Publié le 07 décembre 2015

ISR / RSE

COP21 : codifier la prise en compte du risque climat, un défi pour le monde financier

Le Conseil de stabilité financière mondiale (FSB) a annoncé, le 4 décembre, la création d’une groupe de travail. Son objectif? Définir le cadre dans lequel les assureurs, les banques, les investisseurs vont devoir publier les informations concernant leur gestion du risque climat. C'est Michael Bloomberg qui préside cette initiative. Le signe supplémentaire qu’une part importante des acteurs financiers prend la mesure de l’impact du changement climatique sur ses actifs.

Mark Carney, gouverneur de la banque d'Angleterre.
Getty images

Mark Carney est un homme qui porte deux casquettes. Celle de président du Conseil de stabilité financière (FSB) ainsi que celle de gouverneur de la banque d’Angleterre. Il est l'un des héraults de la question climatique. Et ne cesse d'alerter sur le fait que le réchauffement global constitue un risque majeur pour le secteur financier. En septembre 2015, il prononçait un discours qui a fait date. A l'occasion de la COP21, il vient de franchir un nouveau pas en annonçant le lancement d’une task force (groupe de travail en français) pour proposer des lignes directrices de reporting sur le risque climat à destination du secteur financier.   

L’objectif est de pouvoir disposer d’une information homogène et pertinente permettant de savoir à quels risques physiques, juridiques et de dépréciation d'actifs sont exposés les acteurs financiers. Pour Mark Carney, "l’accès à des informations de grande qualité permettra aux marchés financiers et aux régulateurs de comprendre et donc de mieux gérer ces risques climatiques qui vont augmenter avec le temps". Le pilotage de ce groupe de travail est confié à Michael R. Bloomberg, ancien maire de New-York. Un homme d'affaires ayant construit sa fortune sur la fourniture de données financières et qui est aujourd’hui l’envoyé spécial des Nations-Unies pour les villes et le changement climatique.

Pour Marc Carney, cette mission revêt une importance particulière "au moment où les entreprises et les financiers commencent à jouer un rôle clef dans la lutte contre le changement climatique, à travers l’investissement dans des technologies innovantes et propres. La Task Force va accélérer ce mouvement en améliorant la transparence. Elle permettra aux marchés d’être plus efficaces et aux économies d’être plus stables et plus résilientes".  

 

Des engagements qui relevaient "de la science-fiction"  

 

L’idée que le changement climatique constitue aussi un risque financier a pris de la vigueur en très peu de temps, comme l’explique Pascal Canfin, ancien ministre et conseiller spécial pour le climat au World Resources institute."Les engagements qui sont pris depuis un an par le secteur financier relevaient il y a encore trois ou quatre ans de la science-fiction. Cela traduit le début d’un changement culturel profond. Le dérèglement climatique est perçu d'un côté comme un risque majeur et de l'autre, l’investissement dans les technologies vertes et les énergies renouvelables est vue comme une nouvelle opportunité".

Le centre de recherche de Novethic a publié plusieurs études montrant l’ampleur de cette tendance au sein du secteur financier. Près d’un millier d’entre eux, pesant 30 000 milliards de dollars d’actifs, combinent diverses stratégies intégrant le thème climatique. Des stratégies alliant baisse des émissions de gaz à effet de serre indirectes de leurs portefeuilles, des financements verts, un engagement actionnarial et le désinvestissement des entreprises ou des secteurs les plus nocifs pour le climat. Les plus grandes banques et assurances ont même annoncé désinvestir totalement ou partiellement le secteur du charbon comme le montre la chronologie établie par Novethic. Dans le même temps, les annonces de financements verts ont pris de l’importance. Le classement des 10 acteurs ayant décidé d’investir les sommes les plus importantes dans l’économie verte vont y consacrer 630 milliards de dollars d’ici 2025. Des fonds auxquels s’ajoutent des dizaines de millions annoncées par d’autres acteurs plus modestes.  

 

Le secteur bancaire doit mieux faire   

 

Il faut malgré tout relativiser le basculement du secteur. Si l’engagement climat est porté par de très grands acteurs du secteur financier, ils n’ont pas encore entraîné tous les autres. Le conseil de stabilité financière, présidé par Mark Carney, publie une liste des établissements financiers dits "too big too fail" c’est à dire trop importants pour faire faillite sans entraîner dans leur chute celle de tout le système. Cette liste de 39 entrées est régulièrement actualisée. Parmi eux, on compte six acteurs ayant pris des engagements complets sur le climat (Allianz, Aviva AXA, Bank of America, BNP Paribas, Citigroup, Goldman Sachs et Société Générale), huit autres ayant pris des engagements partiels, plus particulièrement sur le charbon . A ce jour, 22 banques sont restées silencieuses sur la question climatique. Parmi elles, Bank of China, Crédit Suisse ou Deutsche Bank...

Nicolas Hulot et Pascal Canfin évoquent eux aussi des résistances encore très fortes. Dans une tribune, publiée sur Mediapart le 6 décembre dernier et consacrée à la taxe européenne sur les transactions financières ainsi qu'à son rôle décisif au service de la justice climatique, ils rappellent que "les acteurs de la finance sont très actifs pour empêcher cette taxe de voir le jour. Leur principal argument, comme souvent, est de menacer de transférer leurs transactions à Londres". Leur combat continue.

Anne-Catherine Husson-Traore
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