreprise anglaises, de taille beaucoup plus modestes que la notre. Or, à cause de notre activité de traitement des déchets, nous avons des niveaux d’émissions de CO 2 bien plus élevés qu’elles. Cela biaise nos performances. Notre principal concurrent Suez est lui classé dans les « energy utilities !»

Critères à géométrie variable

Si l’intégration ou le maintien dans les indices spécialisés est un objectif affiché pour la plupart des entreprises ayant une politique de développement durable structurée, ces dernières soulignent les ambiguïtés que générèrent les différences de méthodologies des agences dont les notes servent à construire les indices. Gilles Vermot-Desroche en charge du développement durable chez Schneider Electric, déplore l’absence de son entreprise dans le FTSE4Good alors qu’elle figure dans tous les autres : « Nous n’y sommes pas à cause de notre production de contacteurs électriques utilisés à des fins militaires qui représente moins d’1 % de notre chiffre d’affaires. Nous nous sommes étonnés, auprès d’Eiris, qu’elle sélectionne par ailleurs des entreprises qui fournissent restauration, énergie ou télécommunication aux armées ! ». Les critères d’exclusion, qu’ils soient sectoriels ou appliqué à une valeur, sont l’un des points les plus sensibles. En ce qui concerne l’armement, Thalès dont c’est le métier figure uniquement dans l’ASPI, Ethibel promoteur de l’ESI, indice le plus sélectif, a mis au point une approche subtile. « Nous faisons un distinguo entre armes offensives et défensives ainsi qu’entre le  matériel utilisé indifféremment par les secteurs militaire et civil » explique Marc Bomptemps qui dirige l’agence. « Par exemple, Ericsson fabrique des radars. Cela ne serait pas un problème, s’il n’avait pas mis au point un système d’interconnexion entre ces radars et des missiles et que les dits missiles, armes offensives, sont équipés de matériel Ericsson. Du coup, nous excluons cette entreprise. Autre exemple : la présence en Birmanie du pétrolier français Total est un élément rédhibitoire pour nous.» Jean-Pierre Kellens, en charge des relations avec les agences chez Total, assure pourtant que la compagnie ne sait  pas vraiment pourquoi elle n’est pas dans l’indice alors qu’elle figure dans les trois autres. « Cette participation est un facteur de réputation valorisant pour le monde financier qui cherche des indicateurs. Une entreprise qui figure dans plusieurs indices rassure le monde des investisseurs» précise-t-il.
Pour les agences, l’existence de ces indices est un facteur déterminant dans la motivation des entreprises à collaborer avec elles. Sont-ils pour autant devenus des instruments financiers ?  Pour Marc Bomtemps « La comparaison entre les divers indices me met un peu mal à l’aise. Peut-on comparer des indices comme le DJSI ou le FTSE4Good dont les univers sont très larges et l’ASPI et l’ESi composés respectivement de 120 et 198 valeurs ?» Il se félicite malgré tout que les performances de l’ESI soient publiées dans les journaux financiers et économiques, offrant à Ethibel une forte visibilité. Rares sont encore les produits financiers qui construisent des fonds avec ces indices comme référence mais ce que confirme Frederic Lorenzini, rédacteur en chef de Morningstar, c’est que «le fait que des maisons aussi sérieuses que les producteurs des indices FTSE et Dow Jones investissent sur ce type d’indices est un gage de crédibilité de l’ISR auprès de la communauté financière. Ils constituent l’un des rares outils de mesure sur ce marché émergent. » 

A.C.Husson
Mis en ligne le : 05/04/2005
© 2009 Novethic - Tous droits réservés

Média

Média
  • Les publications RSE et ISR
  • S'inscrire à Novethic'info :
  •  
  • Les fils d'infos
  • Les journalistes

Centre de recherche

Centre de recherche

Guides

Guides

Informations

Informations