Publié le 10 décembre 2015

ISR / RSE

La place financière suisse n’intègre pas le risque carbone

La Suisse recule dans le classement climatique par pays établi par le Climate Action Network (CAN) et German Watch. Les deux ONG environnementales estiment insuffisantes les mesures de réduction de gaz à effet de serre de la confédération helvétique. Elles estiment également que Berne n'en fait pas suffisamment pour tourner la page des énergies fossiles. Une analyse corroborée par l’étude publiée en octobre par l’office environnemental suisse, qui montre que la place financière du pays n’a pas pris la mesure du risque carbone.

Le Crédit Suisse fait partie des 23 grands établissements financiers à ne pas avoir déclaré de politique de prise en compte du risque climat.
Citizenside - Rémy Genoud - AFP

En deux ans, la Suisse est passée de la 8ème à la 14ème place du classement portant sur la performance climat par pays. Un classement établi par les ONG Climate Action Network et German Watch.

Cette chute s’explique par l’absence de politique climatique fédérale destinée à mettre le pays sur une trajectoire bas carbone. "La Suisse cherche à se présenter comme une bonne élève en matière de protection du climat tout en maintenant un bouquet énergétique basé sur les énergies fossiles" affirme Georg Klingler. Pour cet expert des questions climatiques de Greenpeace Suisse, "le pays est, par exemple, celui dont la population a le plus recours au chauffage au mazout en Europe. Et le secteur helvète des transports est l'un des plus motorisé du Vieux Continent. Cela ne peut pas être compensé par la politique d’achat de certificats à l’étranger qu’elle intègre à son bilan carbone"

Pour les ONG environnementales, la politique climatique actuelle de la Suisse la conduira à épuiser en quinze ans le budget carbone qui lui reste. Un bilan calculé sur la part allouée à chaque pays afin de contenir le réchauffement global en deçà de 2°C.

 

La finance suisse menacée par le risque carbone

 

Le constat s’aggrave si l'on regarde le risque carbone auquel serait exposée la place financière suisse. Le 30 octobre 2015, l'Office Fédéral de l'Environnement (OFEV) a publié une toute première étude lançant l'alerte sur le sujet. Elle met en lumière le niveau des émissions liées à ses investissements pour le marché des fonds en actions et pour les caisses de pension.

Résultat : 52,2 millions de tonnes d'équivalent CO2, soit à peu près le volume des émissions générées par la Suisse en 2013 pour le seul marché actions et 25 millions de tonnes d'éq. CO2, soit 6,4 tonnes par personne bénéficiaire d’un fonds de pension pour les actions détenues par les caisses de pension. 

Cette méthodologie, pointue, permet d'arriver à cette conclusion : le risque carbone pourrait entraîner une perte de 1 % du PIB suisse et de 20 % des rentes vieillesses versées annuellement. L'étude de l'Office Fédéral de l'Environnement, qui intègre le coût du carbone sous différentes formes, s’inquiète aussi du fait que "les investisseurs suisses ne prennent guère en compte les risques liés à une augmentation des coûts du CO2. Leur comportement en matière d'investissements favorise un réchauffement global de 4 à 6 degrés Celsius".

 

UBS et Crédit Suisse aux abonnés absents

 

L’OFEV suggérait donc au gouvernement suisse d’inciter les acteurs financiers à mesurer leur exposition à ce risque carbone. Notamment en adoptant des obligations d’informations similaires à celles qui figurent dans l’article 173 de la loi de transition énergétique française pour les investisseurs institutionnels français. 

Il est d’autant plus urgent pour la Suisse de le faire que ses deux principaux fleurons bancaires -Crédit Suisse et UBS- n’ont encore annoncé de politique de gestion financière du risque climat. Comme le montre le tableau établi par le centre de recherche de Novethic, ces deux banques font partie des 23 acteurs financiers silencieux sur le sujet parmi les 39 établissements financiers "too big too fail", c’est à dire trop gros pour ne pas entraîner dans leur chute la faillite de tout le système.

Cette liste est établie par le conseil de stabilité financière mondial (FSB), présidé par Mark Carney. Celui-ci porte le message sur la menace que fait peser le changement climatique sur le système financier tout entier.

Anne-Catherine Husson-Traore
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