Publié le 17 août 2015

ISR / RSE

"Former des managers responsables, c’est le rôle des écoles de management"

Les écoles de management doivent former des managers...responsables. Mais ce n'est pas toujours le cas selon André Sobczak, directeur de l'Institut pour la Responsabilité Globale, directeur de recherche et titulaire de la Chaire "PME et Responsabilité Globale" d'Audencia, l'école de management nantaise. Pour lui, les entreprises ont de plus en plus conscience de l'importance des problématiques RSE au sein de leur structure mais les écoles de management ne suivent pas toujours. Or, faute d'une formation adéquate, les employeurs iront recruter dans d'autres sphères leurs managers responsables. 

André Sobczak, directeur de l'Institut pour la Responsabilité Globale et titulaire de la Chaire "PME et Responsabilité Globale".
DR

Novethic : Aujourd’hui, apprend-on à devenir manager responsable dans une école de management ?

André Sobczak : Pas forcément. Beaucoup de managers formés par nos écoles ont mis en place des business model et des pratiques de management qui ne sont pas particulièrement responsables. D’une façon globale, je considère que les écoles de management et le monde académique sont en retard par rapport aux entreprises.

C’est problématique car ces dernières ont pris conscience de cette nouvelle donne, et elles vont chercher de nouveaux profils. Si nous ne sommes pas capables de leur fournir, ils iront les chercher ailleurs.

Surtout, en tant qu’école de management, nous avons un rôle à jouer dans la formation des managers responsables, c’est notre responsabilité.

Novethic : Audencia est la seule école française parmi les "champions" distingués par "Principes de l’éducation au management responsable", un programme des Nations Unies. Comment forme-t-elle les managers de demain à leurs nouvelles responsabilités ?

André Sobczak : Nous envisageons le manager responsable comme un manager qui, quelle que soit sa fonction et le type d’entreprise ou d’organisation dans laquelle il évolue, est une personne capable d’intégrer les enjeux environnementaux, sociétaux et de gouvernance, en plus des enjeux économiques. Ce qui implique que ces dimensions soient intégrées dans tous les enseignements.

Ainsi, 10 % des cours de chacune des disciplines enseignées à Audencia sont consacrées à la RSE. Mais la responsabilité ne s’apprend pas seulement avec des cours théoriques. Nous faisons donc aussi travailler nos étudiants sur des cas pratiques, notamment lors de leurs stages, durant lesquels ils doivent se pencher sur la dimension RSE de l’entreprise, mais aussi de leur mission.

Nous favorisons également les rencontres avec des personnes qui ont une vision différente de l’entreprise, comme des philosophes, des ingénieurs, des membres d’ONG, des syndicalistes, etc.

Novethic : Quelles sont les compétences que le manager responsable doit acquérir lors de sa formation ?

André Sobczak : Cette année, nous avons mené une enquête de terrain auprès d’une trentaine de dirigeants et de parties prenantes. Nous avons distingué 3 familles de compétences qui nous semblent nécessaires au manager responsable.

D’abord, il lui faut pouvoir "penser la responsabilité" : avoir une vision transversale de l’entreprise, une capacité de projection dans le long terme, à changer le business model, etc.

Ensuite, il faut qu’il puisse "organiser la responsabilité", c’est-à-dire mettre un œuvre un projet de transformation de l’entreprise dans une optique environnementale, sociale et de gouvernance, en assurer le suivi et la communication de façon transparente.

Enfin, il faut qu’il puisse "agir avec les parties prenantes", qu’elles soient internes ou externes à l’entreprise. Ce bloc de compétences est indispensable à la mise en place d’une stratégie responsable, mais il permet aussi d’assurer une performance économique de l’entreprise.

Novethic : Une fois en poste, quels sont les retours de vos anciens étudiants devenus managers ?

André Sobczak : Cela dépend de l’entreprise ou de l’organisation dans lesquelles ils évoluent. Certains nous expliquent par exemple que le discours de responsabilité est fort, mais que seules leurs performances économiques sont prises en compte dans leur évaluation. Ce qui est frustrant et surtout incohérent. Mais nous leur enseignons aussi que c’est à eux d’être acteur du changement.

 

 

Cet article a initialement été publié dans la lettre professionnelle de Novethic "L'essentiel de la RSE" n°110, juillet 2015

Propos recueillis par Béatrice Héraud
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