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« D’abord ne pas nuire, pour mieux soigner ensuite ». Ce principe fondamental, extrait du serment d’Hippocrate, n'est pas forcément appliqué à l’heure actuelle en France dans le secteur de la santé. Les 3 000 établissements hospitaliers sont des employeurs majeurs (plus d’un million de personnnes-salariés et libéraux-), des acheteurs colossaux (budget annuel 65 milliards d’euros) mais aussi « des pollueurs de premier ordre agissant au coeur même des villes. Leurs activités de soin ou d’exploration diagnostique génèrent des pollutions de différents types susceptibles d’entraîner des risques sanitaires et environnementaux. » Ce constat alarmant, dressé par Olivier Toma, directeur de la clinique Champeau à Béziers, est à l’origine de la création, en mai 2006, du Comité de développement durable en santé (C2DS). L’objectif de ce comité est de sensibiliser la profession et de mutualiser les bonnes pratiques dans l’univers hospitalier. Une utopie frappée au coin du bon sens : « Imaginons… un centre de lutte contre le cancer construit avec des matériaux non cancérigènes, un hôpital n’utilisant que des dispositifs médicaux exempts de toute toxicité, une maison de retraite nettoyée à l’aide de produits moins nocifs pour les patients qui les inhalent et les professionnels qui les manipulent, une clinique qui saurait trier et recycler l’énorme masse de ses déchets, etc. ».
Cesser de mutualiser les mauvaises pratiques
« Nous avons pour l’instant mutualisé beaucoup de mauvaises pratiques," s’insurge Olivier Toma. "Ainsi, est-il normal que les poches destinées à accueillir les dons de sang soient en PVC contenant des phtalates ? Greenpeace a révélé dans un rapport intitulé « Toxiques en héritage », que dans le cordon ombilical, on notait déjà la présence de substances telles que des phtalates. C'est terrifiant !» Ces aberrations, Olivier Toma a commencé de les pointer du doigt dans sa clinique. Il y mène, depuis la fin des années 90, une politique environnementale et de prévention (myopie et surdité du nourrisson) volontariste et reconnue (trophés, première certification ISO 14 001 en France en 2001, accréditation V2 pour la démarche qualité). Cela n’est pas banal en France où seulement deux établissements de santé sont certifiés ISO 14001 et/ou EMAS (contre 85 en Allemagne et 11 en Espagne). En 98, les actions menées à la clinique Champeau se sont tout d’abord portées sur les déchets dont la gestion avait augmenté de 33 %. Aujourd’hui, 18 catégories de déchets sont triés (tels les biberons en verre, soit 700 000 tonnes de verre par an !). La dynamique de tri a même été étendue, à des fins pédagogiques, aux salariés de la clinique, qui peuvent venir rapporter sur leur lieu de travail leurs propres déchets dangereux (néon ou thermomètre au mercure…). Autre axe d’action, le bâtiment. Pour des travaux portant sur 6 000 m2, la clinique a souhaité faire plancher architectes et fournisseurs sur un cahier des charges visant la Haute Qualité Environnementale (HQE). Le choix de matériaux sains était primordial (porte coupe-feu sans composé organique volatil, véritable linoleum en sève d’arbre préféré à un revêtement en PVC issu de la pétrochimie, peintures moins nocives, etc.). C’est à cette occasion qu’Olivier Toma a réalisé la faible réflexion du secteur sur le sujet, notamment en matière de gestion des effluents : « N’est-il pas aberrant que nous n’ayons jamais pensé à réutiliser l’eau servant à stériliser nos instruments, qui est chauffée à 140° ? Cela représente tout de même 24 000 litres par jour pour 100 lits qui partent directement à l’égout alors qu’elle pourrait servir aux toilettes ou au chauffage ? Personne ne nous le propose à l’heure actuelle. Le gros problème de notre profession est qu’il n’y a pas de service de recherche et développement dans l’univers de la santé, en dehors des laboratoires. » Au sein de la clinique Champeau, Olivier Toma a essayé de remédier à cela en créant un poste d’économe pour réfléchir économiquement… et écologiquement à la politique d'achat.
La coopération plutôt que la compétition
Fort de ces constats et actions, Olivier Toma veut « inoculer un virus positif à ces confrères ». Il est intervenu le 9 novembre au deuxième colloque de l’Appel de Paris (voir article lié), et le C2DS a organisé une première réunion de travail, le 8 novembre, pour mobiliser les fournisseurs sur l’utilité d’éco-bilans. La partie ne semble pas gagnée, les industriels du PVC ont déjà fait savoir qu’ils n’appréciaient pas (par lettre recommandée) de voir leur matériau vilipendé. Olivier Toma compte s’appuyer sur des initiatives internationales pour avancer tout de même. Ainsi, la campagne « Health Care without Harm » mobilise, depuis 1996, 443 organisations de 52 pays pour une gestion de la santé environnementalement plus responsable. La France est représentée par trois organismes mais aucun établissement hospitalier. En ligne de mire, les risques sanitaires liés au PVC (dioxines, phtalates…), au mercure, des programmes d’action pour des achats verts ou encore une alimentation plus saine. Olivier Toma a une autre source de satisfaction. Grâce au C2DS, professionnels du public et du privé coopèrent au lieu de se livrer à leur éternelle compétition…
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