Publié le 08 juin 2015

ISR / RSE

Anticiper le risque climatique, un pari gagnant pour les investisseurs

Dans l’optique de la COP 21, le cabinet de conseil Mercer s’est penché sur les liens entre changement climatique et investissements. Ses conclusions sont claires : le rendement des investisseurs qui auront anticipé le changement climatique ne sera pas affecté, au moins jusqu’en 2050. Pour les autres, en revanche, ce sera plus compliqué…

Photo d'illustration
Justin Sullivan / Getty images / AFP

"Les investisseurs ne peuvent ignorer l’impact des évolutions environnementales sur le rendement financier": l’affirmation ne vient pas d’une association environnementale mais de Mercer, cabinet de conseil reconnu au niveau mondial, notamment auprès des investisseurs institutionnels.

Dans un rapport publié le 4 juin et intitulé "Investir par les temps qui changent", Mercer estime que certains secteurs, comme le charbon, pourraient être particulièrement néfastes aux investisseurs qui n’auraient pas anticipé le risque carbone.

 

Impact du changement climatique sur les rendements

 

Selon les différents scénarios étudiés, le rendement annuel moyen des actifs du secteur du charbon pourrait baisser de 18 à 74% sur les 35 prochaines années. Voilà qui explique en partie le mouvement de fonds amorcé cette année par certains investisseurs dont le plus gros fonds de pension du monde, celui de la Norvège, qui a confirmé le 5 juin son désengagement du charbon.

L’étude est le fruit d’un projet de recherche lancé en septembre 2014, en collaboration avec 16 partenaires dans le secteur de l’investissement, représentant collectivement plus de 1 500 milliards de dollars. Elle vise à estimer l’effet potentiel du changement climatique sur le rendement des portefeuilles, des classes d’actifs et des secteurs industriels entre 2015 et 2050, à partir de quatre scénarios de changement climatique d’une hausse des températures globales allant de 2°C à 4°C, ainsi que de quatre facteurs de risque climatique.

Mercer en tire 4 enseignements forts :

  1. Face au changement climatique, il y aura des stratégies d’investissement gagnantes et des stratégies perdantes.
  2. Un scénario de réchauffement de 2°C n’a pas d’incidence négative sur le rendement jusqu’en 2050 pour les investisseurs de long terme dont le portefeuille est globalement diversifié.
  3. Le risque est d’abord lié au secteur industriel. Et particulièrement au secteur énergétique. Si investir dans le charbon paraît largement risqué (voir plus haut), investir dans les énergies renouvelables devrait en revanche s’avérer rentable : Mercer estime que le secteur pourrait voir son rendement annuel moyen augmenter de 6% à 54% à l’horizon 2050 (ou entre 4% et 97% sur 10 ans).
  4. L’impact sur le rendement d’une classe d’actifs sera significatif, mais très variable en fonction du scénario climatique. Par exemple un scénario de réchauffement à 2°C pourrait être bénéfique pour le rendement des actions des pays émergents, des infrastructures, de l’immobilier, du bois et de l’agriculture. A l’inverse, un scénario à 4°C pourrait les affecter plus durement.

 

Dialoguer, s'investir, s'engager

 

Mercer estime que ce rapport peut servir de guide aux investisseurs pour un plan d’actions. Le cabinet met en avant deux types de mesures : l’investissement et l’engagement. Concernant l’investissement, les acteurs devraient s’inquiéter en premier lieu des "secteurs industriels climato-sensibles", car ce sont ceux qui seront les plus affectés.

Les investisseurs peuvent aussi engager un dialogue avec les responsables de l’investissement et les entreprises de leur portefeuille, sur leur reporting et politiques de prise en compte du risque climatique. Ils peuvent également travailler avec les dirigeants politiques sur des régulations cadres.

Un mouvement qui prend effectivement forme si l’on en croit les nombreuses initiatives lancées depuis quelques mois dans la perspective du sommet climatique de Paris (COP 21) qui aura lieu du 30 novembre au 11 décembre prochain.

Béatrice Héraud
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