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Publié le 19 novembre 2012

L'APRES PETROLE

Le facteur 4 à horizon 2050 selon le scénario Ademe

Depuis avril, l'agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) planchait sur la façon de diviser les émissions de GES par 4 à horizon 2050. Cette contribution, axée sur la consommation et l'efficacité énergétique, devrait être sur la table du débat sur la transition énergétique qui s'ouvre le 20 novembre.


Alors que le débat sur la transition énergétique va bientôt s'ouvrir, les participants vont pouvoir s'appuyer sur différents scénarios proposés par les industriels, les tenants du négaWatt , ceux de l'agence internationale de l'énergie ou encore celui de l'Ademe qui vient de publier sa « Contribution à l'élaboration de visions énergétiques 2030-2050 ».

Ce dernier est issu d'un travail prospectif, réalisé depuis avril par les équipes de l'agence, à sa propre initiative. « Le but de l'exercice était de voir comment l'on pouvait atteindre le facteur 4 », soit la division par 4 des émissions de gaz à effets de serre d'ici à 2050. « Contrairement à d'autres scénarios qui se focalisent sur la macroéconomie des prix, nous avons voulu nous intéresser d'abord à la consommation », explique son président, François Loos. Une bonne idée sachant que le débat sur la transition énergétique doit justement partir de la demande, selon la feuille de route du gouvernement. Pour cela, 2 scénarios ont été étudiés : l'un, que l'on peut considérer comme un premier palier, à l'horizon 2030, est basé sur des hypothèses d'actions volontaristes, tandis que le 2ème palier, à l'horizon 2050, a pour objectif l'atteinte du facteur 4. « Dans les deux cas, nous avons pris des hypothèses acceptables par l'ensemble des parties : particuliers, agriculteurs, industries, etc. Le confort n'est pas sacrifié, ni l'industrialisation du pays » souligne François Loos. Et pourtant, l'Ademe nous projette dans une France indépendante du pétrole dans 40 ans (en matière de transport). Ce qui est loin d'être négligeable quand on sait que nos importations en la matière se chiffrent à près de 70 milliards d'euros chaque année, précise Benjamin Topper, qui a coordonné la contribution. La question de l'énergie nucléaire, en revanche, a été soigneusement mise de côté par l'Ademe. Ainsi, à l'horizon 2050, il est question de mix électrique sans précision de la part du nucléaire dans celui-ci. « Ce n'est pas à nous de répondre à cette question, se justifie François Loos. Et notre travail prouve d'ailleurs que la question n'est pas si déterminante pour que l'on puisse atteindre le facteur 4. Car la stratégie la plus payante, c'est l'efficacité énergétique ». Quant aux gaz de schiste, ils n'ont pas du tout été pris en compte : « il s'agit d'une énergie fossile dont le développement nous éloignerait du but à atteindre », affirme le président de l'Ademe.

2030 : un effort axé sur la rénovation des bâtiments

Selon le scénario 2030, la majeure partie de l'effort sera concentrée sur les bâtiments, qui contribueront à hauteur de près de la moitié des économies d'énergie. Celui-ci représente en effet plus de 40% de l'énergie finale consommée en France aujourd'hui. L'Ademe propose donc l'hypothèse d'un plan de rénovation ambitieux de constructions neuves, 350 000 par an au lieu des 310 000 actuels mais aussi et surtout de rénovations thermiques des bâtiments résidentiels et tertiaires de 500 000 logements par an. « L'argent est là. Il faut surtout l'orienter différemment. On estime que l'on a besoin de la moitié des investissements réalisés par les Français chaque année pour améliorer leur logement (80 millions d'euros) », précise Valérie Schwarz, la directrice exécutive programmes de l'Ademe. Selon le scénario -qui ne change pas les conditions de confort des logements- les pompes à chaleur se développent pour un chauffage moins énergivore, de même que les chauffe-eau thermodynamiques ou les chauffe-eau solaires individuels.

