Publié le 27 avril 2017

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

La fusion avec Monsanto met l'Assemblée générale de Bayer sous très haute tension

Face à la forte opposition que suscite le rapprochement Bayer-Monsanto, le chimiste allemand a décidé de délocaliser son Assemblée générale du 28 avril loin de son siège afin d'éloigner les opposants. Pour autant, plusieurs ONG entendent bien prendre la parole à cette occasion.


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Bayer tient son Assemblée générale annuelle ce vendredi 28 avril à Bonn (Allemagne). Elle promet d’être particulièrement houleuse. Le rachat pour 59 milliards d’euros du semencier américain Monsanto par le géant allemand de la chimie ne passe décidément pas outre-Rhin. ONG, syndicats, fédérations d’agriculteurs, actionnaires se mobilisent contre ce "mariage infernal". Rarement une fusion a suscité autant de réactions négatives en Allemagne.

C’est pourquoi l’Assemblée générale se tiendra à huis clos. En fait de dialogue avec les actionnaires et les parties prenantes, Bayer a tout fait ou presque pour se prémunir des critiques, sévères et nombreuses outre-Rhin.

Cantonnement


 
Alors que les Assemblées générales de Bayer se déroulent habituellement à Cologne, non loin de son siège de Leverkusen, la direction du groupe a décidé cette année d'accueillir ses actionnaires dans la petite ville tranquille de Bonn. Les autorités locales ont autorisé l'entreprise à réserver le World Conference Center - un mini palais des congrès qui accueille traditionnellement les négociations climatiques de la CNUCCC (Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques) - et ses rues avoisinantes. Le but de la manœuvre est de décourager les ONG et de repousser les manifestations le plus loin possible.
 
Les organisateurs ont porté plainte pour atteinte au droit fondamental de se rassembler et à l’heure de publication, une plainte rejetée par la justice. Ils maintiennent leurs manifestations qui débutent dès 7h du matin et s’enchaînent toute la journée.   
 
Les rapports avec la presse s’avèrent tout aussi délicat. L’accès est restreint pour les journalistes, et ceux qui sont autorisés à couvrir l’Assemblée générale ont été triés sur le volet. Jusqu’à nouvel ordre, aucune retransmission en direct via internet n’est prévue.


 
Forte mobilisation des actionnaires...


 
"Cette année, l’Assemblée générale promet d’être particulièrement agitée", prévient Axel Köhler-Schnura, de la Coordination contre les méfaits de Bayer. Son organisation coordonne l’intervention des parties prenantes lors des assemblées du chimiste allemand. "Non seulement nous allons avoir un nombre record d’ONG qui vont prendre la parole, une trentaine, mais des investisseurs institutionnels vont également exprimer leurs mécontentements". Le quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) rapporte que des actionnaires clés comme Deka Investment et Union Investment (des investisseurs allemands) reprochent à la direction du groupe de ne pas avoir été consultés au moment de l’acquisition et s’interrogent sur la future stratégie de la direction. 

Fin 2016, Bayer comptait 360 000 actionnaires, dont 775 investisseurs institutionnels. Les actionnaires privés détiennent 12 % du capital, les dix premiers investisseurs institutionnels 16,48 % du groupe. Parmi eux les américains BlackRock, The Vanguard Group ou encore le norvégien Norges Bank Investment Management, le fonds d’investissement qui appartient à la Banque centrale de Norvège. Ces trois actionnaires détiennent également des participations chez Monsanto.


 
...et des parties prenantes 


 
Les parties prenantes entendent bien également mettre sur la table les sujets qui fâchent : la santé et l’environnement, le lobbying auprès des instances nationales et européennes, le "travail de sape" des études scientifiques, ou encore la gestion par Bayer de l’image négative de Monsanto. 

Claire Stam
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