Publié le 18 septembre 2017

ISR / RSE

Le reporting RSE devient partie intégrante du business model des entreprises

Après quelques années de pratiques, le reporting RSE cesse d’être un rapport de conformité pour devenir un outil de pilotage stratégique. La prise en compte d'indicateurs clés en matière de risques en fait un indicateur pertinent pour les comités de direction, quand bien même il reste encore difficile de donner une valeur aux démarches RSE. C'est ce qui ressort, entre autres, de la cinquième édition du baromètre du cabinet Tennaxia.


L’heure de la maturité semble venue. Pour un nombre croissant d’entreprises, "le reporting RSE (Responsabilité sociétale des entreprises) est devenu un outil de pilotage opérationnel et stratégique de leur performance", estime le cabinet Tennaxia. Et cela devrait s’amplifier dans les années à venir, notamment grâce à la transposition de la directive sur le reporting extra-financier qui "renforce la performance RSE comme levier de performance globale", selon Bertrand Desmier, directeur de la business line RSE.

Le cabinet de conseil et éditeur de logiciel s’appuie sur les résultats de la dernière édition, la cinquième, de son étude "Pratiques de reporting extra-financier et rapport RSE" (1), portant sur 90 entreprises et élaboré avec l'aide de responsables RSE et de communication financière.

Plus de vision stratégique

"Les entreprises privilégient progressivement un reporting centré sur les enjeux extra-financiers pertinents et probants pour leur activité", assure Tennaxia. Pour cela, elles s’appuient, du moins pour plus de la moitié d’entre elles, sur une analyse de matérialité. Celle-ci permet de mettre en avant les risques les plus pertinents et significatifs pour l’entreprise, soit parce qu’ils ont un impact potentiellement important sur ses parties prenantes, son environnement ou sa performance économique, soit parce qu’ils sont importants pour sa stratégie.

Cela permet de définir des indicateurs clés de performance, "plus concentrés et porteurs de sens". Ils sont, en conséquence, de plus en plus présentés en comité de direction. Là encore, la transposition de la directive européenne pourrait accélérer le mouvement puisque la déclaration de performances extra-financières devra contenir les informations "pertinentes au regard des principaux risques ou des politiques menées par la société".

Plus de prise de conscience mais encore peu de valorisation financière de la RSE

Parallèlement, les entreprises associent de plus en plus les indicateurs extra-financiers aux indicateurs financiers, soit à travers des rapports intégrés (pour 12 % d’entre elles) ou plus largement dans une démarche de ce que l’on appelle "l’integrative thinking". Elle permet de mieux appréhender la stratégie de création de valeur dans la durée et la performance globale des entreprises.

Cette dynamique permet d’accélérer la prise de conscience des comités exécutifs sur la capacité de la RSE à générer de la valeur ajoutée, et donc sur la nécessité de l’intégrer dans les business model, estime Bertrand Desmier. Même si environ trois quarts des entreprises avouent encore aujourd’hui incapables de monétariser leur démarche RSE (coûts et risques évités, retour sur investissement des actions, valeurs et/ou revenus créés...) par manque de retour d’expérience et d’une méthodologie formalisé.

Plus de transparence sur les objectifs

Autre évolution importante : celle de la publication d’objectifs, chiffrés et datés. C’est le cas pour 62 % des entreprises, qui n’hésitent plus à les faire vérifier par un organisme tiers indépendant (45 %) pour attester de leur tangibilité et de leur crédibilité. 38 % des entreprises du panel ont même défini leurs objectifs au regard des ODD (Objectifs de développement durable) des Nations unies. C'est une "sorte d’esperanto de la RSE", affirme le cabinet d'analyse. Il permet à la fois aux entreprises, notamment les plus internationales, de benchmarker leur stratégie RSE mais aussi de la mettre en perspective des grands défis mondiaux.

"Les entreprises ont vraiment fait un gros effort de transparence sur ces sujets, note Bertrand Desmier. C’est particulièrement flagrant en cas de non atteinte des objectifs : les entreprises sont de plus en plus enclines à expliquer pourquoi elles n’ont pas réussi à les atteindre".

Plus de volontaires

Enfin, les entreprises sont aussi de plus en plus nombreuses à se plier à l’exercice du reporting extra-financier de manière volontaire. C’est le cas de 37 % du panel retenu par Tennaxia. Le signe d’une influence croissante de la RSE dans les relations commerciales. En effet, "il y a les entreprises qui y viennent par conviction et celles qui y viennent plus par nécessité, pour répondre à une demande de leurs clients (à travers notamment les questionnaires d’agences de notation, du CDP ou d’Ecovadis par exemple) ou de leurs investisseurs", rapporte Bertrand Desmier.

"Plusieurs entreprises viennent nous voir après avoir obtenu une mauvaise note sur des plateformes de notation de fournisseurs, continue-t-il. Une fois les actions mises en place, elles publient un reporting pour bien montrer à leurs parties prenantes que le sujet est désormais piloté. De nombreuses SAS, qui ne sont pas concernées par le reporting, mais qui travaillent en BtoB (Business to business, ndr), publient aussi un reporting pour valoriser leurs actions auprès de leurs clients".

Une dynamique qui devrait aussi se renforcer avec le devoir de vigilance. Elle impose aux entreprises de plus 5 000 salariés de prévenir les risques environnementaux et sociaux sur toute leur chaîne de sous-traitance. L’étude montre que 62 % des entreprises interrogées se sentent impactées alors qu’elles ne sont que 55 % à y être obligée légalement. "La réglementation a un effet boule de neige sur les plus petites organisations de par les exigences qui vont à moyen terme s’imposer à elles", fait ainsi remarquer Tennaxia.

Béatrice Héraud @beatriceheraud

(1) Méthodologie : étude réalisée entre le 1er mars et 30 mai 2017, auprès de 90 entreprises (42 cotées et 48 non cotées) par un questionnaire en ligne complété par une quinzaine d’entretiens téléphoniques complémentaires.


© 2017 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

Voir nos offres