Publié le 04 décembre 2015

ISR / RSE

La mobilisation de la finance privée essentielle à la concrétisation d'un accord international sur le climat

Le 4 décembre, la journée thématique du Programme d'Actions Lima Paris (regroupant les engagements des acteurs non étatiques en marge de la COP21), était consacrée à la finance privée (banque, assurances, fonds de pension...). Un secteur essentiel pour traduire en actes les engagements des États en matière de lutte contre le changement climatique. Et qui semble depuis un an commencer à en prendre la mesure. Mais face à l'étendue de la tâche, le rythme et l'ampleur des investissements doivent encore s'accélérer. 

Les investisseurs ont montré leur mobilisation contre le changement climatique le 4 décembre lors de la COP21.
Crédit: ERIC PIERMONT AFP

"La lutte contre le changement climatique passe aussi par la mobilisation du secteur financier. Et cette mobilisation est incontestable. Nous avons enregistré des progrès extrêmement importants au cours de l'année", a tenu à souligner Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères et président de la COP21 lors d'un événement sur l'action de la Finance privée, dans le cadre de l'Agenda Paris-Lima Action. Avant de lancer une petite pique sur les négociations officielles qui patinent quelque peu..."Il faut que les négociateurs et les ministres soient à la hauteur de cette impulsion. Il serait quand même paradoxal qu'ils soient en retard par rapport au secteur privé!" 

 

Plus de 1 000 investisseurs engagés  

 

De fait, la journée du 4 décembre a montré la mobilisation du secteur de la finance privée dans la lutte contre le changement climatique. Une dynamique récente mais qui s'accélère depuis un an. En 2015, un nombre croissant de banques, d'assureurs, de fonds de pension etc, se sont engagés à décarboner leurs portefeuilles ou à investir davantage dans la transition énergétique (voir les différents moyens d'action des investisseurs ici).  

Désormais plus de 1 000 investisseurs représentant 30 000 milliards d'actifs ont aujourd'hui pris des engagements climat dans le monde. Parmi ceux-ci, 120 investisseurs (10 000 milliards de dollars d'actifs) ont signé le Montreal Pledge, 23 investisseurs représentant 600 milliards de dollars se sont engagés dans le Portfolio decarbonization coalition (notamment la Caisse des Dépôts, dont Novethic est une filiale), et dans le cadre de la Divest Invest Philantropy Coalition, 115 organisations caritatives vont désinvestir 200 des plus grands producteurs d'énergies fossiles et investir 5 % de leur portfolio dans des solutions climat.  

Par ailleurs, les obligations vertes se développent : leur montant est passé de 40 milliards de dollars dans le monde en 2014 à près de 50 milliards en 2015. Et plus de 130 institutions financières se sont engagées à augmenter leurs investissements dans l'efficacité énergétique via la déclaration sur l'efficacité énergétique des institutions financières ou de celle du G20 (G20 Energy Efficiency Investor Statement).  

La COP21 est encore l'occasion d'annoncer de nouveaux engagements. Le Crédit Agricole a ainsi annoncé entre autres la structuration de 60 milliards d'euros de nouveaux financements pour lutter contre le changement climatique (green bonds, financement de projets ou crédits en faveur des énergies renouvelables, de l'efficacité énergétique ou de la mobilité durable) et le doublement de ses investissements dans les énergies renouvelables d'ici deux ans.  

De son côté, le fonds de pension de la mairie de New York (New York Common Retirement Fund's) va augmenter ses investissements dans les énergies renouvelables à 5 milliards de dollars et lancer un indice bas carbone (2 milliards de dollars) qui exclura ou réduira ses investissements dans les entreprises intensives en carbone. Quant à la fédération internationale des assurances (ICMF), elle a annoncé qu'elle s'engageait à protéger 25 millions de personnes de plus d'ici 2020 contre le changement climatique dans les pays les plus pauvres.  

 

Une nécessaire coopération public-privé  

 

Pour aider ces acteurs à aller encore plus loin, le Conseil de Stabilité Financière (FSB) qui regroupe les banques centrales des pays membres du G20 a mis en place une "task force" climat pilotée par Michael Bloomberg, l'ancien maire de New York et Envoyé spécial des Nations Unies sur le climat. Sa mission : établir des lignes directrices pour la publication d'informations sur la prise en compte du risque climat par le monde financier fin 2016.  

Le groupe de travail va prendre en compte les risques physiques, de transition et de contentieux liés au changement climatique. Et développer des recommandations permettant un reporting "robuste, comparable, fiable, clair et efficace" sur les enjeux climatiques. "La diversité et le nombre de schémas de reporting existants sur le climat ou le développement durable souligne le besoin pour les entreprises et les parties prenantes d’atteindre un consensus sur les lignes directrices, et de s’appuyer sur des exemples de bonnes pratiques", précise aussi le FSB. "En ayant accès à une meilleure information financière, les marchés pourront mieux gérer les risques associés au climat", n'a ainsi cessé de répéter Mark Carney, le président du FSB et gouverneur de la Banque d'Angleterre.  

Car si la dynamique est bien enclenchée, elle n'est pas encore suffisante, a ainsi fait remarquer Janos Pasztor, le monsieur Climat du secrétaire général de l'ONU. "Les montants engagés dans la transition énergétique sont encore insuffisants pour coïncider avec l'objectif d'une limitation de la température à 2°C. Il reste des fragilités et des écarts à combler notamment au niveau géographique".  

C'est désormais aux gouvernements d'agir. "Il faut créer un cadre international pour orienter les investissements", a souligné Janos Pasztor. Car les actions -coordonnées- du public et du privé sont nécessaires pour espérer relever le défi de la lutte contre le changement climatique, a de son côté insisté Laurent Fabius : "la réussite passera par une coopération innovante entre le secteur public et le secteur privé. Nous avons besoin de développer des outils financiers innovants et de toute la mobilisation de la communauté financière pour traduire dans la réalité l'accord que nous espérons signer vendredi prochain".

Béatrice Héraud
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