Publié le 21 novembre 2016

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Manifestation en Autolib contre Vincent Bolloré

Quel est le point commun entre le conflit à I-Télé, la catastrophe ferroviaire du 21 octobre au Cameroun et les conditions de travail des salariés des plantations de Socfin ? Un homme : Vincent Bolloré. Samedi 19 novembre une "marche anti-Bolloré" était organisée par plusieurs associations. Une "convergence des luttes" pour dénoncer "l’irresponsabilité sociale" du groupe.

Symbole de "l’exploitation du groupe Bolloré en Afrique", plusieurs manifestants sont enchaînés à une Autolib – voiture électrique détenue par Bolloré.
Marina Fabre / Novethic

Une centaine de manifestants ont défilé dans les rues de Paris samedi après-midi, entre les places de la bastille et de la République. Ils entendaient dénoncer "l’irresponsabilité sociale" du groupe Bolloré, implanté dans une quarantaine de pays africains et présent dans le secteur ferroviaire et portuaire, dans celui de l’énergie et dans celui de l’huile de palme. 

Plusieurs associations jugent sévèrement la manière dont l’industriel breton mène ses affaires. "On est dans une dynamique de convergence des luttes", explique Eloïse Maulet de Re Act - Alliances Transnationales. Du conflit à I-Télé aux conditions des salariés africains, les griefs sont nombreux à l’encontre de Vincent Bolloré. 

 

Déraillement : les conditions minimales "pas respectées"

 

La majorité des manifestant.e.s de cette "marche anti-Bolloré" dénonçaient surtout la catastrophe ferroviaire d’Éséka, au Cameroun. Le 21 octobre, un train de la compagnie Camrail, filiale de Bolloré, déraille. Bilan provisoire : 80 morts. "Les conditions minimales n’étaient pas respectées", estime le Collectif Éséka. Un dédommagement de 2300 euros par victime a été annoncé par le groupe Bolloré. Pas suffisant pour le Collectif.

Autre lutte : les grandes plantations industrielles du groupe. Le 14 novembre dernier, les salariés de Socapalm et Safacam, sociétés camerounaises de palmeraies et d’hévéas, ont manifesté dans plusieurs villes. Les deux sociétés sont des filiales de la holding luxembourgeoise Socfin, dont le groupe Bolloré est l’actionnaire principal. Les salariés exigent "des compensations justes pour les terres occupées" et l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail. "Les multinationales pillent le patrimoine naturel du pays !", pointent les manifestants.

 

 

"Ne pas servir les intérêts des régimes crapuleux"

 

Tou.te.s s’accordent sur un point : Bolloré ne prend pas ses responsabilités. "Il a ruiné mon père", explique la fille de Thomas Mabou, entrepreneur de 77 ans en grève de la faim depuis trois mois. "Mon père a gagné son procès, mais Bolloré ne respecte pas le jugement de la justice." En 1993, l’entreprise Socopao, Société commerciale des ports de l’Afrique occidentale, rachetée en 1986 par Bolloré, est condamnée à verser 135 670 euros à Thomas Mabou et son associé. Les deux entrepreneurs avaient confié leur marchandise à la Socopao, mais le stock ne leur a jamais été rendu.

La liste des plaignants est longue. Mais de manière générale, ce sont les liens étroits entre le groupe Bolloré et les gouvernements africains qui sont dénoncés par les manifestant.e.s. "Nous ne sommes pas contre les investisseurs internationaux, mais ils doivent être responsables et ne pas servir les intérêts des régimes crapuleux", conclut Joël Didier Engo, président du Comité de libération des prisonniers politiques.

Marina Fabre
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