Publié le 22 septembre 2015

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

L’environnement, bête noire de Volkswagen

Le 1er constructeur allemand est pris dans la tourmente du Volkswagate. Les répercussions sur le groupe seront aussi lourdes que difficiles à évaluer. Cet épisode est pourtant celui du scandale annoncé tant Volkswagen se montre obstiné à contourner les règles environnementales. Explications.

Action des militants de Greenpeace les 28 et 29 janvier 2012 chez des concessionnaires européens VW, pendant l'Autofestival 2012, pour mettre en exergue la politique désastreuse en matière de climat du groupe Volkswagen.
Christophe Hebting / Greenpeace

Volkswagate. C’est désormais sous ce nom que l’on parle du scandale qui risque de porter un coup très dur au premier constructeur automobile connu. En cause : les émissions de polluants des véhicules et l’attitude de Volkswagen vis-à-vis de la législation environnementale, un problème récurrent pour la réputation de la marque.

Aujourd’hui, le constructeur est accusé d’avoir équipé plusieurs centaines de milliers de voitures Volkswagen et Audi avec un logiciel permettant de masquer les émissions polluantes réelles de ses véhicules diesel lors des tests anti-pollution américains. Une tromperie reconnue par le président du groupe le 20 septembre. Mais avant les révélations de l’agence de protection de l’environnement américaine (EPA), les ONG environnementales avaient déjà pointé du doigt les manquements à répétition de Volkswagen sur ce type de problème.

Pas plus tard que la semaine dernière, la fédération européenne Transport & Environment publiait une enquête qui remettait à Volkswagen et Audi un bonnet d’âne pour leurs émissions réelles de gaz polluants, notamment les oxydes d’azote, rejetés par les véhicules diesel. Audi (une marque du groupe Volkswagen) y était particulièrement pointée du doigt avec un véhicule dépassant de 22 fois les normes européennes. La fédération y précisait notamment que l’écart persistant entre les émissions officielles et réelles des véhicules diesel s’expliquait par l’utilisation, par les constructeurs, de systèmes de traitement des gaz d'échappement bon marché, moins efficaces pour les voitures vendues en Europe, où les procédures de test sont en outre inefficaces. Les véhicules sont même pourvus de dispositifs leur permettant de détecter quand ils sont soumis à un test de contrôle, soulignait-elle déjà.

Il y a quatre ans, la marque avait également été la cible d’une campagne mondiale de Greenpeace qui avait fait grand bruit. Intitulée "The Dark side of Volkswagen" en référence au côté obscur de la force de la Guerre des étoiles. La campagne visait à dénoncer le double discours de la marque sur la question environnementale. "Volkswagen s'emploie à détourner l'attention de ses performances environnementales médiocres en développant des prototypes "super efficaces", qui finissent plus souvent dans les titres de journaux que dans les usines de production, ou en réalisant des publicités vantant le côté exemplaire de son engagement prétendument écologique. (…) En réalité, dans la coulisse, Volkswagen est l’une des principales forces de lobby qui lutte contre des législations européennes plus ambitieuses pour la protection du climat", écrivait l’ONG.

A l’époque, Volkswagen militait notamment contre un objectif de réduction des émissions de CO2 d’au moins 30% d’ici 2020 en expliquant que cela "menacerait les emplois et entraînerait la désindustrialisation de l’Europe". L’ONG, qui avait recueilli plus de 500 000 soutiens, avait crû gagner la bataille en 2013 après l’annonce par Volkswagen de la mise sur le marché de véhicules rejetant moins de CO2.

 

Un scandale aux répercussions multiples

 

Le 11 septembre 2015, le groupe se félicitait d’ailleurs dans un communiqué de presse de ses performances environnementales saluées par le DGSI, la version durable de l’indice boursier Dow Jones, qui le mettait en tête des 33 constructeurs automobiles mondiaux pour ses performances environnementales, sociales et de gouvernance (ESG). Mais il y a aujourd’hui peu de chance que le constructeur conserve ce rang. Car le scandale met en lumière une défaillance – certaine - du constructeur dans la compréhension des enjeux environnementaux et de gouvernance. Et cette faille, de moins en moins acceptée par les consommateurs, les investisseurs et les gouvernements devrait coûter cher au groupe Volkswagen. 

D’abord, en termes de réputation. La crise de confiance qu’elle entraîne inévitablement pourrait ruiner à terme la réputation d’une marque qui a toujours misé sur la qualité et la fiabilité de ses modèles. "L’image et la crédibilité de Volkswagen dans le monde entier sont maintenant entamés", déclarait à l’AFP le spécialiste automobile Ferdinand Dudenhöffer.

En termes financiers également. Dès l’ouverture de la bourse de Francfort, lundi 21 septembre, après la révélation de tricherie, le titre Volkswagen dégringolait de 13 %. La marque perdait brutalement 15 milliards d’euros de capitalisation boursière dans la journée. Le phénomène s’est reproduit ce mardi avec une baisse du titre de 20 %, entraînant dans sa chute le Dax mais aussi les valeurs des autres constructeurs automobiles européens, comme les français Peugeot et Renault.  

 

Multiplication des enquêtes  

 

Et ce n’est peut-être qu’un début. Car après l’annonce de l’ouverture de l’enquête de l’EPA, la menace d’une amende de 16 milliards d’euros (18 mds $) pour une violation de la loi sur l’air propre (Clean Air Act) pend au nez du constructeur. Et les ouvertures d’enquêtes se multiplient. Berlin a ordonné des "tests approfondis" sur tous les moteurs diesel de la marque Volkswagen. En Corée du Sud, les représentants et ingénieurs du groupe sont convoqués au ministère de l’Environnement ce mercredi. Aux Etats-Unis, selon les medias (le département de la justice ne l’a pas encore confirmé), une enquête pénale serait ouverte par les autorités contre le constructeur. Et en France, Ségolène Royal a saisi l'EPA pour obtenir tous les éléments d'information. La ministre de l'Ecologie a également demandé aux constructeurs nationaux "de s'assurer que de tels agissements n'ont pas eu cours en France".

Mardi matin, un cabinet d’avocats américains spécialisés dans la défense des consommateurs, Hagens Berman, a également annoncé avoir engagé une plainte en nom collectif (class action) contre la filiale américaine (Volkswagen Group of America) pour dissimulation frauduleuse, fausse publicité et violation des lois fédérales et des Etats. Le cabinet dit avoir reçu "plus d'un millier de requêtes de propriétaires en colère de VW et d'Audi CleanDiesel" et espère pouvoir être représenté sur l'ensemble des 50 Etats américains d'ici la fin de la semaine.

Surtout, c’est la question du business model des constructeurs automobiles européens, fortement axé sur le diesel (7 ventes de véhicules diesel sur 10 dans le monde sont faites en Europe) qui pourrait être remis en cause. Une technologie qui s’est ironiquement développée sur l’argumentaire de meilleures performances énergétiques et de moindres émissions de C02.  

En attendant, le patron de la firme a dû s’excuser publiquement pour avoir "abusé de la confiance de ses clients" avec cette fraude qui concerne le monde entier et non pas seulement les Etats-Unis où le groupe a décidé d'interrompre la vente des modèles incriminés (les versions diesel de l'Audi A3 et des VW Jetta, Beetle, Golf et Passat). Au total ce sont 11 millions de véhicules embarquant un moteur diesel de type EA 189 qui sont concernés.

 

 

Béatrice Héraud
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