Publié le 05 octobre 2015

L'APRES PETROLE

COP 21 : les industriels de la chimie veulent lutter contre le réchauffement climatique mais en restant compétitifs

A moins de deux mois de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques à Paris (COP21), l’industrie de la chimie veut elle aussi jouer sa partition. Si elle a pu contribuer à hauteur de 40% à la réduction des émissions de gaz à effet de serre de la France depuis 1990, la chimie souhaite poursuivre ses efforts en participant à la mise en œuvre de la loi de transition énergétique. A une condition toutefois : que la compétitivité des industriels européens soit garantie.

Lego veut fabriquer les éléments plastique de ses jouets sans pétrole d'ici 2030.
Alan Chia

100% de matériaux durables. C’est l’ambition que se fixe le numéro un mondial du jouet. Pour fabriquer ses célèbres briques, Lego a utilisé 77 000 tonnes de plastique l’an passé. Mais d’ici 2030, la marque veut se passer totalement de pétrole, matière première de base pour la grande majorité des plastiques. Un projet dans lequel l’entreprise a investi 135 millions d’euros.

Les alternatives aux plastiques issus de pétrole existent déjà. On en trouve à base d’amidon et autres protéines végétales. De fait, souvent décriée, l’industrie de la chimie, qui représente 5% des émissions de gaz à effet de serre (GES) en France, est fortement mise à contribution pour réduire la dépendance aux hydrocarbures. Et donc lutter contre le changement climatique. C’est justement le message que veut faire passer l’Union des industries chimiques (UIC) à l’approche de la COP21.

 

Deux fois plus de matières premières renouvelables en 2017

 

En 2008, lors du Grenelle de l’environnement, l’UIC avait annoncé qu’elle entendait doubler son approvisionnement en matières premières d’origine renouvelable, pour passer à 15% en 2017. "Nous sommes sur la bonne trajectoire pour y arriver, affirme Philippe Gœbel, le président de l’UIC lors d’une conférence de presse. Mais, pendant plusieurs décennies, notre industrie restera fondée sur des matières premières d’origine fossile", assure-t-il.

Pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre, le secteur compte donc sur d’autres leviers, tels que l’économie circulaire, l’efficacité énergétique ou les énergies renouvelables. L’objectif pour 2025 est de réduire de 60% ses émissions de GES par rapport à 1990. En 2012, l’industrie chimique avait déjà baissé de 54% ses émissions depuis 1990, alors que la production a doublé dans le même temps. Après 2025 cependant, pas de nouveaux engagements prévus pour le moment.

Il faut dire qu’après le succès des premiers temps, les derniers mètres qu’il reste à parcourir pour atteindre les objectifs 2025 sont particulièrement ardus, à en croire le président de la fédération. "Cela représente un effort supplémentaire de 13% dans un contexte où il est de plus en plus dur de trouver des gisements de réduction de la consommation d’énergie et d’émissions." Mais l’effort est indispensable. "L’impératif de compétitivité va de pair avec l’impératif de lutte contre le changement climatique", assure Philippe Gœbel.

 

La loi de transition énergétique source d’opportunités économiques

 

Pour booster le secteur, qui connaît un ralentissement en 2015 après une croissance soutenue en 2014, les professionnels comptent sur la loi de transition énergétique, récemment adoptée par le Parlement français. Pour l’UIC, elle représente clairement une "source d’opportunités". En effet, le développement des énergies renouvelables, les efforts en matière d’isolation des bâtiments et de réduction des émissions des transports sont des axes sur lesquels la chimie est "fournisseuse de solutions", précise Philippe Gœbel.

Prenons les panneaux photovoltaïques : ils "sont un concentré de produits chimiques !", souligne-t-il. Et dans les transports, "la chimie sert à produire les additifs qui améliorent la carburation des moteurs et à fabriquer les matériaux destinés à alléger le poids des véhicules, comme la fibre de carbone ou les composites."

 

Dans le Train du climat 

 

Reste un sujet d’inquiétude : celui du prix de l’énergie en Europe, qui représente un désavantage compétitif, notamment par rapport à leurs concurrents américains qui bénéficient du gaz de schiste. "Entre le prix du gaz aux États-Unis et en Europe, nous sommes dans un rapport de un à trois", note le président de l’UIC.

A l’approche de la COP21, l’UIC appelle elle aussi à fixer un prix au carbone, mais là encore, pour la fédération professionnelle, la compétitivité ne doit pas être oubliée. "La règle du jeu doit être la même pour tout le monde", s’empresse de rappeler Philippe Gœbel.

Comme beaucoup d’entreprises, celles de la chimie, qui ne veulent pas rater le coche du changement climatique, seront à bord du Train du climat, qui s’élancera le 6 octobre prochain de Paris, pour présenter leurs solutions à travers un tour de France en 19 étapes tout au long du mois.

Concepcion Alvarez
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