Publié le 20 mars 2017

L'APRES PETROLE

États-Unis : quel avenir pour la voiture électrique ?

Depuis le début de l'année, des propositions de loi ont été déposées dans plusieurs États américains pour stopper les aides à l'achat de véhicules électriques. Des mesures qui sont la conséquence d'un puissant lobbying de la part d'acteurs liés aux énergies fossiles. Dans d'autres États, d'autres villes, la résistance s'organise. Il en va de la compétitivité de l'industrie automobile américaine à long terme. 

En quelques mois, le nombre d'États américains offrant une aide financière pour l'achat d'un véhicule électrique est passé de 25 à 16.
iStock

Les Américains ont acheté 160 000 voitures électriques en 2016. Une goutte d'eau pour un marché de l'automobile, qui a enregistré au total 17,5 millions de ventes. Mais cela représente un bond de 37% par rapport à l'année précédente. La tendance se confirmera-t-elle en 2017 ?

La question est posée, alors que l'on observe une remise en cause des aides publiques à l'achat de voitures électriques dans certains États américains, là où le lobby des énergies fossiles est à la manoeuvre.

Dans l'Indiana, un texte a été déposé en janvier pour introduire une sorte de taxe annuelle de 150 dollars pour les véhicules électriques.

Dans le Colorado, une proposition de loi déposée début février prévoit la suppression du crédit d'impôt de 5 000 dollars pour l'achat d'un tel véhicule.

Et début mars, c'est l'Utah qui a voté contre le prolongement de son crédit d'impôt de 1 500 dollars jusqu'en 2022.

En quelques mois, le nombre d'États américains offrant une aide financière pour l'achat d'un véhicule électrique est passé de 25 à 16. Or les aides publiques sont encore vitales pour ce secteur en plein développement.

C'est ce que montre l'exemple de la Géorgie. Mi-juillet 2015, l'État cesse d'offrir un crédit d'impôt pouvant aller jusqu'à 5 000 dollars et le remplace par un malus annuel de 200 dollars. La mesure a fait chuter les ventes de véhicules électriques de 80%.

 

Derrière les États, le lobbying du pétrole

 

Qui veut donc la peau des véhicules électriques ?

Dès l'an dernier, une enquête du Huffington Post pointe le rôle des frères Koch, qui opèrent dans le secteur pétrolier. Le montant du lobbying avancé par le site fleurte avec les 10 millions de dollars. À l'époque, l'article est accueilli, sur Twitter, par un soupir fatigué de Elon Musk, le créateur de la marque de voitures électriques de luxe Tesla.

Il y a quelques jours, c'est le New York Times qui reprend à son compte ces accusations. Le quotidien précise que la proposition de loi dans le Colorado est soutenue par l'organisation Americans for Prosperity, financée par les mêmes frères Koch, et par le think-tank Independence Institute, lié à plusieurs entreprises du secteur des énergies fossiles.

Gina Coplon-Newfield, directrice du programme Initiative Véhicules électriques au sein de l'ONG Sierra Club, confirme ces "attaques en rafale" et n'hésite pas à parler d'"efforts coordonnés venant du secteur des énergies fossiles pour pénaliser les conducteurs de véhicules électriques".

 

Le programme d'aide fédéral survivra-t-il ?

 

Les regards sont désormais tournés vers Washington, où se joue l'avenir du programme fédéral de soutien au secteur, via un crédit d'impôt de 7 500 dollars. Une cible de choix pour les anti-véhicules électriques. Mais ils trouveront face à eux une forte résistance, et pas seulement de la part des associations de défense de l'environnement.

"Nous avons eu quelques conversations sur la colline du Capitole (autour du Congrès, NDLR) et j'ai l'impression que cette disposition bénéficie en fait d'un soutien important, y compris dans le camp républicain. Car au-delà des arguments écologiques, ils considèrent simplement que c'est le futur des transports", affirme de son côté Joel Levin, directeur de Plug In America, un lobby qui défend les conducteurs de véhicules électriques.

 

Des villes et des États font le choix de l'électrique

 

Il faut aussi compter sur la politique volontariste de certains États comme la Californie, qui concentre à elle seule la moitié des ventes de véhicules électriques aux États-Unis, et de certaines villes. 30 d'entre elles, dont New York, Chicago et Los Angeles, ont lancé un appel d'offres pour l'achat conjoint de 114 000 véhicules électriques (voitures de police ou camions poubelles). Un marché potentiel de 10 milliards de dollars.

"Peu importe ce que le président Trump fait ou ce qui se passe à Washington. Les villes vont continuer de montrer la voie", a prévenu Matt Petersen, représentant de Los Angeles. Car l'enjeu industriel est très important pour les constructeurs automobiles américains.

"Le risque est que cette technologie électrique soit développée plus rapidement en Europe, en Chine, au Japon et que les constructeurs américains se trouvent à la traîne. Tout recul en la matière n'est pas un bon signe pour l'industrie américaine", prévient encore Joel Levin.

Fanny Rascle à Washington
© 2017 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

Voir nos offres