Publié le 05 décembre 2015

L'APRES PETROLE

Exoès produit de l’énergie à partir du pot d’échappement des camions

Deux tiers de l'énergie primaire dans le monde est perdue sous forme de chaleur. Un gâchis alors qu’il faut limiter au maximum les émissions de CO2. En partant de ce constat, Arnaud Desrentes a imaginé un procédé qui permet de récupérer la chaleur des pots d’échappement des véhicules et qui vient réduire sa consommation de carburant. Une technologie qui intéresse les constructeurs, notamment à la suite du scandale Volkswagen. En 2009, il a co-créé Exoès, une start-up de 15 salariés. Rencontre.

Exoès permet une économie de carburant de 2700 euros par an et d’éviter 6 tonnes d’émissions de CO2 par an.
Exoès

Novethic. Comment est née Exoès ?

Arnaud Desrentes. D’abord d’une passion personnelle pour tout ce qui a trait au rendement des moteurs. J’ai été ingénieur chez PSA pendant plusieurs années et j’ai toujours été interloqué par le fait que seul un tiers du carburant injecté dans un véhicule sert à le déplacer. Le reste est perdu sous forme de chaleur.

Des technologies ont été mises en place comme par exemple le "start and stop" qui permet d’éviter de consommer du carburant à l’arrêt. Toyota, de son côté, a mis au point un procédé qui permet de récupérer de l’énergie au freinage. Mais rien n’a été pensé pour le véhicule en mouvement, ce qui constitue sa principale situation de vie. Longtemps, le coût du baril de pétrole, trop bas, n’a pas incité les constructeurs à se pencher sur la question. C’est pourquoi nous avons décidé de nous lancer en 2009, avec Rémi Daccord et Thiébaut Kientz.

 

Novethic. Comment fonctionne votre technologie ?

Arnaud Desrentes. Notre procédé permet de récupérer la chaleur perdue des pots d’échappement pour la transformer en énergie utile. Nous installons un échangeur thermique dans le pot d’échappement qui récupère la chaleur. Celui-ci est traversé par un liquide qui produit de la vapeur grâce à la chaleur. Cette vapeur contient beaucoup d’énergie qui va permettre d’actionner un moteur compact et très léger, couplé au moteur du véhicule. Ce petit moteur va permettre de soulager le moteur principal et réduire son besoin en carburant. Cela permet une économie de carburant évaluée 2700 euros par an pour un poids lourd transcontinental (longue distance), d’éviter 6 tonnes d’émissions de CO2 par an et 2500 litres de carburant non consommés.

 

S'attaquer au marché des groupes électrogènes

 

Novethic. Quel marché visez-vous ?

Arnaud Desrentes. Nous nous concentrons sur le secteur des poids lourds car c’est là que le retour sur investissement est le meilleur et c’est un marché important puisque 2 millions de camions sont vendus chaque année rien qu’en Europe, aux Etats-Unis et en Chine. C’est aussi un secteur où les marges nettes pour les opérateurs sont très faibles, de 0,5 à 2%. Notre promesse, c’est de doubler leurs marges grâce à la réduction de carburant avec un retour sur investissement de deux ans maximum. Mais l’objectif est de répliquer notre modèle au marché des groupes électrogènes, très important en Afrique et en Asie, à l’horizon 2020-2025. En parallèle, ou juste après, nous commencerons à cibler l’automobile, et plutôt des grosses berlines ou des pick-up américains pour lesquels les technologies existantes ne sont pas très performantes.

 

Novethic. A quel horizon planifiez-vous la commercialisation ?

Arnaud Desrentes. Pour l’instant, nous fournissons des prototypes qui se rapprochent de pré-séries, mais pas encore de produits industriels. Notre but est de valider la technologie sur la route car pour l’instant nous n’avons fait des tests que sur des bancs d’essai. Dans le domaine du poids lourd, il faut assurer une fiabilité extrême avec des milliers d’heures d’essai. Nous espérons pouvoir apporter une preuve en situation réelle en 2017. Nous sommes actuellement en discussion avec plusieurs partenaires.

 

Ne pas opposer efficacité énergétique et énergies renvouvelables 

 

Novethic. Vous développez une technologie destinée aux véhicules thermiques, alors que le gouvernement notamment mise sur l'électrique. Comment vous situez-vous par rapport à la lutte contre le changement climatique ?

Arnaud Desrentes. Je crois qu’il ne faut pas opposer les différentes approches. Si tous les véhicules étaient équipés de notre technologie, cela permettrait d’économiser chaque année 400 millions de barils de pétrole et d’éviter 150 millions de tonnes de CO2, soit le quart des émissions de la France. Je pense que les solutions d’efficacité énergétique et les énergies renouvelables doivent être développées en parallèle. Il faut attaquer la question de partout.

Le parc automobile existant est largement thermique, il continuera de l’être en 2020 et il va même continuer de croître d’ici à 2030. Notre rôle est de contribuer à aider l’industrie à moins polluer tant que d’autres solutions ne prennent pas le dessus, et tant que le taux de pénétration de l'électrique n'augmente pas. Nous pensons qu’il est aussi important d’agir sur l’existant que de penser à demain.

 

Novethic. Qu’attendez-vous de la COP21 qui se tient en ce moment au Bourget ?

Arnaud Desrentes. Il est obligatoire qu'un prix du carbone soit mis en place. 

Propos recueillis par Concepcion Alvarez
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