Publié le 09 mars 2016

ISR / RSE

Allemagne : les grandes entreprises se mobilisent pour les réfugiés

Alors que les États européens se déchirent à propos des réfugiés, de grandes entreprises se mobilisent outre-Rhin pour faciliter leur intégration professionnelle. Apprentissage de l’allemand, stages en entreprise et accompagnement personnalisé font partie des programmes d’intégration. À la clé, la perspective d’un emploi.  Une implication bienvenue : 3,6 millions de réfugiés devraient rejoindre le pays d'ici 2020.

Réfugiés sur un stand emploi et formation. Esters Hotel, Berlin, Allemagne.
Carsten Koall - Getty Images/AFP

Une crise migratoire ? Pour Wilfried Porth, directeur des ressources humaines chez Daimler, à Stuttgart, l’arrivée des réfugiés en Allemagne est au contraire une chance. "Ces personnes ont tout perdu et sont arrivées en Allemagne après un voyage périlleux. Elles sont très motivées pour réussir leur nouvelle vie. Dans le même temps, nous allons devoir faire face à un déficit de main-d’œuvre qualifiée. Pas seulement chez Daimler, mais dans tout le secteur industriel du pays", explique-t-il. C’est pourquoi, en novembre dernier, le constructeur automobile a engagé 40 réfugiés en tant que stagiaires. "Plusieurs centaines" d’offres de stage supplémentaires devraient bientôt leur être réservées. Avec une perspective d’emploi à la clé. 

Même démarche chez Deutsche Telekom. Le géant des télécommunications allemand vient d’embaucher 35 réfugiés en stage. Là encore, la possibilité d’un CDI au sein du groupe est évoquée. Et ce n’est qu’un début : "En tant qu’entreprise internationale, nous avons besoin de personnes compétentes et talentueuses et nous sommes convaincus de trouver des personnes avec les qualifications nécessaires parmi les réfugiés", se félicite Katja Wertz, porte-parole du groupe. L’expérience avec les nouveaux venus est déjà prometteuse : les réfugiés-stagiaires se montrent "très ouverts et curieux" et "très motivés", assure-t-elle. 

 

Mobilisation générale 

 

Les deux poids lourds du Dax 30 sont les fers de lance d’un mouvement de mobilisation générale en faveur d’une insertion rapide des réfugiés sur le marché du travail. Selon un récent sondage, 1 entreprise allemande sur 3 se dit en effet prête à embaucher des réfugiés.

Mais cette intégration n’est pas si aisée. Un gigantesque travail de réseau s’est mis en place : PME, grands groupes industriels mais aussi organisations professionnelles (comme les chambres de commerce et d’industrie) et civiles, fondations, ONG... chacun prend contact avec l’autre, fait appel aux services de ses pairs, échange des informations et partage son expérience. 

Ces derniers mois, une série d’initiatives a vu le jour en Allemagne. Bourses à l’emploi en ligne, à l'image de Workeer, qui permettent une mise en relation directe entre entreprises et réfugiés ; soutiens financiers pour la création de start-ups ; développement de "Welcome App" ou de services de consultation juridique et administrative

L'objectif commun ? Relever deux défis majeurs : faciliter l’apprentissage de la langue et simplifier les démarches administratives. Deux obstacles auxquels s’attaque la plateforme Academic Experience Worldwide.  Créée en 2013, elle propose un programme de tandem entre étudiants allemands et réfugiés disposant d’un bagage universitaire, pour faciliter l’intégration des migrants. "La reconnaissance des diplômes reste un obstacle administratif important en Allemagne", explique ainsi Merle Becker, l’une des deux fondatrices. Avec Melusine Reimers, les deux doctorantes veulent permettre aux réfugiés de décrocher un diplôme reconnu dans le pays, qui leur facilitera l'accès à l’emploi.

 

Enjeu économique et démographique

 

Un service auquel les entreprises font volontiers appel : "Elles viennent frapper à notre porte. Certaines nous ont même transmis des offres d’emploi, rapporte Melusine Reimers. Mais nous ne sommes pas une agence pour l’emploi, précise-t-elle. Ce que nous proposons, c’est une mise en relation entre l’employeur potentiel et nos membres. Certaines entreprises nous envoient des invitations pour leurs fêtes annuelles, d’autres souhaitent les rencontrer dans un contexte plus informel" (outre-Rhin, ces discussions informelles se nomment "kamingespräch", soit "discussion au coin du feu", NDLR).

En Allemagne, l’arrivée massive des réfugiés divise l’opinion et les élus. Mais pas les acteurs économiques. Le pays estime en effet ses besoins de main d’oeuvre à 4 millions de personnes d’ici 2040. Pour Ulrich Grillo, le président de la fédération des industries allemandes (BDI), "si nous arrivons à les intégrer rapidement dans le marché du travail, nous aiderons les réfugiés et nous nous aiderons nous-mêmes".

Claire Stam
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