Publié le 28 mai 2015

ISR / RSE

Climat : Le fonds norvégien va exclure le charbon

Le fonds norvégien, doté de plus de 800 milliards d’euros d’encours, va se désinvestir totalement du charbon. À six mois de la COP 21, c’est un signal fort envoyé par le parlement du pays. Les ONG environnementales se sont ouvertement félicitées de cette décision.

Le parlement norvégien, à Oslo, photographié en juin 2014.
Klaus Nowottnick / DPA / Picture-Alliance / AFP

"Nous avons gagné" affirme Greenpeace (1).  Pour le WWF, c’est une "Grande victoire !". Les ONG environnementales norvégiennes expriment leur joie sur Twitter. Le 28 mai 2015 restera le jour où tous les partis élus au parlement norvégien ont décidé que le fonds emblématique du pays devait désormais exclure le charbon. Le vote officiel interviendra le 5 juin, mais la décision est d’ores et déjà acquise pour le comité qui supervise la stratégie financière du fonds le mieux doté du monde (plus de 800 milliards d’euros d’encours).

"Je suis très content que l’exclusion du charbon ait été décidée à l’unanimité" explique Torstein Tvedt Solberg, le rapporteur du comité financier qui a annoncé la décision. "Cela donne plus de poids à cet engagement, qui est une grande victoire pour le climat puisque le charbon est le secteur qui contribue le plus aux émissions de gaz à effet de serre."

La définition des entreprises du secteur du charbon pour le fonds norvégien est plus exigeante que celle adoptée par AXA. Il va vendre - ou refusera désormais d’y investir - des compagnies pour qui le charbon représente plus de 30 % des profits ou qui réalisent plus de 30 % de leur chiffre d’affaires dans le secteur.

 

Campagnes de désinvestissement : un mouvement mondial

 

Cette annonce participe d’un mouvement international de désinvestissement sur le charbon, qui prend chaque jour de l’ampleur. Elle s’explique par la conjugaison de vastes campagnes menées par des ONG environnementales, avec la conviction de plus en plus largement partagée que, pour maintenir le réchauffement climatique en deçà de deux degrés, il faut laisser 80 % des réserves de charbon dans le sol.

En Norvège, le mouvement autour du risque carbone a par définition été regardé avec circonspection, dans un pays qui doit sa prospérité au pétrole. Et pourtant, la campagne Go Fossil free a sa traduction norvégienne. Le débat a été ouvert au parlement norvégien dès le printemps 2014.

 

Le charbon jugé nocif pour les finances norvégiennes

 

Chaque année, le fonds doit répondre de sa gestion devant le Parlement. Sa politique éthique, environnementale et sociale est en outre étudiée avec attention. Poussés par les ONG environnementales il y a plus d’un an, certains parlementaires ont ouvert le débat sur la question de l’investissement dans des énergies fossiles pour un fonds norvégien qui s’en nourrit.

Une première étape est intervenue fin 2014, avec la publication d’un rapport recommandant au fonds une politique mesurée visant à exclure les entreprises les plus polluantes, et à faire de l’engagement actionnarial auprès des autres, pour qu’elles améliorent leurs pratiques sans exclusion sectorielle globale.

Les parlementaires norvégiens ont donc décidé d’aller plus loin, et de faire du charbon une activité trop nocive pour y placer l’argent du pays. 

(1) Voir le rapport publié le 21 mai 2015 par les ONG Framtiden, Greenpece Norway et Urgewald "Still Dirty, Still Dangerous" qui analyse portefeuille du fonds Norvégien sous l'angle du charbon.

 

Actualisation. Le 5 juin, le Parlement de Norvège a entériné, par un vote à l’unanimité, la décision prise le 27 mai par la Commission des Finances de retirer son fonds souverain des entreprises minières ou des groupes d'énergie pour lesquels le charbon représente plus de 30% de l'activité ou du chiffre d'affaires. Cela devrait concerner entre 50 et 75 entreprises internationales, représentant des participations comprises entre 35 et 40 milliards de couronnes, selon les calculs du ministère des Finances. Selon les défenseurs de l'environnement, l'impact pourrait être encore plus important ; certaines estimations font état de 122 entreprises représentant 67,2 milliards de couronnes. Si le nom des sociétés n’a pas encore été officiellement fourni, un trio d'ONG estime que la mesure affectera 35 groupes américains dont Duke Energy, une douzaine de chinois, huit japonais, les géants allemands EON et RWE, le britannique SSE, l'indien Reliance Power, l'italien Enel, l'espagnol Endesa, le portugais EDP, le sud-africain Sasol, le sud-coréen Korea Electric Power, le suédois Vattenfall ou encore le danois Dong.

Anne-Catherine Husson-Traore
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