Pour les transports, l'agence considère « que chaque personne parcourt autant de kilomètres qu'aujourd'hui, mais différemment », avec une meilleure diffusion de la voiture électrique, du libre-service ou du covoiturage et un report important sur les transports en commun.

Concernant l'agriculture, peu de modifications si ce n'est que 20% de la surface agricole utile est convertie au bio. De son côté, l'Industrie continue d'améliorer son efficacité énergétique, grâce à l'amélioration des techniques et des organisations (exemple : -7,5% pour la sidérurgie, -29,4% pour l'agro-alimentaire). « En 2030, il n'y a pas de changement de paradigme », admet François Loos.

Au total, l'Ademe établit la demande énergétique à 121,9 Mtep (millions de tonnes équivalent pétrole) contre 152,5 Mtep en 2010. Pour la satisfaire, les énergies renouvelables sont développées, en particulier la biomasse et un recours plus important à la méthanisation. Cela aboutit à une diminution des émissions globales de CO2 de 33,7% entre 1990 et 2030.

2050 : un effort axé sur le changement des habitudes de transport

A l'horizon 2050, c'est désormais sur les transports que parie l'Ademe pour faire baisser drastiquement les émissions de CO2. « Avec un bon mix de transport, on peut faire très fort. En revanche, on ne peut pas faire très vite », souligne François Loos. Le covoiturage compte jusqu'à 30 % des flux urbains, le flux de voyageurs en transports collectif est doublé par rapport à aujourd'hui et les vélo/2 roues sont multipliés par quatre. Parallèlement, le développement du télétravail diminue les besoins de déplacements, de même que l'organisation urbaine. « Le parc est largement modifié pour une indépendance pétrolière en 2050 » : il compte notamment 22 millions de véhicules (dont 12 millions possédés) au lieu des 35 millions actuels. Un tiers seulement seraient à énergie thermique. « Cela suppose bien sûr de gros investissements dans les infrastructures, dont les montants sont en train d'être évalués », précise Valérie Swarz.

«L'autonomie alimentaire de la France n'est pas recherchée pour 2050 », précise l'Ademe. L'assiette des Français compte un peu moins de viande, un peu moins de lait et plus de fruits et légumes mais aucun aliment, même la viande rouge n'est banni du régime. Quant aux terres agricoles, « aucune n'est transformée pour alimenter la méthanisation ou les agro-carburants », souligne l'Ademe. Le scenario de 2050 intègre cependant le réchauffement climatique et compte donc sur une augmentation de l'irrigation. La production dite « intégrée » ou raisonnée représente 60% de la SAU, la bio 30% et l'agriculture conventionnelle 10%.

Le développement des énergies renouvelables passe toujours par un renforcement de la biomasse. L'éolien terrestre compte pour 40 GW et se complète par 30 GW d'éolien marin. Le gisement mobilisable pour le photovoltaïque est porté à 60 GW. La production d'agro-carburants reste stable à 3,3 Mtep.

En 2050, la demande énergétique est ainsi estimée à 79,8 Mtep avec seulement 0,5 Mtep de pétrole nécessité pour les transports notamment. Avec 150 Mt équivalent CO2, les émissions ont baissé de 74% entre 1990 et 2050. Les émissions du tertiaire baissent ainsi de 93%, celle du résidentiel de 86% et celles des transports de 90%.

« Il existe de très fortes similitudes avec le scénario de négaWatt, souligne pour sa part Thierry Salomon, président de l'association du même nom. Même si l'Ademe n'a pas étudié une sortie du nucléaire (mais pourquoi ne pas l'avoir envisagé ?), il y est par exemple fortement question d'une forte réduction de la demande et de production d'énergie à partir de biomasse. C'est la première fois qu'une agence qui dépend directement du gouvernement propose un vrai scénario de transition ».

Béatrice Héraud
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