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Publié le 29 août 2011

L'APRES PETROLE

La Chine en panne d'électricité

La Chine est devenue le premier consommateur mondial d'énergie, devant les Etats-Unis. Une position peu enviable pour un pays qui du mal à satisfaire sa boulimie en électricité. Des milliers d'usines fonctionnent au ralenti cet été faute de courant.

Barrage des Trois Gorges

24 000 entreprises font face à des coupures d'électricité dans la région de Shanghai cet été. Les bureaux doivent éteindre leurs climatiseurs une heure par jour chaque fois que le thermomètre dépassera les 37 degrés Celsius. Soit quasiment tous les jours. Ce sont les dernières dispositions prises par les autorités chinoises alors que le pays fait face à une pénurie d'électricité sans précédent et qui touche déjà plus d'un demi million d'entreprises dans l'Est du pays.

Aux heures les plus chaudes de l'été, alors que les appareils électriques tournent à plein régime, le pays engloutit à lui seul près de 400 milliards de kilowatts heure par mois ! Essentiellement dans le secteur secondaire, usines et industries lourdes en tête, gros consommateur d'énergie.

« La Chine connaît un goulot d'étranglement, explique l'analyste Pan Xiang. Le gouvernement souhaite réduire ses émissions de carbone et limite donc l'utilisation des centrales à charbon - qui produisent toujours 75% de l'électricité ndlr-. Mais dans le même temps, les énergies nouvelles et renouvelables ne comblent pas tous les besoins. L'énergie solaire est encore loin d'offrir une alternative suffisante au charbon malgré les gros investissements consentis par l'Etat dans ce domaine ». C'est le cas également de l'énergie hydroélectrique. Les barrages fournissent 22% de l'électricité du pays, grâce notamment à de gigantesques ouvrages comme le barrage des Trois Gorges. Problème : pour fonctionner les réservoirs doivent être pleins. Or le Nord de la Chine connaît une sécheresse historique, la plus sévère depuis un demi-siècle, et le gouvernement a du se résoudre à vider les réservoirs pour éviter des pénuries catastrophiques pour les centaines de millions d'agriculteurs chinois. Résultat, la production d'électricité est en baisse. De l'eau ou du courant. Il faut choisir.

Explosion de la demande

Sans compter que les besoins en électricité ne cessent de croître. Plus 12% par an en moyenne. Un rythme qui s'accélère depuis 5 ans. L'usine du monde a besoin de courant pour tourner, mais c'est de plus en plus le cas également de son milliard et demi d'habitants. Pour relancer la consommation, le gouvernement a lancé l'an dernier un grand plan de subvention aux achats d'appareils électro-ménagers dans les campagnes. 100 millions de climatiseurs, réfrigérateurs et machines à laver ont ainsi été vendus en quelques mois dans les régions rurales. Des appareils gourmands en énergie. Résultat : plusieurs provinces connaissent déjà des coupures d'électricité qui, cette fois, ne touchent plus seulement les entreprises, mais également les habitations.

« L'industrialisation de la Chine exige un très fort approvisionnement énergétique, explique Bao Yunqiao, membre du conseil de la Société de recherche de Chine sur l'énergie. Si la consommation moyenne par habitant atteignait en Chine le même niveau que celle des États-Unis, la consommation énergétique de la Chine serait multipliée par 25 ! L'ensemble de la production actuelle d'énergie dans le monde ne suffirait alors même pas à répondre à cette demande ».

Le nucléaire plutôt que l'efficacité énergétique

Bao tire donc la sonnette d'alarme et appelle de ses vœux la poursuite du programme nucléaire chinois. Seul moyen selon lui d'éviter la panne généralisée de l'économie. Car pour limiter ses émissions de carbone, la Chine veut réduire le nombre de ses centrales à charbon et mise donc sur les énergies propres et le nucléaire. Malgré l'accident de Fukushima, la Chine n'a pas réduit la voilure : 40% des centrales nucléaires en construction sont en Chine. Et une enveloppe de 300 milliards d'euros sur cinq ans a été débloquée pour le développement des énergies nouvelles et renouvelables.

En attendant que les travaux se terminent, c'est le système D qui domine. De nombreux Chinois ont ainsi installé des panneaux solaires sur le toit de leur maison et de leur immeuble. Une habitation sur dix en est équipée dans les zones rurales. Une façon de prévenir les coupures et de laisser souffler le réseau électrique. Le gouvernement envisage maintenant de subventionner de telles installations. Mais aucune date n'a encore été annoncée.

Autre piste : la modernisation du système électrique. Le réseau est encore vétuste, notamment dans les régions rurales de l'Ouest et du Centre, et une partie des investissements va donc devoir se concentrer sur l'alimentation électrique. « Si le cœur de l'économie chinoise se trouve dans le Sud-Est, les ressources énergétiques, comme le charbon, se concentrent dans le Nord-Ouest, souligne Pan Xiang. Une des solutions seraient donc de multiplier les centrales pour éviter d'avoir à transporter le charbon à travers le pays ».

Reste une option qui n'a pas encore été étudiée : apprendre aux Chinois à consommer moins, à respecter des normes d'isolation des bureaux et des habitations et à éteindre leurs climatiseurs. Certains préconisent une hausse de la facture d'électricité. Pas question a déjà répondu le gouvernement. Lutte contre l'inflation oblige, les prix devront rester stables.

Stéphane Pambrun à Pékin
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