Publié le 10 septembre 2012

L'APRES PETROLE

Feu vert pour les gaz de schiste en Afrique du Sud

Sous la pression de l'industrie pétrolière, le gouvernement sud-africain a finalement levé le moratoire sur l'exploration des gaz de schiste, obtenu en 2011 par les environnementalistes et les propriétaires terriens. Plusieurs ministères avaient également pris position en faveur des gaz de schiste.

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Le Karoo

L'agence internationale de l'energie veut encadrer l'exploitation des gaz de schiste

Le 29 mai, l'agence internationale de l'energie a publié un rapport proposant une série de mesures, des « règles d'or » destinées à accompagner un « âge d'or du gaz », particulièrement celui non conventionnel, qu'elle appelait de ses vœux dans un précédent rapport mais qui lui semble loin d'être assuré au vu de l'opposition des populations. « La technologie et le savoir-faire existent déjà pour permettre la production du gaz non conventionnel d'une manière écologiquement acceptable. Mais si les impacts sociaux et environnementaux ne sont pas traités correctement, il y a une forte probabilité que l'opposition du public aux gaz de schiste et à d'autres types de gaz non conventionnel stoppe la révolution de gaz non conventionnel », a ainsi déclaré Maria van der Hoeven, la directrice de l'agence. Ces règles (information du public, bonne gestion de l'eau, mesures protectrices de l'environnement, etc.) renchériraient le coût de l'exploitation de 7% environ mais permettraient in fine de couvrir 1/4 des besoins énergétiques mondiaux d'ici 2035, selon l'agence. Un rapport vivement critiqué par les écologistes, notamment les députés Verts du parlement européen où le sujet fait l'objet d'un vif débat entre pro et anti gaz de schistes. B.H.

L'industrie pétrolière a poussé le gouvernement sud-africain à trancher en faveur des gaz de schiste, dont l'exploration était suspendue par un moratoire qui a été levée le 7 septembre dernier. Début mai, le ministre de l'énergie et une haute responsable du ministère de l'environnement avaient pris position en faveur d'une reprise de la prospection. Pour le gouvernement, le gaz de schiste représente une solution difficile à ignorer. En début d'année, la publication d'une étude commanditée par Shell venait en effet faire miroiter des réserves capables de couvrir les besoins énergétiques nationaux pour les 400 prochaines années. Pour un pays qui cherche encore des solutions à la crise énergétique traversée en 2008, cette ressource est présentée comme providentielle.

Le dernier Plan national de développement, la feuille de route de la politique gouvernementale à l'horizon 2030, souligne que l'exploitation du gaz de schiste pourrait rapidement couvrir la moitié de la production actuelle d'électricité. S'il évoque les préoccupations environnementales, le document pointe surtout les atouts des gaz de schiste face à deux autres sources d'énergies, le charbon et le nucléaire. Le charbon fournit 90 % de l'électricité du pays et le gouvernement promet de diminuer cette part pour respecter ses engagements de lutte contre le réchauffement climatique. L'exploitation du gaz de schiste représente également une option beaucoup moins ruineuse que le programme nucléaire initié par le gouvernement, dont le coût est estimé à 50 milliards d'euros. Quant aux énergies renouvelables, elles devraient produire 10% de l'électricité en 2030, et restent donc marginales dans la stratégie énergétique du gouvernement.

Un million de m3 d'eau dans une région semi-aride

Avec un taux de chômage de 25%, le gouvernement sud-africain est également sensible aux promesses faites par les pétroliers de créer plusieurs centaines de milliers d'emplois. Les réserves de gaz de schiste sont concentrées dans le Karoo, une région rurale très pauvre. Une activité minière créerait certainement des emplois dans cette zone semi-aride, où, outre le tourisme de nature et l'élevage extensif de moutons, il y a peu de ressources économiques. Pour certains, les chiffres avancés par l'industrie sont cependant disproportionnés, en tout cas à court terme. Un porte-parole de Shell a même reconnu que seulement une dizaine d'emplois locaux seraient créés dans un premier temps, la phase d'exploration requérant surtout des postes très qualifiés.

En face, les opposants s'alarment de l'ampleur des demandes d'exploration dans la région. À elle seule, la Royal Dutch Shell demande des permis pour prospecter 90 000 km2. Toutes compagnies pétrolières confondues, la surface convoitée atteint les 240 000 km2, soit environ la moitié de la surface du Karoo. L'année dernière, environnementalistes et propriétaires terriens avaient obtenu un moratoire, dans l'attente d'une étude publique sur les conséquences environnementales de la fracturation hydraulique. Le Karoo étant une région semi-aride, personne ne sait où l'industrie prendra l'eau nécessaire à l'exploitation du gaz. La fracturation hydraulique est en effet très gourmande en eau et l'exploitation envisagée d'un milliard de m3 de gaz nécessite un million de m3 d'eau ! Par ailleurs, avec le recul de dix années d'exploitation du gaz de schiste aux États-Unis, les données scientifiques s'accumulent contre une technique qui consiste à envoyer sous pression de l'eau mélangée à des produits chimiques et du sable à plus de 2 500 mètres sous terre. Plus de la moitié de l'eau chargée de polluants disparaît en profondeur et risque de polluer les ressources d'eau souterraine. Le reste remonte à la surface, chargé d'éléments radioactifs ramenés des profondeurs, et doit donc être traité. Des risques qui s'imposeraient à la population du Karoo, très dépendante des réserves d'eau souterraine.

La princesse des Pays-Bas contre la Royal Dutch Shell

Face à l'offensive des pétroliers, les opposants n'ont pas l'intention de lâcher, prêts à invoquer l'inconstitutionnalité de l'exploitation des gaz de schiste si les droits des individus et de l'environnement ne sont pas garantis par les projets. Ils ont aussi pour eux les dernières études scientifiques qui disqualifient l'argument sur l'impact climatique : les gaz de schiste n'émettraient pas moins de gaz à effet de serre que le pétrole ou le charbon, en tenant compte de la libération de méthane souterrain et de l'importante quantité d'énergie nécessaire à la fracturation hydraulique. Localement, l'opposition des grands propriétaires, des agriculteurs et des écologistes reste très organisée, forte en particulier du soutien de deux grandes figures : le magna Anton Rupert, milliardaire cofondateur du WWF né dans le Karoo, et la princesse Irène de Hollande, grande propriétaire terrienne.

« Il y a une forte opposition locale à la fracturation, mais comme d'habitude le débat se cristallise entre, d'un côté, les propriétaires et les environnementalistes et, de l'autre, les pauvres qui désespèrent de trouver du travail ». Cette opinion d'une personne proche du dossier au gouvernement traduit bien la position du parti au pouvoir. L'ANC défend l'intérêt des masses paupérisées noires devant l'intérêt des grands propriétaires blancs et des défenseurs de la nature, là encore associés à l'ancien pouvoir blanc. Pourtant, des associations de justice environnementale comme Earthlife Africa rappellent que si l'eau du Karoo est polluée ou vient à manquer, ce sont les populations les plus fragiles qui seront touchées en priorité.

Magali Reinert
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