Publié le 10 mai 2013

L'APRES PETROLE

La stratégie polonaise du « tout charbon »

La Pologne produit 90% de son électricité à partir du charbon. Une prédominance qui se marie mal avec les objectifs environnementaux européens et notamment la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

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Centrale de Belchatow

Chiffres clés

* Le charbon couvre 90 % des besoins en électricité. Il représente 50 % du mix énergétique global, alors que la moyenne au sein de l'UE est de 16 %.
* La part des énergies renouvelables est aujourd'hui de 9 %, dont 95 % issues de la biomasse.
* À l'échéance 2030, la Pologne vise 10 % d'énergie nucléaire, 15 % d'énergie renouvelable et 75 % d'énergie fossile.

La Pologne tient plus que jamais à ses centrales à charbon. Pour des raisons sociales et économiques avant tout. Les houillères emploient toujours 100 000 ouvriers, trois fois plus si l'on tient compte de l'ensemble de la filière charbon. Et ce minerai bon marché couvre 90% des besoins en électricité du pays. Pour réduire de 20% ses émissions de CO2 en accord avec le paquet climat-énergie de l'Union européenne, la stratégie « tout charbon » polonaise propose de moderniser ses centrales ou d'en construire de nouvelles. « En Pologne, il n'est pas question de transition énergétique au sens où on l'entend en France. Le gouvernement vise la baisse des émissions polluantes, mais certainement pas une économie décarbonée », confirme Kamila Waciega, doctorante au Ceri et spécialiste de la question. Et pour ce faire, la Pologne trouve aisément des relais européens : la Banque européenne d'investissement ayant notamment financé la modernisation de la centrale Belchatow. Pour les partenaires privés, les Français Alstom et GDF Suez sont dans les rangs. Depuis 2000, GDF Suez exploite la centrale de Polaniec, cinquième centrale électrique du pays.

Certes, l'Union européenne souhaiterait voir la Pologne s'affranchir de cette ressource polluante, mais Varsovie a des arguments. Le choc économique après la libéralisation de 1989 a entraîné une chute de près de 30% des émissions, soit cinq fois plus que ce que ne prévoyait le protocole de Kyoto. Ce qui la place aujourd'hui dans la moyenne des évolutions des émissions européennes.

Des millions de tonnes de bois brûlées dans les centrales à charbon

Pour autant, le pays devra se conformer aux objectifs de plus en plus ambitieux de Bruxelles, proposés dans sa feuille de route « pour une économie faible en carbone » à l'horizon 2050. D'où la stratégie développée par le pays : paralyser tout nouvel accord de l'Union. « Actuellement, le premier but du gouvernement polonais semble être de bloquer les négociations climat de l'UE et de poser son veto sur tous les objectifs chiffrés, quelle que soit l'échéance ou le niveau d'ambition », déplore ainsi Julia Michalak, responsable politique de l'Europe centrale pour Climate Action Network Europe.

La situation énergétique polonaise réserve par ailleurs d'autres surprises. La moitié de l'électricité verte est produite par la biomasse brûlée dans les centrales à co-combustion charbon-biomasse. Une proportion calamiteuse alors que les rendements énergétiques sont médiocres, la majorité des chaudières n'étant pas adaptées. Mais la Pologne peut ainsi se féliciter d'avoir rempli ses objectifs de 2010 sur les énergies renouvelables, tout en continuant de faire la part belle au charbon dans sa stratégie énergétique à l'horizon 2030... Une aberration écologique expliquée dans le dossier de La Revue durable sur l'écologie en Pologne.

Résultat : un million de tonnes supplémentaires de bois ont été brûlées en 2011 pour atteindre un total de plus de 5 millions de tonnes, quitte à l'importer. Les centrales accaparent ainsi tous le bois disponible et fragilisent l'approvisionnement des chaudières à bois. Pire, elles monopolisent le marché des énergies renouvelables en pompant les « certificats verts ». Ces titres donnés par le gouvernement aux producteurs d'électricité d'origine renouvelable ont en effet permis aux géants énergétiques d'État(1) de bénéficier des avantages fiscaux et financiers des certificats verts, en produisant de l'électricité « verte » à partir de la biomasse brûlée dans les centrales.

Un mix énergétique qui privilégie les gaz de schiste

Certes le gouvernement polonais prépare une loi très attendue sur les énergies renouvelables qui pourrait rebattre les cartes. Mais la loi est bloquée, sous la pression des géants énergétiques nationaux et étrangers, qui ne veulent pas voir les aides à la biomasse diminuer. Selon un rapport de l'Observatoire des énergies renouvelables Eurobserv'er (http://www.eurobserv-er.org/pdf/baro212biomass.pdf), GDF Suez a investi dans les centrales à biomasse et prévoit le cas échéant de demander des compensations financières à l'État polonais, en cas de changement de politique.

Pour diversifier ses sources énergétiques, la Pologne mise d'ailleurs moins sur le développement du renouvelable que sur le nucléaire et les gaz non conventionnels (voir chiffres ci-contre). Bien que les réserves du pays en gaz de schiste aient été révisées à la baisse de 90 % et que les opérateurs étrangers désertent, Varsovie a désigné le géant gazier d'État PGNiG pour poursuivre cette voie. Le 21 mars dernier, ce monopole a déclaré avoir trouvé le premier gisement en Pologne.

(1) Les entreprises électriques polonaises intègrent toute la filière, depuis la mine de charbon jusqu'à la vente aux particuliers.

Magali Reinert
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