Publié le 16 mars 2015

L'APRES PETROLE

Projet d’Union européenne de l’énergie : un exercice politique aux ambitions contradictoires

Le projet d’Union européenne de l’énergie présenté fin février affiche des ambitions contradictoires. Si les objectifs vont dans le sens de la transition énergétique, la Commission encourage le développement de nouvelles infrastructures gazières et propose de modifier défavorablement le calcul des émissions de gaz à effet de serre.

Photo d'illustration
istock

L’Union européenne de l’énergie prend corps. Du moins sur le papier. Le 25 février, la Commission européenne a présenté les grands axes de ce projet vieux de plus de 10 ans. Plusieurs des objectifs affichés vont dans le sens de la transition énergétique.

L’Union de l’énergie vise à "abandonner le modèle économique reposant sur les énergies fossiles", indique la communication de la Commission.  Parmi ceux-ci, "la décarbonation de l’économie" et "l’efficacité énergétique comme moyen de modérer la demande". Le document souligne aussi la détermination de l’UE à devenir "le leader mondial dans le secteur des énergies renouvelables".

Pourtant, le projet d’Union de l’énergie fait parallèlement la part belle au gaz, notamment pour garantir la sécurité d’approvisionnement. La commission estime même que "la production de pétrole et de gaz en Europe à partir de sources non conventionnelles, telles que le gaz de schiste, est une possibilité envisageable".

 

Une invitation à construire de nouvelles infrastructures gazières

 

"Il est regrettable que les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique soient vues uniquement comme des investissements à faire pour la décarbonation mais pas pour la sécurité énergétique", note Jonathan Gaventa, directeur associé d’E3G, une organisation européenne axée sur la transition énergétique. De ce fait, "beaucoup des actions préconisées militent en faveur de nouvelles infrastructures gazières", regrette le représentant de l’association.

Pour cette ONG, de nouvelles installations gazières risquent pourtant de se retrouver inutilisées à terme. Leur durée de vie est en effet de plusieurs décennies. Or l’UE entend être décarbonée d’ici à 2050. "De nouveaux investissements dans les énergies fossiles n’auraient donc aucun sens sur le plan économique", conclut EREF, la fédération européenne des énergies renouvelables.

Autre contradiction : le texte préconise que les secteurs UTCATF (Utilisation des terres, changements d’affectation des terres et foresterie) soient pris en compte dans l’objectif climatique 2030, en laissant inchangé l’objectif de baisse des émissions de gaz à effet de serre à cet horizon (au moins 40 %). Pourtant, affirme Jonathan Gaventa, "Cela pourrait signifier que l’objectif de – 40 % ne nécessiterait qu’une diminution de 35 % des rejets de GES du système énergétique européen". Soit à peine mieux que dans un scénario business as usual qui verrait une baisse de 32 %.

 

Un bon signal malgré tout en vue de la COP21

 

Jonathan Gaventa juge malgré tout que "le texte peut être vu comme un bon signal pour la Conférence de Paris" (en vue de laquelle l’UE vient parallèlement de présenter sa contribution officielle à la lutte contre le changement climatique), "surtout par sa volonté de sortir des énergies fossiles et son ambition en matière d’ENR".

Malheureusement, "La direction à suivre n’est pas claire. Il manque de lignes directrices précisant où l’on souhaite en être en 2030", regrette Dörte Fouquet, la directrice d’EREF.

"Le projet d’Union de l’énergie reste encore très général, sans direction précise", estime l’économiste Jan-Horst Keppler, enseignant à l’Université Paris-Dauphine. "Il a été fait un peu à la hâte", pour répondre à d’éventuels problèmes d’approvisionnement en gaz qui seraient liés à la crise entre l’Ukraine et la Russie.

 

Un exercice politique, peu de mesures concrètes

 

"Pour moi, ce texte représente un exercice politique peu utile", poursuit l’économiste. "À la Commission européenne, les interlocuteurs sont de moins en moins des experts et de plus en plus des politiques", regrette-t-il. Conséquence : ils en restent parfois au stade des déclarations, en oubliant les déclinaisons concrètes.

"Le succès de l’Union de l’énergie et des ambitions climatiques internationales dépendra moins des déclarations de l’Europe sur sa vision que de là où elle investira", souligne Jonathan Gaventa. La Commission estime que 200 milliards d’euros annuels devront être investis au cours de la prochaine décennie dans la production, les réseaux et l’efficacité énergétique, et ce pour aller vers "un système énergétique plus sûr et plus durable".

Mais son projet d’Union des marchés de capitaux, sur lequel elle a lancé une consultation en février, ne fait par exemple aucune mention d’investissements énergétiques, constate le directeur associé d’E3G.

"Le texte n’est pas mauvais en soi mais il ne change pas la donne. Je ne m’attends pas à ce qu’il ait un impact direct sur les politiques nationales, notamment en matière de transition énergétique, que ce soit positivement ou négativement", indique Jan-Horst Keppler. "Il reste encore beaucoup de travail pour s’assurer que la vision puisse être traduite en actions concrètes", résume Jonathan Gaventa. Des propositions législatives devraient être faites d’ici à 2017.

Cela dit, une Union de l’énergie est-elle indispensable à la réussite de la transition énergétique ? "Il sera beaucoup plus sûr et moins coûteux d’agir au niveau de l’UE plutôt qu’uniquement au niveau des États membres", juge le directeur associé d’E3G. Quant à Jan-Horst Keppler, il estime qu'il y a une seule vraie nécessité : parvenir enfin à instaurer un prix du CO2 suffisamment élevé.
 

Carole Lanzi
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