Publié le 03 juillet 2013

L'APRES PETROLE

Le budget du ministère de l'écologie provoque le départ de Delphine Batho

Alors que le ministère a vu son budget diminuer drastiquement, Delphine Batho a réagi en critiquant la décision du gouvernement. Elle vient d'être remplacée par Philippe Martin, député PS et président du Conseil général du Gers.

140020_GF.jpg


L'Elysée a annoncé mardi 2 juillet avoir mis fins aux fonctions de Delphine Batho. Le député PS Philippe Martin, également président du Conseil génétral du Gers, lui succède au ministère de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Energie. Cet élu de 60 ans est membre de la commission du Développement durable et de l'Aménagement du territoire de l'Assemblée nationale.

La réduction du budget du ministère, déclencheur du conflit?

Alors que le gouvernement subit une cure d'austérité, le ministère de l'Ecologie a vu ses moyens réduits de 7%, après une baisse de 4,5% en 2013.-7%. Le chiffre est rude. Certes, tous les ministères ou presque se serrent la ceinture pour permettre à l'Etat de réduire ses dépenses de 1,5 milliards d'euros, (à 278 milliards €), une première. Mais le ministère de l'Ecologie est encore une fois en première ligne. L'an dernier, la baisse de 4,5% et la suppression de quelque 600 emplois au ministère avait déjà provoqué la grogne des agents (voir Quels moyens pour le ministère de l'Ecologie ? ). Cette année, comment vont-ils avaler la couleuvre ? En plus de la baisse de budget, ce sont 697 emplois au Logement et 522 à l'Ecologie qui vont être supprimés. Sans parler des opérateurs, comme l'Ademe, l'agence de maîtrise de l'énergie, qui va voir son budget amputé de 80 millions d'euros...

La ministre Delphine Batho - après avoir déclaré au JDD que son « ministère n'est pas moins bien traité que les autres (...) Il y a des efforts, une situation qui n'est pas facile, mais nous avons préservé l'écologie et notamment la biodiversité »-, a changé son fusil d'épaule mardi matin au micro d'RTL. Et a dénoncé « un mauvais budget ».

Une ministre fragilisée

La ministre attendait une rallonge avec la relance des investissements pour la transition énergétique qui devrait être annoncée dans quelques jours. Elle a ainsi souhaité que « dans les jours qui viennent, nous puissions faire la démonstration que la volonté de faire de la France la nation de l'excellence environnementale, la transition énergétique, ne sont pas des variables d'ajustement ». Mais la position de la ministre au sein du gouvernement était de plus en plus fragile comme le montre un article du Monde (« A l'Ecologie, Delphine Batho peine à tenir ses prérogatives » du 1er juillet 2013 ). Son action n'a pas convaincu les écologistes et les ONG tandis que les entreprises sont à pied d'œuvre pour changer sa position sur les gaz de schiste notamment... Quant à son poids politique au sein du gouvernement, il pèsait peu face au manque d'enthousiasme écologique du Président et du Premier Ministre.

«Sacrifier l'environnement, c'est sacrifier l'économie »

Comme attendu, la baisse du budget du ministère suscite donc l'ire des ONG environnementales. « Nous sommes extrêmement déçus. C'est un signe que la transition énergétique n'est pas une priorité pour le gouvernement. Elle est même la moins prioritaire puisque le budget alloué à l'écologie est le plus amputé », déplore Benoit Hartmann, le porte-parole de France Nature Environnement. « On a l'impression qu'il y a confusion entre solution et problème. La transition écologique génère beaucoup d'emplois. Le CNRS a évalué que 6000 nouveaux emplois seront créés. Cette transition doit être un levier pour relancer l'économie. Sacrifier l'environnement, c'est sacrifier l'économie. » Pour la Fondation Nicolas Hulot, une bonne partie de cette baisse s'explique par l'arrivée de la taxe kilométrique poids lourds, « mais elle n'explique pas tout. Ce n'est pas un bon signal envoyé sur la transition énergétique », regrette Mathieu Orphelin, son porte-parole. La fondation attend donc du gouvernement des mesures concrètes pour la fiscalité écologique.

Du côté des agents de terrain, la colère n'est pas moins forte. « Mme Batho ment lorsqu'elle affirme que l'écologie et la biodiversité sont préservées, affirme ainsi Francis Combrouze, secrétaire fédéral de la CGT équipement-environnement. 150 emplois seront supprimés dans les établissements de la biodiversité et l'ONCFS (Office Nationale de la Chasse et de la Faune Sauvage) perdra 5 millions d'euros, soit plus de 10 % de ces attributions. C'est plus qu'une baisse, c'est ce que l'on appelle un gel. »

EELV s'inquiète de cette annonce : «Il ne suffit pas de faire des discours, il faut passer aux actes et cela nécessite la manne budgétaire. - 7 % c'est une baisse très importante alors qu'il faudrait un budget consolidé pour mettre en œuvre les engagements pris lors de la conférence environnementale », déclare Jean-Philippe Magnen porte-parole d'EELV. « Mais nous attendons le débat sur la fiscalité énergétique. Je pense qu'il aura un impact et que les arbitrages ne sont pas finis. Le fait que la ministre critique la diminution de son budget laisse de l'espoir. » Par ailleurs, les écologistes s'interrogent sur leur présence au gouvernement... et attendent le futur texte sur la transition énergétique pour s'exprimer sur le sujet.


Dans la matinée, suite aux déclaration de Delphine Batho, Matignon annonçait la convocation de la ministre de l'Ecologie, une première dans le gouvernement. Celle-ci a "présenté sa démission au Premier ministre", qui a mis fin à ses fonctions. Elle a ensuite annoncé, mercredi 3 juillet, " tout expliquer" sur son limogeage dans une conférence de presse le 4 juillet.

ONG scandalisées

Dans un communiqué du 3 juillet, FNE a réagi en expliquant que "les ONG sont scandalisées alors même qu'elles s'étaient engagées avec les divers partenaires (...) visant à évaluer la conférence environnementale de 2012 et à préparer celle de septembre 2013". Les ONG environnementales "s'interrogent sur la véritable volonté du gouvernement d'engager la transition écologique", ajoute FNE.
Par ailleurs, elles "s'étonnent de la nomination précipitée de monsieur Philippe Martin dont les positions exprimées dans le rapport Gestion quantitative de l'eau en agriculture sont pour le moins discutables. Quel Philippe Martin aurons nous, celui qui s'oppose aux gaz de schistes et aux OGM ou celui qui défend l'extension de l'irrigation ?"
Les ONG "attendent une réponse et demandent à être reçues par le Premier ministre pour obtenir des explications".

Oriane Dioux, Béatrice Héraud et Véronique Smée
© 2014 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

Suivez-nous