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Publié le 26 février 2003

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Fraude en entreprise : Des actions de sensibilisation récurrentes sont nécessaires

Interview d' Anne-Josée Fulgeras, Directeur du département Fraude et Risque pénal chez Ernst & Young à propos d'une étude internationale sur les fraudes en entreprises.


Pouvez-vous préciser les conditions de l'étude, menée auprès de 400 entreprises mondiales ?
Conduite tous les deux ans, c'est la quatrième fois que cette étude est menée au niveau international. Chaque pays a donc dirigé l'étude localement. Les résultats ont ensuite été centralisés par l'Afrique du Sud qui a analysé les résultats. L'échantillon est suffisamment large pour être représentatif.
Les questionnaires ont été envoyés à des cadres dirigeants d'entreprise (directeur fonctionnel ou opérationnel), directement touchés par la fraude. Les thèmes abordés par le questionnaire sont l'expérience connue par les entreprises (montant des fraudes, fraude, description d'une fraude en particulier) et les moyens de prévention et la sensibilisation à la fraude.

Lorsque vous indiquez : "En 2002, 55 % des fraudes en entreprises auraient été le fait de managers récemment promus", quelle conclusion tirez-vous de ce constat? Y a -t-il selon vous un lien de cause à effet?
Beaucoup de fraudes proviennent de l'interne (85%), dont 55% causées par des managers, pour la plupart promus depuis moins d'un an. Lorsqu'un manager est nommé, ses pouvoirs d'engagement de la société sont accrus et, de ce fait, les possibilités de malveillance à sa disposition. Il est donc tout particulièrement important de le sensibiliser au sujet des risques qu'il prend en cas de fraude et de lui rappeler que sa société à une politique clairement définie et ferme en terme de contrôle et répression des agissements frauduleux. Il est également nécessaire de renforcer pendant un certain temps les contrôles que doivent effectuer sa hiérarchie.

Certains secteurs d'activités sont-ils plus touchés que d'autres par la fraude?
Non, pas d'après les résultats de notre étude : la fraude touche les entreprises quels que soient leurs secteurs d'activité. Cette enquête annuelle est menée depuis 8 ans. Quelles sont les principales évolutions que vous avez pu constater en matière de fraude? La progression des recouvrements de la fraude (71% en 2002 contre 49% en 2000),l'augmentation de la fraude commises par les managers (55% en 2002 contre un tiers en 2000) et des campagnes de sensibilisation (62% aujourd'hui contre 30% il y a deux ans.

Que conseillez-vous aux entreprises pour endiguer ce phénomène?
Elaborer un dispositif capable de réduire efficacement les risques de fraudes suppose, au préalable, un travail d'identification des risques spécifiquement liés à l'activité et à l'organisation interne de l'entreprise (selon la nature des risques perçus comme majeurs et le degré de sensibilisation des responsables de l'entreprise, différentes méthodes peuvent être préconisées pour aboutir à une cartographie des risques de fraude). Il s'agit ensuite, par une recherche de questionnement méthodologique, d'identifier les expertises nécessaires ( juridique, organisationnelle, informatique, financières...) de façon à disposer de la compétence pluridisciplinaire qui permette de proposer des réponsesadaptées ( procédures internes, outils d'alerte et de contrôle, anticipation des litiges, gestion de crise, maîtrise de l'information...). C'est un travail qui demande de la perspicacité et de la créativité car il n'existe aucun outil miracle pour neutraliser tous les comportements humains malveillants, internes ou externes, susceptibles de porter préjudice à une entreprise. Enfin, un dispositif, si rigoureux et performant soit il, ne pourra complètement porter ses fruits que s'ils'accompagne d'actions de sensibilisation récurrentes au sein de l'entreprise afin d'impliquer chacun dans un processus de vigilance.

Véronique Smée
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