Publié le 20 mai 2015

ISR / RSE

Comptabilité environnementale : Kering partage sa méthodologie

773 millions d’euros, c’est le coût estimé de l’impact du groupe Kering sur l’environnement en 2013. Le géant du luxe a publié le 19 mai son premier Compte de Résultat Environnemental, qui traduit son empreinte et celle de ses fournisseurs en valeur monétaire. Kering a également partagé sa méthodologie pour inciter d’autres entreprises à suivre son exemple, et participer ainsi à la lutte contre le réchauffement climatique.

François-Henri Pinault et Marie-Claire Daveu, photographiés à Paris le 19 mai 2015, lors de la présentation de la comptabilité environnementale mise en place par Kering.
François Guillot / AFP

Alors que s’ouvre pour deux jours le Business and Climate Summit à Paris, Kering (ex-PPR) a dévoilé hier la méthodologie de son Compte de Résultat Environnemental (Environmental Profit and Loss Account ou E P&L), mis en place chez Puma dès 2011, et appliqué pour la première fois à l’ensemble du groupe.

"Kering a choisi de partager sa démarche E P&L, parce que nous sommes convaincus que seules la transparence et la coopération permettront de concevoir des solutions adaptées à l’échelle de problèmes comme l’épuisement des ressources naturelles", a déclaré François-Henri Pinault, le PDG de Kering lors de la présentation. "Notre E P&L a déjà efficacement servi de catalyseur interne pour nous aider à nous orienter vers un business model durable."

 

Impact environnemental : 773 millions d’euros

 

Les résultats de l’E P&L 2013 chiffrent les externalités négatives environnementales à 773 millions d’euros, depuis la fabrication jusqu’à la distribution des produits. "Une bonne performance", souligne Marie-Claire Daveu, directrice développement durable du groupe. Elle affirme en effet que si Kering avait mené une politique d’approvisionnement semblable à une entreprise type de son secteur d’activité, l’impact aurait de 40% supérieur.

Autre enseignement : 93% de l’impact environnemental total concerne la chaîne d’approvisionnement, et majoritairement la production des matières premières (50%). C’est pourquoi Kering a souhaité mettre l’accent sur ce point, en développant des matériaux tels que le polyester recyclé ou le coton biologique, fabriqué sans produits chimiques. Pour un kilo de coton biologique, l’impact environnemental est ainsi estimé à 1€, contre 6,30€/kg pour le coton traditionnel, soit une différence de 80%.

 

Une méthodologie en sept étapes

 

Pour arriver à une telle estimation, l’ E P&L évalue les conséquences des émissions et de l’utilisation des ressources sur l’environnement et le bien-être humain. L’analyse recouvre les six grands groupes d’impacts environnementaux que sont les émissions de gaz à effet de serre, la consommation d’eau, la pollution de l’eau et de l’air, la production de déchets et l’utilisation des sols. À partir de là, Kering, avec l’appui du cabinet de conseil PwC (Price Waterhouse Cooper), a pu développer une méthodologie en sept étapes :

  1. Déterminez ce qu’il faut mesurer tout au long de la chaîne, depuis l’extraction des matières premières jusqu’à la distribution dans les magasins.
  2. Cartographiez la chaîne d’approvisionnement, identifiez les fournisseurs et rassemblez des données de base sur leur entreprise, et les activités qu’ils réalisent pour la marque.
  3. Identifiez la meilleure approche de collecte des données.
  4. Collectez des données primaires relatives à l’activité générale de vos fournisseurs et vos marques. Kering a ainsi sondé plus de 1 000 fournisseurs à travers la planète.
  5. Récoltez des données secondaires à partir de bases de données externes pour compléter l’étude. Kering a notamment travaillé avec des ONG, des scientifiques, des fédérations de professionnels ou d’autres entreprises.
  6. Traduisez en valeur monétaire, à partir de coefficients qui permettent de convertir des données environnementales en impact sur le bien-être humain. Un litre d’eau consommé en Australie, par exemple, n’aura pas la même valeur qu’un litre d’eau consommé en Inde. Kering s’appuie sur 14 190 coefficients d’évaluation.
  7. Calculez et analysez vos résultats, afin d’orienter et de hiérarchiser votre action en matière de développement durable.

"Pour l’instant, notre E P&L ne porte que sur les impacts négatifs de notre activité sur l’environnement, mais nous allons développer une méthodologie pour calculer également les profits liés à notre changement d’approche", précise Marie-Claire Daveu, directrice développement durable du groupe.

Avec cette démarche, Kering espère être un pionnier dans le Natural Capital Protocol qui doit être publié en 2016, et qui fournira des instructions sur la manière dont les entreprises peuvent mesurer et traduire en valeur monétaire leurs impacts environnementaux.

Concepcion Alvarez
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