Publié le 07 novembre 2014

L'APRES PETROLE

Dans l’ancienne Allemagne de l’Est, les espoirs déçus des énergies renouvelables

C’est grâce au secteur des énergies renouvelables que les Länder de l’ex-RDA ont pu reconstituer une part importante de leur tissu industriel. Aujourd’hui, ce renouveau bat de l’aile. Une étude publiée en septembre dernier montre l’impact désastreux des mesures adoptées par Berlin sur l’emploi dans ces régions aux structures économiques encore fragiles.

Dans l'ex-Allemagne de l'Est, un champ de panneaux solaires situé à proximité du siège de la société Q-cells.
© Barbara Sax / AFP

L’influence des nouvelles énergies sur le marché du travail est particulièrement importante pour les cinq Länder issus de l’ex-RDA: selon les chiffres de l’Agence pour les énergies renouvelables, le taux d’emploi du secteur se situe à 13,5 salariés sur 1000, contre 8,9 dans les anciens Länder de l’Ouest. La branche emploie au total en 2013 plus de 363 000 personnes en Allemagne.

25 ans après la chute du mur de Berlin, les chiffres semblent montrer que les nouveaux Länder ont réussi leur transition industrielle grâce aux nouvelles énergies.

 

Un recul soudain de 7% de l’emploi

 

Et pourtant. La dernière étude publiée par l’institut de recherche GWS le 30 septembre dernier jette un froid. "Le marché de l’emploi dans le secteur des énergies renouvelables a reculé de 7% en 2013. C’est une première", analyse Philip Ulrich, auteur de l’étude. Principale victime, le secteur photovoltaïque. Jusqu’à présent, cette branche était  génératrice d’emplois dans les nouveaux Länder: de 102 650 en 2012, le nombre de salariés dans la branche des énergies alternatives dans les nouveaux Länder est passé à 90 810 en 2013.

"La réduction parfois exagérée des subventions pour les projets industriels et les parcs solaires a entraîné une forte baisse de la demande. Pour la première fois cette année, l’objectif annuel du nombre d’installations ne sera pas rempli", explique Carsten Körnig, directeur de la Fédération de l’industrie solaire (BSW). Il ajoute que la concurrence venue d’Asie a contribué à dégrader la situation.

 

Des cloaques industriels transformés en bastions des énergies renouvelables...

 

L’évolution du fabricant de modules photovoltaïques Q.Cells illustre parfaitement l’apogée et la chute de l’industrie solaire dans l’ex-RDA. Créée en 1999 à Berlin, l’entreprise déménage avec ses 19 salariés à Bitterfeld, une ancienne cité industrielle située à quelque 160 km au sud de Berlin.

Un défi, lorsque l’on sait que la ville passait pour être la plus polluée d’Europe en 1989. Les cheminées de la centrale à charbon et du combinat chimique propulsaient quotidiennement dans l’atmosphère des dizaines de tonnes de cendres industrielles.

Dix ans après son installation, Q.Cells était devenu un géant mondial de l’industrie solaire, employant 2 500 salariés. La ville, elle, se transfigurait. De cloaque industriel, elle s’est muée en bastion des nouvelles énergies, créant même une "Solar Valley".

Une belle victoire pour Bitterfeld. "Il y a eu clairement une volonté politique de réindustrialiser les nouveaux Bundesländer grâce aux énergies renouvelables", rapporte Philip Ulrich.

 

...à l’avenir incertain

 

Sept ans plus tard, pourtant, Q.Cells déposait le bilan et était racheté par le groupe sud-coréen Hanwha. Depuis, Bitterfeld regarde l’avenir avec inquiétude et se demande quoi faire de sa vallée solaire. Pour Carsten Körning, la solution réside à l’étranger: "La demande en photovoltaïque en dehors de la zone euro est forte et offre des perspectives prometteuses. Les entreprises allemandes mobilisent leurs expertises et savoir-faire pour profiter de ce marché mondial en pleine croissance."   

Claire Stam à Francfort
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