Publié le 12 octobre 2015

L'APRES PETROLE

Energies renouvelables : une progression des investissements qui reste insuffisante pour atteindre les objectifs climatiques

Encore plus de panneaux solaires et d’éoliennes en 2015 : les investissements dans les énergies renouvelables (EnR), qui ont fortement progressé ces dix dernières années, permettent de poursuivre le développement de la production électrique propre. Ils restent toutefois très insuffisants au vu de l’enjeu du réchauffement climatique.

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Les investissements mondiaux dans les énergies renouvelables (EnR) ont crû fortement ces dix dernières années. Selon l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE), les sommes consacrées aux EnR électriques(1) sont passées d’environ 100 à 270 milliards de dollars entre 2005 et 2014(2).

Cette progression découle pour partie d’une volonté politique. D’après l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), 164 pays se sont désormais fixés au moins un objectif en matière d’EnR. Ils n’étaient que 43 en 2005.

Point positif : l’an dernier, pour la 5e année consécutive, les montants dévolus aux EnR électriques ont dépassé les investissements dans de nouvelles capacités de production d’électricité à partir d’énergies fossiles. C’est ce que constate le réseau mondial d’échange sur les ENR (REn21) dans son rapport 2015 sur les énergies renouvelables.

 

Stabilisation des émissions de CO2

 

Les conséquences bénéfiques de ces évolutions se font sentir. En 2014, pour la première fois en quatre décennies, l’économie mondiale a crû sans augmentation parallèle des émissions de CO2, restées constantes par rapport à 2013. Une stabilisation qui s’explique par le développement des EnR mais aussi de l’efficacité énergétique.

Sur les trois premiers trimestres 2015, les décisions d’investissement dans les énergies propres(3) se sont élevées à 198 milliards de dollars à travers le monde, estime Bloomberg New Energy Finance (BNEF). Ce montant peut paraître décevant par rapport aux 310 milliards de 2014 et aux prévisions de certains analystes, qui s’attendaient à une hausse de 15% cette année à la fois dans le solaire et l’éolien

Mais "il est en trompe-l’œil", explique Olivier Ken, gestionnaire du fonds Performance environnement de la société de gestion Financière de Champlain. Car "la baisse apparente s’explique pour une bonne part par des effets de change. Depuis l’an dernier, l’euro a perdu environ 15% par rapport au dollar et le yuan 5%", explique-t-il.

 

Baisse du prix des installations

 

En Chine, le premier investisseur mondial en matière d’EnR, c’est traditionnellement au 4e trimestre que se fait l’essentiel des investissements. "L’an dernier, le pays a installé environ 8 GW de solaire au dernier trimestre, soit presque autant qu’au cours des trois premiers", souligne Olivier Ken.

Enfin, sur les trois premiers trimestres, les investissements se sont davantage portés sur le solaire, qui a mobilisé les deux tiers de leur montant total. Or le prix des modules s’affiche en baisse d’environ 10% cette année.

C’est là une des tendances de fond dans les énergies renouvelables : grâce à la baisse du prix des installations, chaque dollar investi permet de mettre en place de plus en plus de capacités au fil du temps.

Au final, "dans le solaire, 50 à 55 GW devraient être installés cette année à travers le monde, soit 25% de plus qu’en 2014. C’est plus que ce à quoi on s’attendait", indique Olivier Ken. Dans l’éolien, ce sont 34 GW qui devraient être mis en place en 2015, un volume en hausse de 36% sur un an. De quoi démontrer que "la baisse des cours du brut a cette année un effet mineur sur les investissements dans les EnR", souligne le gestionnaire de fonds.

 

Encore un effort

 

Les sommes dévolues aux énergies renouvelables restent toutefois insuffisantes pour atteindre les objectifs climatiques. Pour y parvenir, les investissements dans les EnR électriques devront être portés à près de 400 milliards de dollars par an d’ici à 2030, estime l’AIE dans son scénario "Bridge".

Ce scénario envisage des stratégies de court terme permettant de parvenir dès 2020 à un pic des émissions de gaz à effet de serre mondiales. Avant d’aller ensuite vers des niveaux de décarbonisation plus élevés compatibles avec l’objectif de limiter le réchauffement à 2°C.

Mais il existe des scénarios plus ambitieux. À l’instar de celui de Greenpeace, qui appelle à passer à 100% d’EnR d’ici à 2050. Pour cela, 1 600 milliards de dollars par an devront être investis d’ici là. Un effort réalisable, assure l’Organisation non gouvernementale (ONG). Car les économies de combustibles générées en parallèle permettront de plus que couvrir les investissements additionnels nécessaires.

C’est ce que semble confirmer une récente étude de Citibank, selon laquelle la transition vers des énergies propres pourrait permettre d’économiser 1 800 milliards de dollars à travers le monde d’ici à 2040.

À l’inverse, souligne la banque, faute de mesures efficaces pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, le réchauffement climatique pourrait coûter 44 000 milliards de dollars à l’économie mondiale d’ici à 2060.

 

(1) Solaire, éolien, hydroélectricité, biomasse, géothermie, énergie des mers.

(2) En dollars de 2014.

(3) Ce qui, outre les EnR électriques, inclut aussi notamment les biocarburants.

Carole Lanzi
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