Publié le 18 avril 2017

L'APRES PETROLE

Désinvestissement des énergies fossiles : l'exemple de Stuttgart

Stuttgart, une des villes les plus prospères d’Allemagne, avec le siège de grands groupes nationaux comme Bosch ou Daimler, est aussi une ville tenue par les écologistes. Et cela se ressent dans sa politique d'investissement et de désinvestissement. Le point sur cette démarche, regardée par toute l'Allemagne.

Eoliennes en Allemagne
pixabay

Elle fait de plus en plus parler d'elle. Et pour cause. Stuttgart, une ville de 620 000 habitants avec un budget annuel d’environ deux milliards d’euros, capitale régionale du Land du Bade-Wurtemberg (sud-ouest du pays), est un des poumons économiques de l’Allemagne. A coté de Porsche, Daimler, Bosch, Hewlett-Packard et IBM y ont également installé leurs sièges européens. Surtout, la ville et sa région abritent quelques 400 petites et moyennes entreprises, le célèbre Mittelstand, véritable épine dorsale de l’économie allemande.

Alors quand la ville annonce en juillet dernier qu’elle va céder les actifs qu’elle détient dans les énergies fossiles et réorienter sa politique d’investissement selon des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) précis, en Allemagne, on l’écoute. 

 

EON ou Bayer exclus du portefeuille

 

Comment cela se matérialise-t-il concrètement ? Le portefeuille de la ville est composé de 15 fonds différents, qui représentent environ 600 millions d’euros. "Nous allons exclure environ 60 entreprises des 600 entreprises du Stoxx-Europe (un indice boursier composé  des 600 principales capitalisations boursières européennes, NDLR)", précise Anna Deparnay-Grunenberg, membre du Conseil municipal de Stuttgart et responsable de la stratégie de désinvestissement/investissement de la ville. Sont concernés : les énergéticiens EON et RWE tout comme les chimistes Bayer et BASF. Les détails du nouveau portefeuille seront publiés en juillet prochain.

Cette stratégie d’exclusion s’inspire des critères du fonds norvégien - qui fait référence en la matière - mais aussi de la ville étudiante de Münster, la première commune en Allemagne à avoir cédé ses actifs fossiles, ainsi que des lignes directrices définies par les églises catholique et protestante. C’est ainsi que Stuttgart exclut par exemple les producteurs et utilisateurs de charbon, de gaz de schiste, d’uranium et de pétrole, mais aussi les entreprises compromises dans le travail des enfants, la corruption ou encore impliquées dans la fabrication d’OGM.

 

Un réinvestissement local et régional 

 

Une stratégie qui n’allait cependant pas de soi. "C’est le résultat d’une longue campagne", rappelle Anna Deparnay-Grunenberg. "Le mouvement est parti d’un tout petit groupe de quatre, cinq personnes. Mais elles étaient très bien informées et très actives. Et souvent, cela suffit pour lancer un mouvement". Elles ont été voir les représentants des différents partis politiques. Et quand les écologistes ont répondu présents, "les autres partis n’ont pas osé dire non". Parce que les demandes étaient très concrètes. "Et quand c’est concret, le public comprend tout à fait et soutient le mouvement".

Le maire écologiste de la ville, Fritz Kuhn, a donc appuyé l’initiative issue de la société civile et, fait surprenant, a recueilli le soutien des conservateurs de la CDU. "La politique de désinvestissement de la ville s’accompagne d’une stratégie de réinvestissement dans l’économie locale. Nous voulons pouvoir récompenser les efforts locaux via les appels d’offre et c’est un message qui passe bien chez les artisans qui votent traditionnellement à droite", explique la conseillère municipale. D’autant qu’ils bénéficient déjà de programmes mis sur pied pour le développement des nouvelles énergies comme la rénovation des bâtiments.

 

 

Pour en savoir plus : voir la formation de Novethic sur "Pétrole, gaz, charbon: des modèles économiques à hauts risques"

Claire Stam, à Francfort
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