Publié le 26 mai 2015

ISR / RSE

Finance verte : la Chine peut booster le marché des green bonds

Pour financer ses objectifs de lutte contre la pollution, la Chine a besoin de près de 300 milliards d’euros par an, estime la Banque centrale chinoise dans un rapport. Mais le gouvernement n’en financera que 15%. Pour encourager les investissements privés, la Banque centrale veut développer la finance verte, et notamment les "green bonds", ces obligations finançant des projets respectueux de l’environnement.

Ferme d'éoliennes dans le Nors-Ouest de la Chine
Cai zengle / Imaginechina / AFP

Deux mille milliards de yuans (300 milliards d’euros) : d’après la Banque populaire de Chine (banque centrale), c’est ce que la Chine, le premier émetteur de gaz à effet de serre, doit investir chaque année pour respecter les objectifs de réduction d’émission définis par le ministère de l’Environnement d’ici à 2020. Signe des temps alors que la deuxième économie mondiale libéralise progressivement son marché, seuls 15% des investissements nécessaires seront pris en charge par le secteur public, estime le rapport de l’institution.


Pour trouver le reste, le groupe de travail dirigé par Ma Jun, économiste en chef de la Banque centrale chinoise, préconise le développement de la finance verte à travers une série d’outils allant de la généralisation d’un marché de crédits carbone à toute la Chine, à la mise en place d’une Banque de développement écologique, en passant par l’émission d’obligations environnementales. "Il est crucial que le système financier canalise les capitaux privés en direction des secteurs verts", estime Ma Jun dans le rapport.

 

Le potentiel de la seconde économie chinoise

 

Pourtant, si les émissions de "green bonds" ont officiellement fortement progressé dans le monde en 2014, ils n’existent pas encore à proprement parler en Chine. Aucune obligation labellisée n’y a encore été émise. On dénombre seulement des obligations qui pourraient entrer dans la catégorie de la finance verte. C'est par exemple le cas des 107 milliards d’euros de dette émis par China Railway Corp pour financer l’extension du réseau ferroviaire chinois.

En 2014, le marché mondial des green bonds représentait trois fois moins, soit 34 milliards d’euros, selon l’ONG Climate bonds initiative. On mesure donc combien l’arrivée de la Chine sur ce marché pourrait changer la donne.

Dans un premier temps, les obligations environnementales seront émises par des banques, pour des projets environnementaux, comme 44% des green bonds émis dans le monde en 2014. Les premiers green bonds chinois devraient donc voir le jour en juin prochain, d’après Sean Kidney, le directeur général de Climate Bonds initiative. "Il s’agira d’une grande banque chinoise, mais je ne peux pas dire laquelle tant que ce n’est pas officiel. Ils ont reçu récemment l’autorisation des autorités", indique-t-il.

 

Une solution pour des gouvernements locaux surendettés

 

Selon un rapport de Standards & Poor's, publié en mars dernier sur la finance verte, "le gouvernement (chinois) a de bonnes raisons de développer un marché des obligations qui permettrait de diversifier le risque de crédit, aujourd’hui concentré sur le système bancaire". L'intérêt des autorités n'est pas nouveau : en juillet dernier, l’économiste de la Banque populaire chinoise Ma Jun avait pris part à une table ronde sur la finance verte, avec Sean Kidney notamment. "Il faudrait distinguer les obligations vertes des autres emprunts", avait-il recommandé. "Ils devraient être moins chers à financer et recevoir le soutien du gouvernement sous la forme d’allègements fiscaux."

Dans un second temps, le système devrait être élargi aux entreprises et aux collectivités locales. Un enjeu majeur alors que les provinces et les municipalités étouffent en raison des dettes contractées après la crise de 2008 pour doper la croissance. Pour Pékin, les obligations, vertes ou pas, sont envisagées comme un moyen d’assainir cette dette et de permettre aux gouvernements locaux de continuer à investir dans des projets ciblés.

Ouvrir le marché des obligations aux collectivités est déjà en haut de l’agenda de la Banque centrale chinoise. "Je m’attends à voir des municipalités émettre des obligations vertes d’ici la fin de l’année", estime pour sa part Sean Kidney. Les obligations vertes chinoises pourraient alors se multiplier : en Europe, ce sont .

Simon Leplâtre
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