Publié le 09 octobre 2014

L'APRES PETROLE

Denis Baupin : "Mobiliser les financements privés pour financer la transition énergétique."

L’Assemblée nationale débat actuellement du projet de loi de transition énergétique. Denis Baupin, co-rapporteur du texte, déplore l’attitude de l’opposition et le manque de lisibilité des débats. Mais pour le député écologiste de Paris, cette loi constitue une "vraie avancée".

Le député Vert Denis Baupin au perchoir de l'Assemblée Nationale en 2012
© Jacques Demarthon / AFP

Que pensez-vous des conditions dans lesquelles la loi est débattue ? Les députés UDI et UMP dénoncent l’application d’une procédure accélérée

La procédure accélérée n’est pas en soi une mauvaise chose. La loi va exister et elle est sur la bonne voie. En tant que député écologiste, je considère qu’elle constituera une vraie avancée. Elle organise le retour des pouvoirs publics dans le domaine de l’énergie et elle fait jouer un rôle actif au parlement. Nous avons un vrai dialogue avec la ministre, qui est à l’écoute. Elle est prête à retenir nos propositions qui vont dans le bon sens.

Ce qui pose problème, c’est l’absence de lisibilité des débats liée aux règles de fonctionnement de l’Assemblée nationale. La discussion s’organise dans le cadre de ce qu’on appelle le temps programmé, c’est-à-dire des temps de parole préalablement définis entre la majorité et l’opposition. L’opposition a choisi d’utiliser le sien pour faire de l’obstruction dans la première phase des débats, ce qui l’empêchera de pouvoir l’exercer quand il s’agira de discuter sur le fond du texte, c’est-à-dire les articles de la loi et les amendements. Si on n’était pas sur des positions dogmatiques, avec une opposition arcboutée sur une vision de l’énergie pronucléaire et progaz de schiste, ce serait plus constructif, et sans doute plus facile pour nos concitoyens de comprendre le projet énergétique qui leur est proposé.

 

Les observateurs mettent l’accent sur les difficultés de financement de la transition écologique. Qu’en pensez-vous ?

Personne ne parle de ce que cela coûterait de ne rien faire. La facture énergétique annuelle de la France, c’est 70 milliards d’euros. Si on diminue de 30% nos besoins en énergies fossiles, on enlève 20 milliards d’euros aux pétromonarchies du Golfe qui seront réinvestis sur notre territoire. On ne souligne pas assez cette dimension. Le projet de loi va susciter des investissements qui seront rentabilisés. Des emplois locaux seront créés. C’est sur cela que nous travaillons avec le projet de loi.

Cela dit, nous sommes très conscients du fait que la transition énergétique ne peut être financée qu’avec une mobilisation massive des investissements privés. On voit bien qu’ils sont de plus en plus nombreux à considérer qu’ils doivent rééquilibrer leurs portefeuilles parce que le changement climatique et la dévalorisation potentielle des entreprises productrices d’énergies fossiles vont peser.

C’est pourquoi nous espérons pouvoir ajouter au texte de loi une disposition qui devrait conduire les investisseurs institutionnels à réaliser leur empreinte carbone. C’est-à-dire qu’ils devront évaluer quelle est leur contribution au financement de la transition énergétique et à la construction d’une économie verte au travers des actifs qu’ils détiennent.

 

Comment associer les citoyens à la transition énergétique ?

L’un des moyens est de faciliter tous les dispositifs de participation, du crowdfunding (lire notre article, NDLR) à l’économie sociale et solidaire en passant par le fléchage de l’épargne. Dans le projet de loi, nous essayons de simplifier les mécanismes et de les rendre attractifs. Ce sont des signaux envoyés à nos concitoyens, mais il faudra évidemment donner de la visibilité et faire beaucoup de pédagogie sur ces dispositifs pour qu’ils produisent des effets et permettent aux Français de mieux comprendre les bénéfices de la transition énergétique. 

Propos recueillis par Anne-Catherine Husson-Traore
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