Publié le 18 novembre 2016

ISR / RSE

Les bottes de l’armée suisse produites à bas coût... en Roumanie

284 euros. C’est le salaire mensuel des couturières roumaines chargées de confectionner  80 000 nouvelles bottes pour l’armée suisse. L’administration a mandaté la firme italienne AKU, dont le site de production se trouve en Roumanie. Une révélation qui fait débat dans le pays.

L’Office fédéral de l'armement suisse a commandé 80 000 bottes à la firme italienne AKU. Problème : ces bottes sont fabriquées en Roumanie par des salariés payés 300 francs suisses (284 euros) par mois.
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80 000 nouvelles bottes pour les militaires. C'est la commande passée par l'Office fédéral de l'armement suisse à la firme italienne AKU, spécialiste des chaussures. Problème : ces bottes sont fabriquées en Roumanie par des salariés, essentiellement des femmes, payés 300 francs suisses par mois. Soit 284 euros. 

"Le salaire que nous versons correspond au salaire minimum roumain", s'est défendu l'un des dirigeants locaux d'AKU, dans l'émission Rundschau, à l'origine de l'affaire. Légalement, aucune infraction n'a été commise. L'entreprise applique la loi et paye double les heures supplémentaires.

 

"Il est faux de penser que la bonne qualité à un prix"

 

Sauf que "le salaire minimum roumain ne permet pas de vivre dignement", dénonce Nayla Ajaltouni du collectif Éthique sur l'étiquette. Logement, transport, nourriture... les frais indispensables des couturier.e.s roumain.e.s ne sont pas couverts par un salaire horaire d'à peine 2 euros. "Il est faux de penser que la bonne qualité à un prix", témoigne l'une d'elles à la télévision suisse alémanique (SRF).

Qui est responsable ? Pour Nayla Ajaltouni, pas de doute : c'est le donneur d'ordre. En l'occurrence, l'armée suisse, qui a un devoir d'exemplarité. Elle estime également que "l'Union européenne doit rendre obligatoire les critères sociaux dans les appels d'offre des marchés publics", rappelant que c'est une société italienne qui a remporté le marché.

Une affaire qui relance la réalité du "made in Europe". Salaires de misère, manque de protection, horaires à rallonge... Un récent rapport de l'ONG suisse Public EYE avait dénoncé les conditions de la filière chaussure en Europe.

Marina Fabre
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