Publié le 06 mai 2016

ISR / RSE

B-Corp : le label américain qui monte dans l’Hexagone

Importé des États-Unis, le label B-Corp séduit de plus en plus d’entreprises à travers le monde, notamment en France. Et ce malgré son niveau d’exigence. Unique en son genre, son objectif  est de mettre le pouvoir de l’entrepreneuriat au service du bien commun. Ses adeptes ? Des petites mais aussi de grandes entreprises. Son expansion ? Rapide. Décryptage.

Visuel d'illustration
B-Corp

"Ne pas chercher à être la meilleure entreprise du monde mais la meilleure pour le monde." Voici le slogan des B-corp, une approche de la RSE à l’américaine qui commence à faire des émules dans l’Hexagone.

Pour expliquer le concept, lancé en 2006, l’un de ses fondateurs, l’entrepreneur Jay Coen Gilbert, considère que "nous devons passer à un capitalisme du XXIe siècle, qui crée de la valeur aussi bien pour les actionnaires que pour la société"

Les premières entreprises françaises à avoir été labélisées sont les agences Utopies et Graines de Changement, spécialisées dans le développement durable et la consommation responsable. "L’idée est de montrer que les entreprises aussi peuvent être actrices du changement et que nous ne sommes pas obligés de ne compter que sur l’État ou les ONG", commente Benjamin Enault, le directeur général d’Utopies, en charge du lancement du label en France.

 

Un label exigeant

 

Pour décrocher le label, les entreprises candidates doivent se soumettre à un questionnaire en ligne. Un questionnaire gratuit, accessible au plus grand nombre, mais un questionnaire exigeant. Le document comporte entre 200 et 300 questions sur la gouvernance, les collaborateurs, la communauté ou encore le modèle économique. Pour être retenue, l’entreprise doit obtenir un score minimum de 80 points. Et cela n’a rien d’évident.

Les questions sont "extrêmement pointues" raconte David Seve, directeur des engagements de Nature & Découvertes et de la fondation rattachée. "Certaines n’avaient jamais été soulevées dans l’entreprise. Il faut par exemple être très précis sur l’impact de nos fournisseurs au plan social et environnemental, comme le recyclage de l’eau. Ou encore sur le contenu exact de notre approvisionnement en énergies renouvelables. En réalité, il contient une majorité de gros hydraulique, ce qui est loin d’être neutre sur l’environnement".

"Ce questionnaire constitue la porte d’entrée au label, explique Benjamin Enault. Il est volontairement difficile car il s’appuie sur les preuves de l’action plutôt que sur la stratégie mise en place par l’entreprise. Celle-ci s’engage par ailleurs à être transparente et à publier sa note, comparée à la moyenne sectorielle." 

Nature & Découvertes a été labellisée en juin 2015 avec le score de 97 points, contre 55 en moyenne pour son secteur. Elle se prépare d’ores et déjà au prochain questionnaire, actualisé tous les deux ans, dans une démarche de progrès. Si le questionnaire est gratuit, la labellisation, elle, est payante. Le prix varie en fonction du chiffre d’affaires. L’entreprise peut ensuite faire l’objet d’évaluations sur place menées de façon aléatoire.

 

Un mouvement qui s’étend aux multinationales

 

Natures & Découvertes a également signé une charte d’engagement. L’objectif : "polliniser" autour d’elle. Ce qu’elle a immédiatement mis en pratique puisqu’elle a convaincu son partenaire Microdon, avec qui elle a lancé "l’arrondi" (micro dons réalisés lors des passages en caisses) dans ses 75 magasins, de tenter l’expérience à son tour.

A ce jour, 27 entreprises françaises ont été labellisées. Et une centaine d’entre elles sont en cours. La Ruche qui dit oui, Camif, Pixelis, Lumo, Birdeo, Ekodev… les entreprises de l’économie sociale et solidaire (ESS) côtoient celles de l’économie collaborative, les start-up se mêlent aux plus grosses entreprises.

C’est cette approche fédératrice qui a séduit la plateforme de financement participatif Ulule, labellisée en octobre 2015, avec 83 points. "Nous avons vocation à générer du chiffre d’affaires, à lever des fonds, à nous développer  à l’international. Toutefois, explique Mathieu Maire du Poset, le directeur général adjoint, de par notre activité et notre sensibilité, nous avons aussi vocation à maîtriser notre impact social et environnemental. Nous partageons les valeurs de l’ESS mais pas le statut. Ce label nous permet d’avancer ensemble pour bâtir une autre société. Le mouvement est en marche." 

 

Vers un nouveau statut légal

 

Au niveau mondial, le mouvement se propage en effet de façon épidémique et a gagné plus de 1600 entreprises dans une cinquantaine de pays. Aux côtés de marques bien installées, comme Patagonia ou Ben&Jerry’s, on trouve des entreprises plus jeunes comme Etsy, Kickstarter, Fairphone ou Couchsurfing. Un succès tel que Paul Polman, le patron d’Unilever, a annoncé son intention de transformer toute son entreprise en B-Corp. De même que Danone, qui travaille en partenariat avec B Lab, l’ONG labellisatrice, afin de mettre au point une certification B-Corp pour les multinationales.

Dernière étape pour devenir une authentique B-Corp : le changement de statut juridique. Trente États américains et plusieurs pays (Suisse, Luxembourg, Italie) ont modifié les lois pour intégrer le concept de "Benefit Corporation". Il permet de protéger les entreprises au cas où leurs actionnaires les accuseraient de privilégier la RSE au détriment des profits alors que, dans la logique B-Corp, les deux dimensions doivent être mises sur le même plan. En France, Mines ParisTech travaille sur un statut de "société à objet social étendu" (SOSE) sur le même principe, et mène une étude de cas au sein de Nature & Découvertes.

 

Note : Article initialement publié dans le N°113 de l’Essentiel de la RSE
Concepcion Alvarez
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