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Publié le 27 août 2013

L'APRES PETROLE

Allemagne : les coopératives, moteur de la transition énergétique

Fait unique en Europe, l'année 2012 a vu le nombre de coopératives énergétiques doubler en Allemagne, qui amorce ainsi sa sortie du nucléaire. Le pays en compte actuellement 800, dont les 130 000 membres ont déjà investi un total de 1,2 milliards d'euros dans les énergies renouvelables. Rencontre avec un de leurs représentants.


Difficile encore d'imaginer 12 éoliennes dans ce coin de forêt dit « des quatre sapins ». Et pourtant. Au terme d'une heure de marche, le visiteur aperçoit les va-et-vient des pelleteuses et autres poids lourds, puis, plus loin, les fondements capables de soutenir ces tiges de métal hautes de 140 mètres. « Notre projet d'éolienne en forêt est pratiquement financé », se félicite Jürgen Staab. « Une éolienne sur les 12 prévues coûte 4,9 millions d'euros. Et nous sommes sur le point d'en acheter une après avoir réuni plus d'un million d'euros de fonds propres ».

Nous nous trouvons à moins d'une heure de route de Francfort-sur-le-Main, à Wächtersbach. Ancien duché, le bourg abrite de belles demeures à colombage, vestiges d'une prospérité lointaine, dont le nombre se trouve cependant largement dépassé par celui des pavillons modernes surmontés de panneaux solaires. La petite commune affiche son parti-pris. Et c'est dans son domaine forestier que le parc à éoliennes est sur le point de voir le jour, chacune devant fournir 6,5 millions de kw/h par an. Jürgen Staab, conseiller financier de profession, coordonne la «Energiegenossenschaft Main-Kinzigtal», une coopérative énergétique régionale qui compte 128 membres. C'est la première fois que la coopérative se lance dans l'éolien. Jusqu'ici, elle s'était concentrée sur la photovoltaïque : depuis sa création en 2010, elle est à l'origine de neuf installations, principalement sur les toits d'écoles et de halls de sport de la région. « Pourquoi nous achetons une éolienne dans ce parc ? Nous avons un intérêt financier, en tant qu'investisseur, que nous procure la loi EEG*. Elle nous assure une grande stabilité financière, d'une part, et nous permet d'autre part de s'assurer que la production et la consommation d'énergie restent dans notre région. C'est aussi une source de création d'emplois ».

Bénéfices économiques et sociaux

A première vue, la «Energiegenossenschaft Main-Kinzigtal» apparaît comme un maillon infiniment petit de la transition énergétique allemande. Mais elle fait partie d'un mouvement qui prend de plus en plus d'ampleur. La Fédération allemande des coopératives (DGRV) comptabilise 800 coopératives énergétiques sur les 7 500 que compte le pays, un chiffre en hausse de 50% en 2012. Quelques 130 000 membres ont déjà investi 1,2 milliards d'euros dans des installations produisant annuellement 580 millions de kw/h d'énergie verte. « Et ils financent les installations à 50% avec leurs fonds propres », précise dans un communiqué Eckhart Ott, président de la Fédération. « Les citoyens participent avec leurs propres deniers à la transition énergétique du pays. Et ce n'est pas un privilège réservé aux nantis, chacun peut y participer avec moins de 100 euros ». Par ailleurs, une étude menée par le cabinet d'étude trend research montre que les particuliers (dont les agriculteurs) détiennent 46% des installations produisant de l'énergie issue des nouvelles énergies, contre...5% seulement pour les quatre oligopoles (RWE, E-On, Vattenfall et EnBW) réunies. « La structure, le mode de fonctionnement démocratique, et le succès économique des coopératives expliquent leur boom actuel », relève Oda Scheibelhuber, responsable du département d'urbanisme au Ministère de la construction et de l'urbanisme à Berlin. « Et elles sont absolument essentielles au bon développement des énergies renouvelables dans le pays parce qu'elles en augmentent l'acceptabilité auprès des citoyens ».

Un propos repris et illustré par Jürgen Staab. « La construction de parcs à éoliennes ne fait pas l'unanimité chez les habitants », admet-il, «mais, dès lors qu'ils peuvent participer financièrement à un projet régional et qu'ils en retirent des bénéfices, ces projets deviennent attractifs et ne sont plus la cause de contentieux ». Et s'il a fallu couper des arbres pour planter les éoliennes, la gestion forestière y gagne aussi. Matthias Becker, garde forestier assure que « les revenus générés par le parc à éoliennes permettront enfin d'assurer le bon entretien de la forêt sans devoir couper et vendre du bois pour compenser le manque d'argent ». Il souligne que le domaine forestier reste la seule valeur ajoutée de Wächtersbach. « Avec le parc à éoliennes, la commune disposera d'une autre source de revenus ».


* La loi dite «EEG» sur les énergies renouvelables prévoit l'octroi d'un tarif fixe de rachat d'électricité produit à base des nouvelles énergies qui est garanti sur plusieurs années. Dans le cas de la coopérative énergétique de Wächtersbach, les tarifs sont garantis sur 20 ans.

Cllaire Stam, reportage à Wächtersbach ( Allemagne)
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