Publié le 20 juillet 2016

ISR / RSE

Les ODD (objectifs développement durable), nouveaux caps de durabilité

Mettre fin à l’extrême pauvreté, assurer l’accès à l’eau et à l’assainissement pour tous, promouvoir une croissance économique durable, inclusive et soutenue… Voici quelques-uns des objectifs de développement durable définis par l’ONU en septembre 2015. Des objectifs destinés aux États, mais aussi au secteur privé. Des entreprises qui travaillent à les intégrer dans leur stratégie. Témoignages.

Déjà impliquée dans les OMD sur l’eau et l’assainissement, Veolia a aussi participé à l’élaboration des ODD à l’ONU. Ci-dessus Antoine Frerot, président-directeur général de Veolia Environnement.
Eric Piermont / AFP

Après les objectifs du millénaire (OMD), place aux objectifs de développement durable (ODD). Au nombre de 17, ils forment le cadre de la politique onusienne en matière de développement à horizon 2030. Mais pas question de laisser les seuls États s’en saisir. Lors de leur lancement en septembre 2015, le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, a appelé les entreprises à aider les gouvernements à les mettre en œuvre.

Et les entreprises feraient bien de le prendre au mot, selon Patrick d’Humières, senior advisor chez EY. "Les ODD renouvellent le concept de développement durable en le replaçant dans une démarche de trajectoire. C’est très important pour les entreprises. Elles pourront se voir interrogées sur la façon dont elles les ont intégrés à leur stratégie et comment elles contribuent à leur réalisation. Malheureusement, les entreprises françaises ont pris du retard", regrette-t-il. Si beaucoup d’entre elles étaient, il est vrai, plutôt focalisées sur les questions climatiques (présentes dans les ODD) l’an dernier en raison de la COP21, plusieurs ont tout de même bien compris l’intérêt qu’elles pourraient avoir à s’en saisir au plus tôt.

 

Un cadre référent pour agir

 

C’est le cas de Veolia. Déjà impliquée dans les OMD sur l’eau et l’assainissement pour lesquels elle estime sa contribution à respectivement 6,5 millions et 3 millions de personnes raccordées entre 2002 et 2015, l’entreprise a aussi participé à l’élaboration des ODD à l’ONU. "Avec les OMD, nous nous sommes retrouvés dans une situation extrêmement floue avec des définitions changeantes des objectifs. Pour les ODD, nous avons bataillé pour des méthodologies claires et précises", souligne Pierre Victoria, le directeur développement durable du groupe. En interne, Veolia, qui pouvait déjà s’appuyer sur les méthodologies et indicateurs mis en place sur les questions d’accès à l’eau et à l’assainissement, a aussi fait appel à ses "critical friends". Ce groupe d’experts internationaux s’est penché, avec des salariés de Veolia, sur l’intégration des ODD dans la stratégie de l’entreprise et a présenté ses conclusions au Comex, fin juin. "Les ODD lient lutte contre la pauvreté et respect de l’environnement et concernent tous les pays quel que soit leur niveau de développement. Aussi, ils  peuvent être vus comme un cadre de référence de l’action des entreprises qui intègrent, dans leur métiers et leur stratégie, une vision de développement durable. Ils permettent aussi de bien définir la place des entreprises dans la gestion des biens communs.", analyse Pierre Victoria.

 

Un outil de sensibilisation

 

C’est aussi l’avis d’Annabelle Guillet, directrice assurance QSE (qualité, sécurité et environnement) et responsabilité sociale d’Armor group, une entreprise nantaise spécialisée dans les technologies d’impression et d’enduction, fortement impliquée dans une démarche RSE. "Je vois les ODD comme un moyen de définir et de structurer un plan d’actions, en abordant des domaines auxquels je n’aurais pas forcément pensé spontanément car l’entreprise n’a pas un impact direct sur eux, comme les océans par exemple. Ils ont aussi du sens pour une entreprise comme la nôtre, c’est-à-dire  implantée sur tous les continents, et notamment dans des pays émergents comme le Brésil, l’Inde ou le Mexique. Et j’ai déjà pu tester leur pouvoir de sensibilisation auprès des collaborateurs, notamment des managers : ils permettent de faire comprendre le rôle et la responsabilité de l’entreprise dans le développement durable au niveau global." 

 

Un levier de coopération multi-acteurs

 

Et la reconnaissance, par l’ONU, de ce rôle, est particulièrement importante selon Noémie Bauer, Global CSR (corporate social responsibility) manager de Pernod Ricard, qui a présenté sa démarche lors du UN Global Compact Leaders Summit à New York, les 22 et 23 juin derniers. "Cela donne une crédibilité à nos actions en termes de développement durable, souligne-t-elle. Nous pensons que les ODD sont une vraie opportunité pour les entreprises. Dès que nous en avons entendu parler, nous avons entamé une réflexion sur la façon de mettre en ligne notre stratégie avec ces objectifs. Cela s’est fait entre services mais aussi avec tout le réseau des CSR leaders répartis dans les 80 pays où nous sommes présents et en lien avec nos parties prenantes".

L’entreprise pense ainsi contribuer à 12 des 17 ODD et va définir des indicateurs pour en assurer le suivi. "De nombreuses actions que nous menons, sur la prévention routière, la consommation responsable d’alcool, les économies d’eau ou la préservation des océans (avec la fondation) s’inscrivent dans les caps fixés par les ODD. Maintenant, il faut réfléchir à de nouvelles actions que ces objectifs peuvent nous amener à prendre", précise Sandrine Ricard, la directrice RSE adjointe. Et voir aussi comment l’entreprise peut coopérer avec d’autres partenaires, entreprises comme collectivités ou ONG, car "les ODD ont apporté un langage commun", apprécie Noémie Bauer.

Béatrice Heraud
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