Publié le 13 octobre 2016

EMPREINTE TERRE

Lutte contre le réchauffement climatique : Berlin dans l’embarras

Alors que Berlin a ratifié l’Accord de Paris, tous les indicateurs climatiques du pays sont au rouge : le charbon reste prédominant dans le mix énergétique, les baisses d'émissions de CO2 secteur par secteur sont encore insuffisantes et le plan national pour le climat manque d'ambition. En l’état, l’Allemagne ne peut pas atteindre ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Pire, elles sont en train d'augmenter. Analyse.

Le plus grand déplacement de matériel d'extraction de charbon de l'histoire de la Mibrag a eu lieu le 5 octobre dernier, en vue d'alimenter la centrale thermique de Lippendorf, dans la Saxe, en Allemagne.
Sebastian Willnow / ZB / DPA / AFP

Entre 1990 et 2014, les émissions de CO2 ont baissé en Allemagne de 27,7%, soit 346 millions de tonnes. Mais en 2015, elles ont augmenté de 0,7% par rapport à l’année précédente, ce qui signifie que le pays émet actuellement autour de 908 millions de tonnes.

L’augmentation est certes légère, mais tout de même fort embarrassante pour un pays qui se veut à l’avant poste de la lutte contre le réchauffement climatique. Car cette hausse met en lumière la faiblesse des mesures mises en oeuvre par Berlin pour faire baisser les émissions du pays. Et menace l’objectif national : en 2050, la première économie européenne devra émettre entre 63 à 250 millions de tonnes de CO2 par an, contre près d'un milliard actuellement.

 

Haro sur le charbon et les transports

 

Alors à qui la faute ? Pour la ministre de l’Environnement, la social-démocrate Barbara Hendricks, le coupable est tout désigné : ce sont les "centrales à charbon qui réduisent à néant les bénéfices climatiques engendrés par les énergies renouvelables". En 2015, le lignite et la houille étaient, après les énergies renouvelables, les principales sources de l’électricité produite en Allemagne. Elles en assuraient respectivement 24% et 18,2%. La part des énergies renouvelables dans la production électrique nationale a quant à elle atteint la barre des 30%, un record. Mais pas seulement.

Les émissions liées au secteur des transports ne font qu’augmenter depuis 1990 (date de référence) : en 2015, elles enregistraient une hausse de 1,5%, soit 163,6 millions de tonnes. Ce sont 18% des émissions totales du pays. Le transport des marchandises en particulier explose en Allemagne et les innovations technologiques sont insuffisantes pour réduire l’empreinte carbone du secteur : "Au vu de l’amélioration actuelle des performances des véhicules commerciaux, on ne peut espérer qu’une baisse de 25% des émissions des poids lourds vers le milieu du siècle", estime Florian Hacker, directeur adjoint de la division Ressources et transport de l’Öko Institut. Qu’est-ce que cela signifie ? Que les transports routiers émettront autant que ce que l’Allemagne s’est fixé comme plafond d’émission national.

 

Tensions ministérielles et échéances électorales

 

L’ONG Germanwatch, une des plus actives en termes de lutte contre le réchauffement climatique outre-Rhin, se dit "très préoccupée" par le manque d’ambition affiché par l’Allemagne. "C’est bien que le gouvernement se soit engagé pour une ratification accélérée de l’Accord de Paris. Mais il ne sera crédible qu’à partir du moment où il mettra en oeuvre des mesures efficaces pour faire baisser les émissions. Et pour y parvenir, nous avons besoin d’un plan national climatique ambitieux", relève Christoph Bals, responsable politique de l’organisation. Or, celui qui a été présenté par le ministère de l’Environnement en avril dernier a été "mis en morceaux" par le ministère de l'Économie et la chancellerie, déplore Bals. Il regrette tout particulièrement l’abandon des objectifs sectoriels chiffrés pour les secteurs de l’énergie, du bâtiment et des transports. Et le flou complet qui entoure une sortie éventuelle du charbon.

Le ministère de l’Environnement assure qu’il y a urgence à quitter la houille et le lignite d’ici l’horizon 2040-2050. Mais il se heurte à un puissant lobby charbonnier formé de syndicalistes, d’industriels, de représentants influents du parti conservateur (CDU) et du parti social-démocrate (SPD). Ce dernier dispose par ailleurs d’un important relais en la personne du ministre de l’Économie et de l’énergie, le social-démocrate Sigmar Gabriel.

De fait, deux grandes régions demeurent dépendantes du charbon en Allemagne : la Ruhr à l’ouest du pays et le bassin de la Lusace à l’est, toute proche de la frontière polonaise. Et 2017 est une année électorale en Allemagne...

Claire Stam, à Francfort
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