Publié le 17 mai 2017

L'APRES PETROLE

Nicolas Hulot, nouveau ministre de la Transition écologique, sera-t-il à la hauteur ?

Il a dit non à Jacques Chirac, non à Nicolas Sarkozy, non à François Hollande. Pour Emmanuel Macron, c'est oui. Nicolas Hulot a, pour la première fois, accepté un poste au gouvernement. Il devient ministre d'État à la Transition écologique et solidarité. Il passe donc de la théorie environnementale à la pratique quotidienne. Un vrai pari pour celui qui a toujours voulu garder son indépendance.


DR Fondation Nicolas Hulot

Il était pressenti depuis quelques jours, il a finalement franchi le pas. Nicolas Hulot vient d'être nommé nouveau ministre d'État à la Transition écologique et solidaire. Matthieu Orphelin, ancien porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot, soutien officiel d’Emmanuel Macron,  avait évoqué le mardi 16 mai cette possibilité : "Il y a des discussions entre Nicolas Hulot et Emmanuel Macron, mais rien n’est acté à ce stade".

Rien n’était acté en effet. Nicolas Hulot, cet "électron libre" comme il se définit, s’était toujours refusé à entrer dans un gouvernement. Ce photo-reporter, un tantinet tête brûlée, a commencé en 1979 à l’agence de presse SIPA où il a réalisé plusieurs grands reportages sur les guerres et les catastrophes naturelles. Mais c’est avec l’émission télévisée Ushuaïa, le magazine de l’Extrême, sur TF1, qu’il accède à la notoriété et obtient le statut de porte-parole français de la défense de l’environnement. Fort de cette popularité, il crée en 1990 la Fondation Ushuaïa, une marque forte qui deviendra, cinq ans plus tard, la Fondation Nicolas Hulot.

 

Non à Chirac, non à Sarkozy, non à Hollande

 

Cette vigie du climat s'approchera, un peu malgré lui, de la politique en 2002. Après avoir publié le livre critique "Combien de catastrophes avant d’agir ?" sur l’indifférence des gouvernements au réchauffement climatique, Nicolas Hulot est approché par Jacques Chirac. Il lui propose le ministère de l’Écologie dans le gouvernement Raffarin. Nicolas Hulot y voit un piège, la perte de sa liberté de parole et la confiance d’un peuple. Il refuse.

Mais conscient de sa capacité à générer une prise de conscience, il rédige, en septembre 2002, le discours du Président de la République au Sommet de la Terre de Johannesburg. Un discours au retentissement international : "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas".  

 

 

 

 

Malgré une forte popularité – un sondage le créditait à 10 % des intentions de votes - et des soutiens de taille, Nicolas Hulot refuse de se présenter à l’élection présidentielle en 2007. Il préfère lancer un Pacte écologique, destiné à interpeller les candidats. Son plaidoyer est signé par cinq des douze candidats à l’élection, mais pas les principaux. Élu Président de la République, Nicolas Sarkozy lui propose de nouveau un poste de ministre de l’Écologie, du développement et de l’Aménagement durable. Une fois encore, il refuse, laissant la place très brièvement à Alain Juppé puis à Jean-Louis Borloo.

En 2011, il finit par se présenter à la primaire organisée par Europe Écologie-Les-Verts (EELV). Il accède au second tour mais avec 41,34 % des voix, il est évincé par l’ancienne magistrate Eva Joly. En janvier 2016, il est nommé "envoyé spécial pour la protection de la planète" par François Hollande après la COP 21. Le Président lui offre un "super-ministère de l’Écologie". Une fois de plus, sa réponse est non.

 

Oui à Macron 

 

C’est sous la présidence d’Emmanuel Macron qu’il aura donc enfin accepté un poste de ministre. En avril 2016, Nicolas Hulot admettait avoir des points de "convergence" avec l’ancien ministre de l’Économie mais il fustigeait sa position sur le CETA. Emmanuel Macron était en effet le seul candidat à la présidence de la République favorable au traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada. Un traité qui "remettra en question notre principe de précaution et affaiblira nos réglementations environnementales" dénonçait la Fondation Hulot.

Depuis, Emmanuel Macron a revu sa copie et a promis de créer un comité d’experts indépendants pour évaluer l’impact environnemental du CETA avant sa ratification par le parlement. Mais "le risque, c'est que Nicolas Hulot soit un trophée", résume Cécile Duflot, ancienne ministre du logement et candidate à la primaire d'EELV.

 

Nucléaire, dossier sensible

 

Mais la vraie question serait plutôt de savoir s’il sera en mesure d’affronter la réalité politique de l’écologie. Car s’il n’y a pas à douter de la compétence de Nicolas Hulot sur les enjeux environnementaux à long terme, reste à savoir comment il se comportera face aux sujets quotidiens qui rythment la vie des ministres. Or, les nombreux dossiers qui l’attendent sur son bureau ne sont pas simples. Le plus sensible d’entre eux sera sans doute celui du nucléaire, sur lequel il sera attendu au tournant par ses anciens alliés et soutiens écologistes.

En collaboration avec le ministère de l’Économie, désormais sous la houlette de Bruno Lemaire (LR), il devra assumer la promesse de respecter la diminution de la part du nucléaire de 75 % à 50 % dans le mix énergétique français d’ici 2025. Une échéance que l’on sait impossible à tenir dans l’entourage d’Emmanuel Macron, et dont Nicolas Hulot devra sans doute assumer le report.

Il sera aussi à la manœuvre pour le rapprochement d’Areva NP, la branche d’Areva en charge de la construction des réacteurs nucléaires, et d’EDF, voulu par le gouvernement précédent et engagé par un certain… Emmanuel Macron. Il devra entendre les revendications de la troisième filière industrielle française (après l’automobile et l’aéronautique) qui compte 160 000 personnes.

 

Solidarité gouvernementale

 

Et ce n’est qu’un des sujets sensibles. N’oublions pas le cas de Note-Dame-des-Landes, des atteintes à la biodiversité, de l’ouverture à la concurrence des barrages hydrauliques, de l’élaboration des programmes pluriannuels de l’énergie (PPE), de la pollution du diesel, de la transition agricole… Autant de dossiers qui demanderont une capacité d’écoute et un esprit de compromis.

Et puis, Nicolas Hulot devra voir au-delà de son périmètre. Car accepter un ministère signifie aussi accepter la solidarité gouvernementale, sous peine de retomber dans les couacs du quinquennat d’Hollande. Le gouvernement Valls avait connu les départs fracassants de Delphine Batho (ministre de l’Écologie), d’Arnaud Montebourg (ministre de l’Économie) ou encore de Benoît Hamon (ministre de l’Éducation nationale). Quelles seront les prises de paroles de Nicolas Hulot sur la réforme du marché du travail ou lors des négociations sur le CETA ?

Ludovic Dupin et Marina Fabre


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