Publié le 20 novembre 2012

ISR / RSE

Notation des Etats : vers une prise en compte des risques environnementaux

Courant 2012, une quinzaine d'investisseurs internationaux ont élaboré une nouvelle méthode pour intégrer les facteurs environnementaux dans l'analyse du « risque pays ». Réalisée en partenariat avec l'ONU et le Global Footprint Network, cette méthode devra surmonter l'inertie des agences de notation et des investisseurs.

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Lundi 19 novembre, une conférence de presse inédite s'est déroulée au coeur de la City londonienne. La centaine d'investisseurs présents, spécialisés pour la plupart sur la « notation pays », qui consiste à évaluer les risques de non solvabilité des pays pour le marché des obligations d'état, a pu découvrir les premiers résultats d' « E-RISC». Lancée en 2011 par le partenariat onusien UNEP FI avec quinze investisseurs internationaux (1) et le Global Footprint Network (GFN), cette initiative propose une méthode sur mesure pour inclure les risques environnementaux dans l'analyse des risques pays. A la clef, il s'agit de combler une faille de la finance obligataire : bien que l'environnement induise des «risques systémiques émergents », selon les mots de l'investisseur et co-président d'UNEP FI Richard Burret, les évaluations ESG restent à la marge et aucun investisseur ou agence de notation n'a intégré ces risques au coeur des analyses pays. Pourtant, « une dégradation de 10% de la capacité de production en ressources biologiques d'un pays peut dégrader sa balance commerciale, de 1 à 4% de son PIB», signale Susan Burns du GFN à l'intention des investisseurs dubitatifs. Ce qui signifie, dans le jargon financier, que les risques environnementaux sont « financièrement matériels pour le risque de crédit souverain ».

Evaluer la dette ou le surplus écologique d'un pays

Pour tester sa méthode, E-Risk s'est focalisée sur cinq premiers pays au profil environnemental et économique très différent : Brésil, France Turquie, Japon et Inde. Pour chacun, une « empreinte globale » a été calculée, en utilisant le modèle élaboré par le GFN, qui consiste à comparer les besoins du pays en ressources naturelles renouvelables (consommation) avec sa « biocapacité » (production). Pour avoir une vision plus complète du capital naturel, des éléments non renouvelables comme les énergies fossiles et les minéraux ont été ajoutés. Puis ces données ont été traduites en deux principaux risques : un « risque lié au commerce » et un « risque lié à la dégradation ».

Le risque de dégradation du capital naturel

Directement lié à l'autosuffisance du pays en ressources naturelles, le premier évalue l'exposition du pays aux variations de prix des ressources naturelles. Il est par exemple très élevé dans le cas du Japon. Quant au risque de « dégradation », il traduit la tendance du pays à surconsommer son capital naturel : sur les cinq pays étudiés, ce sont l'Inde et la Turquie qui sont les plus exposées, alors que la France préserve le mieux son capital. Ces risques sont « pertinents pour une grande variété d'analystes financiers travaillant sur les risques pays », estiment les membres d'E-RISC, qui lancent un appel aux investisseurs pour qu'ils s'approprient l'outil. Sans oublier les agences de notation, dont l'implication semble cruciale pour le déploiement du projet à grande échelle.

Les agences financières : business as usual ?

« A la lumière des appels à une plus grande supervision et à plus de régulation des agences de notation, ces agences ont l'opportunité de montrer leur leadership en prenant une approche plus proactive », affirme le projet E-RISC. Au lancement de l'initiative, l'UNEP-FI et ses partenaires avaient invité Standard & Poor's, Fitch et Moody's à participer au projet. Moody's n'a pas répondu, Fitch a décliné et seule Standard & Poor's a manifesté de l'intérêt, mais pas au point d'intégrer l'initiative. Alors qu'un projet d'agence de notation européenne est en débat à Bruxelles, cette situation pourrait-elle changer prochainement ? La phase deux de E-RISC, à l'étude, fera bouger les lignes, espère Ivo Mulder, program officer pour l'UNEP FI.

Cette phase deux pourrait aussi permettre d'appliquer la méthode à un plus grand nombre de pays et de prendre en compte des nouveaux éléments environnementaux, comme les services rendus par les écosystèmes ou les pénuries d'eau. Sans oublier la dimension pédagogique : aux yeux d'Annie Degen, qui a participé au projet pour le compte de la Caisse des Dépôts (voir l'article Notation des pays : évaluer les pays au delà de leurs finances ), E-RISC est aussi un vecteur de sensibilisation pour la profession, autour de l'investissement responsable et d'un horizon moins court-termiste. Une initiative pour changer la finance de l'intérieur, E RISC ? Ce 19 novembre, Richard Burret invitait ses confrères investisseurs au « changement de paradigme ». Et l'un des participants d'ajouter : « il ne faut jamais gaspiller une bonne crise ».


(1) SNS Asset Management, Schroders, Bank of America, Merrill Lynch, Bank of New Zealand, KfW Bankengruppe, Pax World, Calvert, Caisse de Dépots, JPMorgan Chase, National Australia, Bank Maplecroft, Bank Sarasin, Earth Capital Partners, Citi, Quadia Impact Finance.

Thibault Lescuyer
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