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Publié le 22 juillet 2009

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

La fin des cimetières d'avions ?

Une plateforme de déconstruction d'avions vient d'ouvrir à Tarbes. Tarmac Aerosave va prolonger la vie des avions et sécuriser les déchets qu'ils engendrent. Trois cents avions par an devraient aller à la casse dans les vingt prochaines années.


Objectifs ambitieux pour 2012

En 2006, Boeing a constitué l'association à but non lucratif Afra, avec dix autres entreprises du secteur (dont Europe Aviation) pour faire du recyclage une affaire profitable à la fois pour les opérateurs et pour l'environnement. L'objectif de Boeing est de recycler 90 à 95 % de la flotte mondiale d'ici 2012. Afra compte aujourd'hui 34 membres dans le monde, procure des audits pour les propriétaires d'avion et accrédite des entreprises de démantèlement sur des critères économique et environnementaux.

Que deviennent les avions quand ils ont fini de nous faire voyager ? Leur dernier vol ne signifie pas la fin de leur impact environnemental. Aux Etats-Unis, le désert d'Arizona est un véritable cimetière de ces vaisseaux à terre, rejetant leurs fluides toxiques dans ce milieu vivant. En Europe, la plupart finissent dans un coin d'aéroport. « Rares sont ceux utilisés pour leurs équipements » précise Philippe Fournadet, Pdg de Tarmac Aerosave, alors que beaucoup de pièces peuvent être récupérées pour rénover d'autres appareils. Depuis que les avionneurs, compagnies aériennes et aéroports communiquent sur le développement durable, leurs dirigeants ne pouvaient plus ignorer la fin de la chaîne. « Avant notre démarche DD, nous ne nous étions pas trop posé la question de la fin de vie de nos avions » avoue Jean Macheret de Snecma (groupe Safran) société dédiée à la propulsion aéronautique et actionnaire de Tarmac Aerosave avec Airbus et Sita France (groupe Suez Environnement). Aujourd'hui, Tarmac espère tirer de ce marché six millions d'euros de chiffre d'affaires dans les cinq ans.

85% valorisables

La société tarbaise est issue d'un projet de recherche européen, nommé Pamela (Process for advanced management of end-of-life of aircraft) qui avait mis en évidence, en 2006, que 85% du poids d'un avion pouvaient être valorisés. Tel est donc l'objectif de Tarmac Aerosave. Le concurrent Bartin Aero Recycling (groupe Véolia Environnement) dit atteindre ce taux de valorisation avec un procédé différent. Le ferrailleur s'est lancé dans le démantèlement d'avions sur l'aéroport de Chateauroux dès 2005, en association avec Europe Aviation, société agréée pour les pièces d'occasion. Pour l'instant l'aluminium récupéré ne peut rentrer qu'à hauteur de 1% dans la construction d'autres avions, réglementation -obsolète ?- oblige pour cette industrie. « Certains opérateurs veulent que cela change. La réglementation est de 6% de recyclé aux USA » indique Charles Kofyan, directeur de Bartin Aero Recycling. En attendant, les avions deviennent des canettes ou des bicyclettes pour les pays en voie de développement, preneurs de cette matière première secondaire.

L'autre objectif de Tarmac Aerosave est de refaire voler 70% des avions qui entrent sur sa plateforme. L'entreprise spécialisée devrait donc aider à optimiser le temps de vie d'un appareil et faciliter aux propriétaires la décision de faire de leur avion un déchet. Une décision « essentiellement économique » précise Philippe Fournadet qui, faute d'être prise à temps, fait perdre leur valeur aux avions stockés. « Stocker un avion et lui garder sa valeur résiduelle coûte en entretien et frais de stockage. Mieux vaut parfois récupérer ce qui est valorisable en pièces détachées » explique Eric Taupiac, d'Airbus.

6000 épaves d'ici 2023

Tarmac Aerosave a été créé pour éviter la floraison d'avions en fin de vie sur les aéroports européens. Plus de 6000 actuellement en service dans le monde (dont 2000 en Europe) devraient être retirés du marché d'ici 2023.
Tarmac Aerosave espère démanteler une trentaine d'avions par an d'ici trois ou quatre ans. Un rythme optimiste du point de vue de Bartin Recycling Group, qui en dépèce six par an pour 180 000 euros de chiffre d'affaires environ : « Les nouveaux avions A350 ne seront pas là avant 4 ou 5 ans. De plus, les compagnies aériennes ont des difficultés à obtenir des avions neufs, notamment à cause des banques. En attendant tous les avions d'occasion volent » observe Charles Kofyan. Restent tous les avions éparpillés sur les aérodromes qui nécessitent qu'on les découpe sur place. En France, en Europe, mais aussi à l'étranger. « A Tripoli, 60 avions gênent pour l'agrandissement de l'aéroport » donne pour exemple Charles Kofyan, qui se refuse à intervenir dans des conditions non correctes pour l'environnement et moins coûteuses qui sont celles de la Libye. Les fondateurs de Tarmac pensent déjà à vendre le procédé « Aerosave » à l'étranger.

Hélène Huteau
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