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Publié le 23 avril 2008

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Commerce équitable : mieux connu, pas encore démocratisé

En ouverture de la huitième Quinzaine du commerce équitable, le Groupe SOS, Max Havelaar et la Plate-forme pour le commerce équitable (PFCE) organisent le 4ème Forum national du commerce équitable. A cette occasion, Ipsos a réalisé une étude sur l'opinion et les pratiques des consommateurs en matière de commerce équitable. Si de plus en plus de Français connaissent le sujet, beaucoup d'entre eux restent peu ou mal informés, voire méfiants.


Même tendance pour le tourisme responsable

Selon une étude réalisée par TNS Sofres, 59% des voyageurs français disent connaître le terme de « tourisme responsable ». Le pourcentage a ainsi doublé en un an. Le sondage, réalisé pour les sites Voyages-sncf.com et Routard.com, montre également que le concept intéresse 89% des voyageurs. Pourtant, l'image du tourisme responsable reste celle d'un voyage rustique et rudimentaire pour 44% des sondés. Là encore, le concept pâtit d'un manque de visibilité. Comme pour le commerce équitable, les Français se disent mal informés, à 78%, soit 13 points de moins qu'en 2007. Si 72% se disent prêt à pratiquer le tourisme responsable, seul 7% l'ont déjà fait, contre 2% en 2007. Enfin, 65% des voyageurs se disent prêts à compenser leurs émissions de gaz à effet de serre.

La cote de popularité du commerce équitable est en hausse. C'est ce qui ressort d'un sondage, commandé par la Plate-forme pour le commerce équitable (PFCE), le Ministère des affaires étrangères et européennes et le Gret, et réalisé par Ipsos. Selon les résultats, 82% des Français affirment avoir déjà entendu parler du commerce équitable, dont 50% disent avoir « une idée très précise » de ce qu'est le commerce équitable. En 2000, ils n'étaient que 9%, et 51% en 2004. Les chiffres sont certes encourageants, mais l'étude révèle également les points à améliorer : manque de visibilité, de crédibilité, d'accessibilité et d'information.

Au-delà d'une simple connaissance du terme, c'est la compréhension du principe qui progresse. « La connaissance des mécanismes du commerce équitable s'améliore également, même si le concept reste plus ou moins connu selon les classes sociales » précise Joachim Soëtard, directeur du département Corporate et stratégie d'entreprise chez Ipsos Public Affairs. La notion de commerce équitable est mieux connue chez les personnes ayant un niveau d'études élevé ou des revenus supérieurs. « Les Français n'ont pas forcément connaissance de l'aspect environnemental du commerce équitable, mais globalement ils savent que la démarche implique un prix d'achat minimum » explique Pierre Salcio, directeur des relations extérieures pour Max Havelaar France.

Peu visible, peu accessible

Entre la connaissance et l'acte d'achat, il y a une étape que tous les Français n'ont pas encore franchie. Seuls 44% des personnes ayant déjà entendu parler du commerce équitable affirment avoir acheté un produit équitable au cours des quatre dernières semaines. Un chiffre à mettre en parallèle avec l'étude TNS commandée par Max Havelaar, qui montre qu'un foyer sur quatre avait effectivement acheté un produit labellisée Max Havelaar en 2007. De plus, les sommes consacrées au commerce équitable restent réduites : moins de 20 euros pour près de 60% des personnes interrogées, même s'il s'agit pour la plupart d'achats récurrents (près d'une fois par semaine).

Etonnamment, en tête des raisons évoquées par les personnes n'ayant pas acheté de produit équitable, on trouve le manque de disponibilité. 46%, en majorité des hommes, affirment ne pas savoir où trouver des produits issus du commerce équitable. L'argument suivant reste le prix, trop élevé selon 28% des personnes interrogées, en majorité des femmes. Là encore, les disparités sociales ne jouent pas en faveur du commerce équitable : ce sont 41% des revenus inférieurs qui trouvent les produits équitables trop chers. « Les produits issus du commerce équitable sont en général du haut de gamme, mais à qualité égale, ils ne sont pas toujours plus chers » explique Julie Maisonhaute, coordinatrice de la PFCE.

La qualité est justement l'argument principal des Français amateurs de produits du commerce équitable. L'étude montre que 39% des personnes qui connaissent le commerce équitable apprécient la qualité des produits, 21% leur goût, et 18% leur côté naturel. « Le Forum national nous permet de montrer la qualité et la diversité de l'offre de produits équitables » ajoute Frédéric Bailly, président de la Compagnie du commerce équitable (CCE), membre du Groupe SOS. En outre, l'utilité de l'acte d'achat équitable est mise en avant par 54% des personnes interrogées, et 68% se disent proches des valeurs portées par le commerce équitable.

Des consommateurs méfiants

Un autre point faible pourtant : la confiance. Selon Ipsos, 40% des Français qui connaissent le commerce équitable doutent de la crédibilité de certaines entreprises, et 57% se disent mal informés sur le sujet. « La notion de transparence totale ne s'est pas tout à fait imposée, les consommateurs sont en attente de clarification. C'est normal qu'ils aient des craintes face à un circuit qui les dépasse » commente Joachim Soëtard. C'est une des raisons pour lesquelles la PFCE a fait appel à l'Institut National de la Consommation (INC). « Il y a toujours autant de questions suscitées qu'en 2005, en particulier au sujet de la vente en grandes surfaces » explique Jean Pierre Loisel, directeur des projets chargé des partenariats de l'INC.

Quelques unes de ces questions pourraient trouver leurs réponses lors du 4ème Forum national du commerce équitable, les 25 et 26 avril. « Nous y montrerons notamment que le secteur se développe et se professionnalise » insiste Frédéric Bailly. Cependant la route est encore longue pour les acteurs de la filière : le commerce équitable ne représente pour l'instant que 0,01% du commerce mondial.

Rouba Naaman
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