Publié le 27 avril 2015

ISR / RSE

La performance carbone, nouvel aiguillon de la RSE ?

Le carbone est l’un des indicateurs phare des rapports de développement durable des grandes entreprises. Les investisseurs y sont aujourd’hui très attentifs, et certains recommandent même de faire du carbone l’un des indicateurs clés de résultat. Jusqu’à occulter les autres indicateurs nécessaires à l’évaluation d’une démarche RSE ? Décryptage avec  Patrick d’Humières, président de l’Institut RSE et directeur du programme de formation exécutive entreprise durable de l'École centrale de Paris.

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Repères RSE : Pourquoi la performance carbone va-t-elle être amenée à prendre la tête des indicateurs RSE ?

Patrick d’Humières : La problématique carbone est un enjeu géopolitique universel, qui interpelle au premier chef la communauté économique. C’est aussi un sujet qu’on sait mieux, sinon bien mesurer. Dans le cadre du reporting extra-financier, il n’y a donc pas d’excuse pour ne pas bien répondre à cette question fondamentale : est-ce que mon modèle économique est sur le chemin du découplage ou de l’aggravation des émissions de CO2 ?

Le "risque carbone" n’est pas juridique à ce stade. Mais il est bel et bien économique, surtout si on s’applique - enfin - à monétariser de façon sérieuse sa part de carbone émis, ou évité, en année N et surtout dans les années futures. Le sujet vient aujourd’hui en tête des sujets RSE attendus par les parties prenantes de l’entreprise.

Son lien avec la finance en fait aussi un indicateur intégré par excellence. D’où notre recommandation de mettre la performance CO2 au même niveau que les autres indicateurs clés de résultat à l’attention de la gouvernance et des actionnaires.

Repères RSE : La performance carbone peut-elle éclipser les autres pans de la RSE ?

Patrick d’Humières : La question climat est entrée en tête des attentes sociétales et des risques économiques. Et pour très longtemps, car c’est le cœur de la question écologique de notre siècle. Elle ne chasse pas d’autres grands risques sociétaux (sécurité des produits et salariés, partage de la valeur,  éco-conception et gestion des déchets, contribution locale et partenariat avec la chaîne de valeur…) mais elle tient désormais une place centrale.

D’autant que la gestion de l’énergie est un marqueur de la démarche stratégique RSE : c’est avec l’eau, les déchets dangereux et l’accidentologie en général, l’un des signaux principaux de la capacité d’une entreprise à se mettre ou non en logique de durabilité.

Repères RSE : Comment bien rapporter son engagement climatique ?

Patrick d’Humières : Il existe une panoplie d’outils reconnus pour la mesure des émissions de CO2. Au plan mondial, nous avons le GHG Protocol (norme de comptabilisation et de déclaration des émissions de GES) ainsi qu’un cadre de reporting universel et consensuel, le CDSB (le Climate Disclosure Standards Board est un référentiel de reporting volontaire destiné à recueillir des informations liées au changement climatique pour les intégrer dans les rapports financiers traditionnels). C’est celui qu’utilisent les grands classements comme celui du CDP (carbone disclosure project).

Des difficultés pratiques restent à surmonter pour ce qui est du scope 3, de la question des engagements indirects et de certaines activités. Mais la mesure n’a pas besoin d’être exacte à 100% et on peut la préciser, en clarifiant la méthode, l’approximation et surtout en la situant dans une trajectoire d’amélioration pluriannuelle.

Les investisseurs ont à leur disposition des benchmarks qui leur permettent de suivre la crédibilité des données et l’évolution des ratios significatifs (énergie vs chiffre d’affaires) pour se faire une idée du degré de maîtrise de l’enjeu climat d’une entreprise. La façon dont la politique de réduction est présentée vient aussi donner du sens aux chiffres annuels.

Propos recueillis par Béatrice Héraud. Article initialement publié dans le numéro 108 du magazine "Repères RSE".
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