Publié le 26 juin 2015

ISR / RSE

Face à la sécheresse, l'industrie californienne du jeans tente de se réinventer

La Californie produit à elle seule 75% des jeans de qualité "premium" vendus dans le monde. Mais cet État américain est le théâtre d'une sécheresse endémique et le délavage du "denim" consomme énormément d'eau. Quelques fabricants, encouragés par des marques et des créateurs engagés, tentent de trouver des solutions de production plus responsables.

Délavage industriel de jeans au Bengladesh. La menace de la délocalisation pèse sur le secteur du denim en Californie.
Fahad Faisal / Creative commons

Il y a quelques jours, Oscar Quintero a reçu une lettre de son fournisseur d'eau : "Si nous ne réduisons pas significativement notre consommation, nous risquons une amende", raconte ce responsable de Blue Creation, une entreprise sous-traitante qui délave et teint des jeans depuis vingt ans dans la banlieue de Los Angeles.

L'avertissement est valable pour l'ensemble de l'industrie du "denim" en Californie. Alors que cet État est victime de la sécheresse pour la quatrième année consécutive, les autorités locales ont décidé d'imposer pour la première fois des restrictions d'eau. Créateurs et fabricants tentent donc d'inventer un mode de production plus respectueux de l'environnement.

 

Le jeans, gourmand en eau et en produits chimiques

 

La Californie produit à elle seule 75% des jeans de qualité "premium", ceux vendus au-delà de 100 dollars la paire dans le monde. C'est ce que met en lumière une étude du site d'analyse financière Market Watch. Or, le seul délavage d'un pantalon, pour qu'il prenne un aspect "vintage" et qu'il soit confortable à porter, est terriblement gourmand en eau : de 42 à 150 litres par paire en fonction de la machine utilisée. Sans compter le permanganate, un composé chimique aux propriétés oxydantes.

Blue Creation n'a pas attendu la nouvelle réglementation pour agir. Il y a cinq ans, l'entreprise a investi dans des machines à délaver à l'ozone. Ce gaz, issu de l'oxygène que nous respirons, a aussi le pouvoir de donner un aspect vieilli à la toile. "À l'œil nu, le résultat est le même. Mais nous économisons 50% d'eau. Le seul point négatif, c'est le coût : les machines valent environ 60 000 dollars", résume Oscar Quintero.

 

Des fabricants et des designers s'engagent

 

Et la situation ne devrait pas s’améliorer. Avec le changement climatique, c'est toute une filière de l'économie américaine qui doit se réinventer. Dès en amont, dans la filière coton, dont la production dans certaines régions du monde - et notamment dans le sud-ouest des États-Unis - va devenir très aléatoire, prévient un rapport de l'ITC (Centre du commerce international). Et jusque chez les créateurs, dont certains s'engagent désormais à développer des vêtements plus respectueux de l'environnement.

C'est le cas de Tara St James. Cette designer américaine s'est détournée du coton, devenu trop compliqué à faire pousser aux États-Unis quand l'eau se raréfie, pour proposer des vêtements en lin, en chanvre, en soie ou encore en polyester recyclé. Sa démarche reste cependant isolée : "Il y a quelques pionniers, mais il y a encore très peu de réflexions autour de l'industrie de la mode et du changement climatique", reconnaît-elle.

 

Sous la menace du dumping 

 

Car le "Business as usual" reste le maître-mot pour beaucoup dans la profession. À l'image de Ilse Metchek, la présidente de la California Fashion association, un regroupement de 400 entreprises de l'industrie de la mode. Affichant ouvertement ses opinions climato-sceptiques, cette professionnelle n'hésite pas à affirmer que le changement climatique n'est qu'une menace inventée de toutes pièces en Californie et qu'il "n'existe pas au Mexique ou en Colombie [sic]", deux nouvelles destinations pour les fabricants qui veulent délocaliser leur production. Et elle met en garde : "80% des vêtements dessinés en Californie sont déjà produits à l'étranger. Cette industrie, comme n'importe quelle autre industrie, trouvera toujours un moyen de faire fabriquer ses produits".

La menace de dumping environnemental n'est pas voilée. Elle inquiète d'ailleurs au plus haut point Oscar Quintero : "Ce sont des milliers de postes qui sont en jeu. Nous devons adapter notre mode de production, pas seulement parce que des amendes nous menacent mais parce qu'il faut sauver l'eau de Californie et les emplois qui vont avec", prévient-il.

Dans les prochaines semaines, Blue Creation pourrait choisir de réduire son carnet de commandes pour éviter une amende. En attendant de trouver des machines capables de délaver en utilisant encore moins d'eau.

Fannie Rascle
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