Publié le 15 février 2017

L'APRES PETROLE

Malgré des comptes alarmants, EDF persiste dans le nucléaire

EDF ne changera pas de cap. Malgré un chiffre d’affaires en recul de 5,1% et une dette de 37 milliards d’euros, EDF multiplie les investissements dans le nucléaire. Le groupe, qui présentait hier ses résultats annuels, prévoit l'allongement de vie du parc et s’est lancé dans la construction de deux réacteurs nouvelle génération au Royaume-Uni.

Lors de la présentation des comptes du groupe, Jean-Bernard Lévy, PDG d'EDF, se veut rassurant : "Le groupe a surmonté les difficultés et montré sa capacité à résister malgré un environnement dégradé."
Eric Piermont / AFP

2016, annus horribilis pour EDF. Le géant énergétique français a présenté hier ses résultats financiers. Il annonce une baisse de 5,1% de son chiffre d’affaires et un recul de 15,3% de son résultat net courant. 

Pourtant, "EDF est rentable, affirme son PDG Jean-Bernard Lévy. Le groupe a surmonté les difficultés et montré sa capacité à résister malgré un environnement dégradé."

Reste que la dette nette du groupe, même si elle s’est stabilisée cette année, reste à un très haut niveau : 37,4 milliards d’euros. Et elle ne devrait pas se réduire. 

 

Des coûts sous-évalués

 

EDF mise sur l'allongement de la durée de vie des installations nucléaires. Le montant du "grand carénage" (programme de rénovation du parc nucléaire français) s’élève, selon le groupe, à 51 milliards d’euros sur la période 2014-2025. Il devrait donc investir 4 à 5 milliards d’euros par an d’ici 2025.

Pour la Cour des comptes, l’addition a été sous-évaluée. Elle approcherait plutôt les 100 milliards d’euros. Un lourd investissement que l’ASN, l’Autorité de sûreté nucléaire, n’a pas encore validé. Elle ne se positionnera pas avant 2019. 

Même analyse sur le coût du démantèlement. Un rapport parlementaire, publié le 1er février, estimait qu'il avait été sous-estimé par EDF. 

 

Des investissements nucléaires "pas rentables"

 

Malgré ces avertissements, le groupe continue d’investir dans le nucléaire. Il se lance en effet dans le développement de deux réacteurs EPR dans la centrale britannique d’Hinckley Point. Un investissement de 20 milliards d’euros supporté à 66,5% par EDF et 33,5% par son partenaire chinois CGN.

Le groupe réfléchit également au remplacement du parc nucléaire actuel en France par la construction de nouveaux EPR. "Nous avons la nécessité de prévoir le remplacement du parc nucléaire actuel à l’horizon de sa fin de vie. Vers 2030 nous commencerons à le remplacer. Nous travaillons dessus", a indiqué hier Jean-Bernard Lévy. 

Une orientation critiquée par Greenpeace. "EDF continue de s’appauvrir et d’augmenter sa dette en raison de ses investissements nucléaires qui ne sont pas rentables, estime l’ONG. Les dirigeants d’EDF, Jean-Bernard Lévy en tête, n’ont tiré aucune leçon des erreurs du passé." 

 

4 milliards pour une recapitalisation

 

Hier, le conseil d’administration a donné son feu vert pour procéder à une augmentation du capital d’EDF à 4 milliards d’euros. L’État, actionnaire de la société à 85%, lui en a promis 3. Jean-Bernard Lévy tentera de lever le dernier milliard sur les marchés financiers. 

De manière générale, le PDG se dit "confiant" et prévoit un "rebond en 2018", après une année 2017 prévue "difficile".

Marina Fabre
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