Publié le 07 février 2017

ISR / RSE

Gaspillage alimentaire : un an après, quel bilan ?

C’était il y a un an. La France promulguait une loi obligeant les entreprises à donner leurs invendus alimentaires. Depuis, "10 millions de repas ont été distribués", selon l'élu local Arash Derambarsh, très mobilisé sur la question. Mais un nouveau rapport critique cette "solution à court terme" et appelle à un changement en profondeur du système alimentaire.

Depuis le 11 février dernier, les grandes surfaces ont l’obligation de distribuer les invendus alimentaires. Ci-dessus, une volontaire des Restos du coeur, en novembre 2016 à Bethune, dans le nord de la France.
Denis Charlet / AFP

Premier anniversaire de la loi contre le gaspillage alimentaire. Depuis le 11 février dernier, les grandes surfaces ont l’obligation de distribuer les invendus alimentaires aux associations caritatives de leur choix, sous peine d’amende.

Une loi notamment impulsée par la pétition "Stop au gâchis alimentaire". Lancée par l’élu Les Républicains de Courbevoie Arash Derambarsh, elle a récolté plus de 200 000 signatures. "Avant cette loi, tous les soirs, chaque grande surface jetait en moyenne 50kg de nourriture consommable dans les poubelles", rappelle l'lélu local.

 

10 millions de repas distribués 

 

Un an après, qu’est-ce-qui a changé ? Selon Arash Derambarsh, 10 millions de repas ont été distribués aux plus démunis. "Plus de 5000 nouvelles associations reconnues par l’État ont désormais le droit de distribuer les invendus alimentaires à la fermeture des magasins".

Des entreprises ont même vu le jour pour "professionnaliser" la gestion de ces invendus. C’est le cas de Comerso et Phenix, deux entreprises qui prennent en charge la logistique et font l’intermédiaire entre les magasins et les associations.

 

La France à l’avant-garde

 

Sur ce sujet, la France se place à l’avant-garde. Elle est le premier pays au monde à s’être doté d’une loi contre le gaspillage alimentaire. Elle a été suivie, en août 2016, par l’Italie, qui a opté pour une solution non punitive. Aujourd’hui, les parlementaires britanniques se penchent sur la question. 

Mais un nouveau rapport vient ternir le tableau. Signé de la Food Research Collaboration, il met en doute l’effet à long terme de cette loi. "La faim et la pauvreté alimentaire risquent de ne pas être considérées comme des questions politiques mais comme des questions relevant des organisations caritatives", prévient Martin Caraher, professeur à la City, University of London, co-auteur du rapport.  

 

"Dépolitisation de la faim"

 

En bref, Martin Caraher craint une "dépolitisation de la faim". "Cette loi permet aux gouvernement de souligner les mesures prises par les secteurs caritatif et bénévole pour lutter contre la faim" en "détournant l’attention des causes profondes de la pauvreté alimentaire". Il souhaite des solutions à long terme, qui enrayent réellement la pauvreté, changent les modes de production et luttent contre le problème en amont.

"La distribution des surplus alimentaires ne réparera pas un système alimentaire qui fonctionne mal. Elle ne répondra pas aux problèmes environnementaux et ne fournira pas la motivation nécessaire pour réduire les surplus ou diminuer le gaspillage à long terme", estime-t-il. 

Des arguments irrecevables pour Arash Derambarsh. "10 millions de personnes sont dans une situation de grande difficulté en France. On n’a pas le temps de discuter, de parlementer, de débattre. La question de l’utilité de cette loi ne doit même pas être posée. À un moment il faut agir." 

Marina Fabre
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