Publié le 18 janvier 2013

L'APRES PETROLE

Un début de relance du photovoltaïque ?

Début janvier, des mesures d'urgence pour relancer la filière photovoltaïque en berne ont été annoncées par la ministre de l'Ecologie tandis que les professionnels lançaient une initiative pour booster l'exportation de leur savoir-faire. Mais tous les professionnels ne sont pas d'accord sur leur efficacité.

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« Un peu de soleil pour la filière photovoltaïque française », lançait le syndicat des énergies renouvelables après le dévoilement des mesures d'urgence prises par le gouvernement pour tenter de relancer la filière. Une filière qui malgré la progression rapide de la capacité photovoltaïque installée et raccordé au réseau (environ 4 000 MW fin septembre 2012 contre 2950 MW fin 2011) est très fragilisée depuis 2010 suite au moratoire de 3 mois sur les nouveaux projets et à la baisse drastique des tarifs de rachat. En 2012, celle-ci a ainsi perdu plusieurs milliers d'emplois (près de 15 000) tandis que le déficit commercial du secteur solaire (voir Le photovoltaïque européen entre tentation protectionniste et ouverture internationale) est estimé à 1,35 Mds€ en 2011 (rapport de la Mission CGEIET/CGEDD sur l'éolien et le photovoltaïque, septembre 2012), entraînant par ailleurs un imbroglio juridico-commercial avec la Chine qui pourrait bien s'envenimer.

Dans le cadre du « patriotisme écologique » promu par Delphine Batho et destiné à faire du développement des énergies renouvelables un facteur de compétitivité et de créations d'emplois, le ministère de l'Ecologie n'a donc pas voulu attendre les conclusions du débat sur la transition énergétique pour annoncer un nouvel appel d'offres de 400 MW pour les grandes installations photovoltaïques destiné à « soutenir les technologies françaises innovantes » (comme le photovoltaïque à concentration et les « trackers », soit les installations avec suivi du soleil) ainsi qu'une simplification des critères d'appel d'offres pour les installations de taille moyenne. Les petites installations (moins de 1000 m²) elles vont bénéficier de trois mesures : un doublement des volumes cibles à 400 MW par an, une revalorisation de 5% des tarifs pour les installations en intégré simplifié au bâti et une bonification pouvant aller jusqu'à 10% pour les installations « made in Europe ». Au final, c'est un doublement de la puissance annuelle cible installée du pays qui est actée, dès 2013, passant de 500 MW à 1 000 MW. Et avec ces investissements de plus de 2 milliards d'euros, c'est le maintien de 10 000 emplois qui est attendu par le gouvernement.

« Nous sommes satisfaits de la majorité des mesures annoncées. Elles permettront aux industriels de traverser la période à venir jusqu'aux conclusions du débat sur la transition énergétique dont nous espérons qu'elles fixeront un cap ambitieux à la filière photovoltaïque », se réjouit ainsi le président du SER-SOLER (la branche photovoltaïque du SER), Arnaud Mine, dans un communiqué. Un regret toutefois pour le syndicat, la baisse de 20% -rétroactive au 1er octobre 2012- du tarif auquel sont éligibles en particulier les centrales au sol ni ceux qui sont intégrés au bâti (1) et qui « constitue un préjudice pour les entreprises qui se sont positionnées sur ce marché ».

Chez Panasonic solar, qui fabrique des cellules solaires à haut rendement, on "approuve" l'engagement du gouvernement tout en instistant sur le fait qu'il faut poursuivre les efforts vers les particuliers. Par ailleurs, il « est impératif qu'il y ait une vraie stratégie à long terme derrière ces mesures et pas seulement une réponse d'urgence. Pour redonner un souffle au photovoltaïque nous devons être plus Européens que Français car une synchronisation et un raisonnement à l'échelle européenne sont aujourd'hui nécessaires pour une politique énergétique réussie », souligne le Coordinateur du Développement Produit, Michaël Seys.

Des mesures taillées pour les grands groupes

De son côté, Solaïs, un cabinet d'ingénieurie expert en photovoltaïque, porte un discours très différent sur l'efficacité des mesures d'urgence. Son directeur associé, Sébastien Pitaval, s'avoue extrêmement déçu par les annonces dont il espérait pourtant beaucoup et qu'il qualifie aujourd'hui d' «écran de fumée». « La baisse des tarifs de 20% pour les projets supérieurs à 100 kW crête va rendre ces derniers impossibles à financer, déplore-t-il. Quant aux appels d'offres, qui demandent beaucoup d'énergie, de temps, d'argent et de garantie bancaires, ils sont taillés pour les gros groupes car les petites structures indépendantes comme la nôtre ne pourront pas attendre mars 2014 pour savoir si elles ont remporté le marché ou non. Enfin, on se focalise sur la production française de panneaux solaires mais la bonfication de 10% ne permettra pas de compenser le surcoût d'au moins 30% par rapport aux panneaux chinois. Nous avons d'autres atouts à valoriser dans la filière ». Pour ce cabinet de 11 personnes, déjà destabilisé par les mesures et l'instabilité existant depuis 2010, cela signifie simplement l'obligation de licencier à très court terme, regrette Sébastien Pitaval.

Quant à la promotion de l'export, où la France peine à se placer, la filière a lancé la marque « France solar industry ». Pilotée par le SER, elle se veut la vitrine du savoir-faire français, toutes technologies confondues, en matière de production d'électricité solaire avec des « offres intégrées »: centrales de production clés en main, solutions d'intégration améliorée au réseau, offres industrielles. Objectif : le Moyen-Orient et Afrique du Nord, l'Afrique subsaharienne, l'Afrique du sud mais aussi l'Inde. Une initiative saluée par le ministère de l'Ecologie et du Commerce extérieur qui travaille en ce moment à l'élaboration d'un démonstrateur « ville durable ».

(1) (tarifsT5) Cela concerne les installations au sol, installations sur bâtiment ne respectant ni les critères d'intégration au bâti, ni les critères d'intégration simplifiée, les installations de puissance crête supérieure à 36 kW situées sur un bâtiment à usage principal d'habitation, d'enseignement ou de santé intégrées au bâti, les installations de puissance crête supérieure à 9 kW situées sur un bâtiment qui n'est pas à usage principal d'habitation, d'enseignement intégrées au bâti et les installations de puissance crête supérieure à 100 kW qui respectent les critères d'intégration simplifiée au bâti.

Béatrice Héraud
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