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Publié le 11 janvier 2013

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

L'activisme actionnarial : un engagement risqué ?

La compagnie pétrolière américaine Chevron a attaqué en justice un fonds d'investissement responsable Trillium AM. Elle accuse son actionnaire de conspiration avec des ONG et veut obtenir par voie de tribunal des éléments de preuve de ce complot. En Australie, des écologistes ont diffusé des fausses informations qui ont fait plonger le cours de bourse d'une compagnie extractive. La bataille de l'environnement se déroule aussi sur le front actionnarial.


Quand les actionnaires s'inquiètent des risques environnementaux qui pèsent sur les compagnies pétrolières, les entreprises ont tendance à se braquer. Au printemps 2011, Total avait tout fait pour qu'une résolution concernant son exploitation des sables bitumineux canadiens ne soit pas déposée. En décembre 2012, la compagnie américaine Chevron a elle carrément attaqué en justice la société de gestion Trillium AM qui lui demandait des comptes sur ses très graves problèmes en Equateur. Chevron a été condamné à verser une amende de 18 milliards de dollars pour une très lourde pollution du fleuve Amazone par un tribunal équatorien en 2011. La compagnie conteste en bloc, refuse de payer l'amende dont elle attaque la légitimité et n'a pas provisionné dans ses comptes les risques associés à cette menace juridique et financière. 18 milliards de dollars cela représente pour l'instant près de 10 % de la valeur de l'entreprise mais l'addition pourrait être encore plus lourde ! Cette situation préoccupe ses actionnaires, une quarantaine d'entre eux ont écrit à la compagnie pour en discuter mais celle-ci n'a pas donné suite. La société de gestion bostonienne Trillium Asset Management, exclusivement dédiée à l'investissement responsable faisait partie de cette coalition. Elle a participé à d'autres initiatives du même ordre comme celle qui visait à inciter Chevron à nommer dans son conseil d'administration un expert des enjeux environnementaux dans le secteur de l'énergie. Un quart des actionnaires ont voté en faveur de cette résolution déposée en 2011.

« Effrayer la communauté financière »

Devenue la tête de turc de Chevron, Trillium AM a été le seul actionnaire attaqué en justice par Chevron qui l'accuse de complicité avec les plaignants du procès équatorien. L'injonction judiciaire est destinée à obtenir des preuves de cette collusion dénoncée par Chevron dans une lettre de quatre pages envoyée à tous les actionnaires du groupe. Selon lui, Trillium AM a pris la tête d'une campagne dont le but est « d'effrayer la communauté financière » sur les risques courus par Chevron. En attendant la compagnie pétrolière publie sur sa page d'accueil sa version des faits et se pose en victime. Trillium AM fait le gros dos et refuse de répondre par voie de presse. Elle s'est contentée de reproduire sur son site l'article du New York Times qui raconte l'histoire. Pendant ce temps, l'autorité de contrôle américaine doit vérifier si Chevron fournit bien à ses actionnaires une information complète et exhaustive sur les risques environnementaux et financiers susceptibles d'affecter l'entreprise.
L'analyse financière des risques environnementaux peut aussi être utilisée par des activistes écologiques pour attaquer les compagnies dont ils contestent les projets. Une action de ce genre a été menée début janvier 2013 par une ONG environnementale australienne qui lutte contre un projet de mine géante de charbon à ciel ouvert. L'action du groupe minier Whitehaven Coal a perdu 10 % de sa valeur à la suite d'un communiqué portant l'en tête d'une importante banque australienne. Elle aurait décidé de suspendre son financement du projet de mine pour un montant d'un milliard d'euros à cause des risques de réputation qui lui sont liés et hypothéqueraient sa rentabilité. L'entreprise a perdu 300 millions de dollars, le cours a été suspendu et il s'est avéré que cette fausse nouvelle avait été fabriquée par une ONG environnementale, Frontline Action.
Le secteur extractif cristallise les risques environnementaux, sociaux et de gouvernance comme l'a montré l'étude publiée par le centre de recherche de Novethic en septembre 2011. C'est pourquoi les actionnaires sont de plus en plus nombreux à s'en inquiéter. L'ERAFP, fonds de pension de la fonction publique, a pour cette raison décidé fin 2012 d'adhérer à l'Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE).

A.C. Husson-Traore
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