Publié le 11 novembre 2016

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Rémunération record des grands patrons

3,5 millions d’euros. C’est la rémunération moyenne, en 2015, d’un dirigeant des 120 plus importantes entreprises françaises cotées. Pour le CAC 40, le salaire grimpe à 5 millions d’euros. L’équivalent de 250 SMIC. Le fossé salarial se creuse. 

Carlos Ghosn et sa femme Rita quittent le 10 Downing Street, à Londres, après l'entrevue du président de Renault Nissan avec la Première ministre Theresa May, le 16 octobre.
Niklas Hallen / AFP

Une rémunération record. Mercredi 9 novembre, Proxinvest publiait son classement annuel du niveau de rémunération des grands patrons. Il note une hausse de 20% du salaire des présidents exécutifs du SBF 120, l’indice boursier regroupant les 120 entreprises françaises les plus importantes en termes de capitalisation boursière. Soit une rémunération de 3,5 millions d’euros en moyenne. Pour les PDG du CAC 40, le salaire est de… 5 millions d’euros. Une augmentation de 18% sur un an.

 

Petite rémunération, grosse performance

 

En 2015, 26 dirigeants ont dépassé la barre des 4,8 millions d’euros, soit 240 SMIC. Le plafond "acceptable" défini par Proxinvest. Contre 16 en 2014. "Pour la première fois depuis 2005, les cinq premières places du classement bénéficient d’une rémunération supérieure à 10 millions d’euros", s’alarme l’agence française de conseil à destination des actionnaires.

16,8 millions pour Olivier Brandicourt, directeur général de Sanofi, dont 7,2 millions de "primes de bienvenue". 16,4 millions pour Gilles Gobin, fondateur de Rubis. Carlos Ghosn, double président de Renault et Nissan, habitué du classement (il était à sa tête en 2015) reçoit lui 15,6 millions de rémunération. Des sommes astronomiques, "honteuses", estime Loïc Dessaint, directeur général de Proxinvest, interrogé par Novethic. 

Mais ces rémunérations sont-elles gages de performances ? Non, selon MSCI. Le fournisseur d’indice s’est penché sur les rémunérations de patrons de 429 entreprises cotées. Dans ce panel, les PDG gagnant les salaires les plus modestes sont à la tête des entreprises les plus performantes.

 

Vers un pouvoir de contrôle aux actionnaires

 

Un fait qui n’a pas échappé aux investisseurs. Les résultats du vote consultatif ("say on pay") des actionnaires en assemblée générale sont clairs : les rémunérations les plus basses sont plébiscitées. À l’inverse, les trois rémunérations du CAC 40 les plus élevées "ont obtenu les scores d’approbation les plus faibles".

Les actionnaires ont tiré la sonnette d’alarme. Résultat, pour la première fois,  des Assemblées générales ont refusé d’approuver la rémunération totale de leur dirigeant. C’est le cas pour Carlos Ghosn ou encore Patrick Kron, ancien dirigeant d’Alstom. Un vote ( pour l’instant consultatif, mais en passe de devenir contraignant. La loi Sapin 2, adoptée mardi 8 novembre, restaure "les droits de contrôle des actionnaires". Elle confère aux investisseurs un pouvoir sur les rémunérations et avantages divers attribués aux présidents ou directeurs généraux. "Cette mesure redonne du sens. Elle permet une meilleure autorégulation. Cela manquait terriblement",  considère Loïc Dessaint. 

Les syndicats, eux, voudraient aller plus loin. Force Ouvrière propose par exemple de légiférer en plafonnant les rémunérations des dirigeants. 

Marina Fabre
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