Publié le 05 décembre 2014

ISR / RSE

Risque carbone : la lente prise de conscience des investisseurs institutionnels

L’exigence des investisseurs responsables européens n’a jamais été si élevée. En tant que donneurs d’ordre, ils obligent de plus en plus souvent les sociétés de gestion d’actifs à intégrer des contraintes environnementales, sociales et de gouvernance (ESG). Une tendance qui commence à s’étendre à la décarbonation de leur portefeuille. C’est ce qui ressort de l’étude annuelle publiée le 5 décembre par le centre de recherche de Novethic.

Formalisation du déploiement d'une stratégie ESG (environnementale, sociale et de gouvernance) en Europe.
© Novethic

C’est un véritable "portrait des investisseurs responsables européens" que dresse Novethic dans sa 7e enquête annuelle sur les grandes institutions financières intégrant des critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance).

L’étude s’appuie sur un large panel: 185 investisseurs institutionnels tels que des caisses de retraite, fonds de pension, compagnies d’assurances, institutions publiques, répartis dans 13 pays et qui pèsent 6 000 milliards d’euros d’actifs, ont accepté de répondre aux questions du centre de recherche de Novethic.

 

L’émergence d’un risque carbone

 

A un an de la COP21, et après le sommet climatique de New York qui s’est tenu en septembre dernier, les principaux acteurs européens mettent l’accent sur le risque carbone dans leur stratégie de lutte contre le changement climatique. Ils s’inquiètent en particulier de l’impact du changement du climat sur la valorisation des entreprises dont ils sont actionnaires, en particulier les plus émettrices de gaz à effet de serre.

Une trentaine d’entre eux a notamment signé la déclaration des investisseurs sur le changement climatique, portée par les Nations Unies. Concrètement, il s’agit pour eux de s’engager à financer une économie moins émettrice de gaz à effet de serre (CO2, méthane, HFC).

Leur prise de conscience est à relever: 12% des investisseurs interrogés ont déjà réalisé l’empreinte carbone de leur portefeuille.

Mais quand on les interroge sur leurs thèmes d’engagements, seuls 23% des institutionnels se déclarent concernés par ce risque carbone. Un chiffre qui devrait toutefois augmenter l’an prochain à la suite du sommet climatique de New York et avant la grande conférence de Paris (COP21) qui aura lieu en décembre 2015.

Pour Dominique Blanc, le directeur du centre de recherche de Novethic, "les investisseurs institutionnels sont de plus en plus pragmatiques. Ils veulent avoir la main sur la gestion des risques à long terme. C’est ce qui les pousse à décarboner leur portefeuille".

 

Un basculement de l’offre vers la demande

 

Cette gestion des risques à long terme pousse les institutionnels à être de plus en plus exigeants vis-à-vis de leurs gestionnaires de portefeuilles, que ce se soit en amont ou en aval des décisions d’investissements.

72% des investisseurs interrogés déclarent avoir formalisé leurs politiques d’investissement responsable. C’est 7% de plus que l’an dernier.

En amont, ce sont 70 à 100% des investisseurs qui sélectionnent les gestionnaires de fonds en fonction de critères ESG.

En aval, l’analyse ESG est de plus en plus systématisée, en particulier grâce au reporting imposé aux sociétés de gestion.

Conséquence, et c’est l’autre grand enseignement de cette enquête, le marché de l’investissement responsable bascule lentement d’une logique d’offre à une logique de demande.

 

Scandinavie, le modèle à suivre

 

 

La Norvège, la Finlande et surtout la Suède sont les pays les plus matures en termes d’investissement responsable. Une catégorie dans laquelle il faut aussi ranger les Pays-Bas.

Les investisseurs institutionnels y allient plusieurs pratiques. Ils demandent aux sociétés de gestion de respecter des contraintes ESG. Ils effectuent un suivi de la qualité des portefeuilles. Ils sélectionnent les gestionnaires de portefeuilles sur ces critères. C’est également dans ces pays que la pratique de l’engagement actionnarial est la plus répandue.

La France, quant à elle, se classe dans la moyenne européenne. Mais les investisseurs français sont de plus en plus nombreux (+14% par rapport à 2013) à formaliser leur politique d’investissement responsable.

En revanche, ils ne sont que 44% à publier un reporting ESG. Ce qui vaut à la France d’accuser 10 points de moins que la moyenne européenne.


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