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Publié le 18 octobre 2010

L'APRES PETROLE

Les transports, plus gros émetteurs de CO2 de l'industrie touristique

Responsables des trois quarts des émissions de gaz à effet de serre du tourisme mondial, les transports, essentiellement aériens et routiers, sont aujourd'hui au cœur des préoccupations des professionnels. La promotion de la mobilité douce est incontournable pour limiter les impacts du secteur sur le réchauffement climatique.


Disneyland Paris se met au vert

Le géant européen des parcs d'attraction et le groupe Pierre&Vacances se sont associés autour d'un projet inédit, « axé sur l'harmonie entre l'Homme et la Nature ». L'idée : construire un gigantesque Village Nature, sur 520 hectares, à 6km des parcs Disney en Seine et Marne. La capacité d'accueil devrait atteindre les 25 000 personnes pour une ouverture prévue en 2015. Cet Eurodisney vert devrait générer près de 9000 emplois, et une empreinte écologique nulle. Ne reste plus qu'à recycler le fameux slogan du groupe : « rien que d'y penser, ça fait rêver. »

Les impacts économiques du changement climatique sur le secteur touristique sont difficiles à évaluer. Mais ils n'en restent pas moins attendus avec certitude dans le courant du siècle à venir. Le Giec rapporte ainsi qu'une élévation du niveau de la mer de cinquante centimètres nécessitera des investissements en infrastructures de 1,7 à 8,8 milliards de dollars pour protéger les seules plages de Floride. Nicolas Stern estime quant à lui qu'une hausse globale de la température d'1°C attirera 30% de touristes supplémentaires en Russie et au Canada.

Perte d'attractivité estivale des régions méridionales au profit des régions nordiques, déficit d'enneigement dans les stations de haute montagne, assèchement des grandes plaines australiennes...La carte des destinations touristiques les plus prisées est en passe d'être redessinée. Professionnels du secteur et collectivités publiques anticipent donc cette adaptation nécessaire. Mais pour l'heure, il s'agit surtout de limiter leurs impacts environnementaux, et notamment, leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). Or, le poste le plus émetteur lié à l'activité touristique reste celui des transports.

Des projections tendancielles peu rassurantes

D'après le bureau d'étude TEC Conseil (Tourisme Tranports Territoires Environnement Conseil), en 2005, 40% des émissions de Ges du secteur étaient effectivement imputables au transport aérien, avec près de 520 millions de teq CO2. A cela s'ajoutent les émissions dues aux transports routiers (32%), à hauteur de 450 millions de teq CO2, et celles dues au transport ferroviaire (3%). Autrement dit, les transports sont responsables des trois quart des émissions de l'industrie touristique mondiale. Et les projections basées sur un scénario type « business as usual » n'ont riende rassurant. Sans une modification en profondeur des pratiques touristiques, les émissions globales de l'industrie touristique doubleront d'ici à 2035, et la part attribuable au transport aérien dépassera les 50%.

L'avion pour parcourir la planète, la voiture pour sillonner le pays

Au rang des transports privilégiés par les touristes, le train fait encore figure d'outsider. Boostés par les compagnies low-cost qui proposent moult offres alléchantes pour de courts séjours à l'autre bout de la planète, les trajets aériens sont donc voués à une croissance exponentielle. Quant à la voiture, elle reste le moyen de transport le plus utilisé par les Français pour les destinations situées à moins de 2000 km de leurs logements (50 000 séjours par an), bien loin devant le train (7000 séjours). Pourtant, le ratio émissions rejetées - kilomètres parcourus fait la part belle au transport ferroviaire. Comme le précise Marie Lootvoet, directrice de TEC Conseil et membre fondatrice de l'association Air (Association pour l'innovation et la recherche au service du climat), « un kg de CO2 permet de parcourir 1 km en avion, 8 km en voiture... et 400 km en TGV. »

Comment inverser la tendance ?

Le tourisme local est de plus en plus plébiscité par les collectivités, à l'image de la campagne « Ne partez plus en vacances » lancée en 2007 par le comité départemental du tourisme des Bouches du Rhône. Mais pour les professionnels et les collectivités, l'enjeu est surtout de promouvoir la mobilité douce, en découragent l'usage de la voiture. « Il s'agit d'abord de travailler sur la sensibilisation des touristes », estime Marie Lootvoet. « Une stratégie que peuvent élaborer les hôteliers par exemple, qui sont en contact direct avec eux. Cela passe par la création d'offres spécifiques, qui incitent à l'utilisation des transports en commun, comme par exemple, un service offert sur présentation d'un ticket de tain ou de bus. Le dernier kilomètre est en fait une problématique essentielle en terme de transport. Pourquoi ne pas envisager par exemple le co-financement entre plusieurs acteurs touristiques d'une navette qui desservirait les différents sites et hébergements sur un territoire donné ? » Une problématique que connaissent bien les stations montagnardes, envahies par les véhicules individuels.

Fredi Meignan, administrateur l'association internationale d'alpinistes Mountain Wilderness, a participé à l'élaboration du site changerdapproche.org, qui recense les itinéraires montagnards français accessibles sans voiture. « En montagne, 75% des émissions de Ges proviennent des véhicules individuels. Or, l'information relative aux transports en commun, essentielle pour réduire ces émissions, n'est pas du tout efficace. Le portail "Changer d'approche" propose donc plus de 7000 itinéraires accessibles en mobilité douce depuis 800 accès. Depuis son ouverture, à l'été dernier, il rencontre un franc succès, et sa dimension collaborative nous permet d'améliorer l'information en continu. »

Décisions publiques

Outre ces démarches très locales, la réorganisation des transports publics s'avère être un des leviers d'action des plus pertinents. Pour preuve, l'ouverture du segment Valence-Marseille du TGV Sud-Est a impacté de façon significative la répartition modale des transports : sur la période 2001-2007, le flux ferroviaire est passé de 31,7 à 40,3% sur ce trajet, au détriment des transports routiers et aériens. Mais sur ce point, la concertation avec les collectivités publiques n'est pas des plus efficaces. Combiner les itinéraires des différentes offres de transports relève encore du parcours du combattant pour les touristes français.

Quant à la suprématie de l'avion sur le train, seule une réelle volonté politique pourra l'atténuer. « Les décisions stratégiques nationales et supra-nationales en faveur de projet d'infrastructures ferroviaires sont déterminantes », analyse Marie Lootvoet. « Quand une région décide d'attirer un aéroport low-cost, certes la manne économique est au rendez-vous, mais cela va totalement à l'encontre d'un tourisme responsable et moins émetteur de GES. » Et si nombre de constructeurs aéronautiques misent sur l'amélioration de l'efficacité énergétique de leurs appareils pour réduire les émissions, les chiffres parlent d'eux-mêmes : le gain énergétique augmente en moyenne d'1% par an, quand le trafic croît de 5% sur cette même année.

Anne Farthouat
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