Publié le 23 décembre 2015

ISR / RSE

Économie circulaire : une modification des rapports entre donneurs d’ordre et fournisseurs

Le concept d’économie circulaire fait son chemin. De nombreuses entreprises se tournent vers ce nouveau modèle et de plus en plus d’études sont publiées pour en démontrer les bienfaits. C’est le cas du programme Peak, un observatoire des relations collaboratives. Celui-ci a mandaté le cabinet Correl pour étudier sur le terrain l’influence de projets d’économie circulaire sur les rapports de force entre donneurs d’ordre et fournisseurs (1). Edifiant. Et réjouissant.

Usine de recyclage de papier du groupe Paprec, à la Courneuve.
Miguel Medina / AFP

Avec l’économie circulaire naît une nouvelle forme de relation, dite collaborative, entre les donneurs d’ordre et les fournisseurs. Elle se caractérise par un engagement à long terme, un partage des risques, la création commune de connaissances, la transparence, le partage des ressources et le partage de la valeur. "L’économie circulaire nourrit la confiance, analyse Fabienne Grebert, du cabinet Correl. On peut même se demander si la relation donneur d’ordre - fournisseur a encore du sens alors que, dans ce type de démarche, le premier devient fournisseur de matières du second !"  

"La relation que nous entretenons avec le groupe Renault est la même que celle que nous aurions pu avoir avec une PME : très franche et très directe" assure David Ravet, responsable développement chez MTB. Une relation qui n’a rien d’évident quand l’on sait que cette entreprise spécialisée dans le recyclage et la valorisation des déchets industriels n’emploie "que" 120 personnes. Et que jusqu’à présent MTB fonctionnait surtout à l’export, avec peu de visibilité auprès des grands groupes. L’astuce ? Depuis 2011, les deux sociétés collaborent dans des projets d’économie circulaire pour valoriser le cuivre, les moteurs ou les boîtes de vitesses issus des véhicules en fin de vie. Ces projets, "axés sur l’innovation et le partage fonctionnent comme des partenariats où les intérêts sont communs". Et pour David Ravet, "c’est du gagnant-gagnant".  

 

Eliminer les rapports de domination  

 

L’histoire s’est répétée dans une relation triangulaire avec la SNCF, dans le cadre du projet ValTex. Les 3 entreprises collaborent pour transformer les mousses, textiles issus des véhicules et des trains et autres uniformes, en de nouveaux produits, comme des isolants acoustiques. "Nous avons tissé une relations très étroite, de confiance, entre nous. Nous partageons nos connaissances mais aussi les risques liés au lancement d’un nouveau produit sur le marché", assure Toni Gallone, responsable industriel chez Renault Environnement.  

A la SNCF, les projets d’économie circulaire ont permis une ouverture de l’entreprise vers l’extérieur et une prise de conscience sur les matières, estime de son côté Cyrille Blard, responsable industrialisation des produits de dépose. "On sort de notre cocon pour construire un autre dialogue avec le fournisseur. Cela nous demande de nous adapter" précise-t-il. De fait, dans ce projet, l’engagement avec les autres entreprises porte sur des quantités précises. Et sur une durée plus longue : dix ans, contre cinq ans maximum habituellement. Ce nouveau type de relation s’est observé dans les autres entreprises étudiées par le cabinet. Qui conclut : "L’instauration de boucles matières fermées ou ouvertes crée une interdépendance entre les acteurs économiques et participe à l’élimination de rapports de domination entre acteurs".  

 

(1)  29 entretiens semi-directifs menés pendant plusieurs mois auprès d’entreprises et d’organisations publiques engagées dans des projets d’économie circulaire.

Concepcion Alvarez. Article initialement paru dans L’essentiel de la RSE n°111 (octobre-décembre 2015)
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